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Transports

Pour produire plus d’avions, Airbus va bétonner 18 hectares à Toulouse

Un Airbus A321neo sur le tarmac de l'aéroport de Toulouse-Blagnac, en 2023.

À Toulouse, le site d’Airbus va s’étendre sur 18 hectares pour accroître sa production. L’avionneur européen a obtenu une dérogation pour contourner l’objectif de zéro artificialisation nette.

Toulouse (Haute-Garonne), correspondance

Début octobre, le géant européen de l’aéronautique Airbus a annoncé l’extension de son site toulousain sur 18 hectares, afin d’augmenter ses capacités de production et de répondre à la demande mondiale. Le chantier, d’une envergure inédite depuis 2004 à Toulouse pour l’avionneur, devrait s’achever en 2028.

« Pour l’heure, notre objectif est de rattraper le niveau de production de 2019 », affirme au média L’Usine nouvelle Christophe Agostini, directeur des sites avions commerciaux d’Airbus à Toulouse. En 2025, l’industriel espère livrer 820 avions à travers le monde, alors que 863 appareils ont été vendus en 2019.

Pour accélérer sa production, Airbus entend construire de nouveaux hangars de stockage, des halls d’aménagement et de peinture, moderniser certaines lignes d’assemblage et édifier un nouveau centre de livraison dédié exclusivement à ses best-sellers, les avions A320neo et A321neo.

Avec ses nouvelles infrastructures, l’avionneur mise sur la production de 75 avions de la famille A320 par mois en 2027.

54 hectares d’ici 2031

18 hectares de terres vont ainsi être artificialisés pour permettre le développement du géant de l’aéronautique, qui s’étend déjà sur 700 hectares autour de Toulouse. Une extension qui n’aurait pas été permise sans une dérogation accordée par l’État en 2024 pour contourner l’objectif de zéro artificialisation nette (ZAN), instauré par la loi Climat et Résilience, votée en 2021.

Celui-ci prévoit de « maîtriser l’étalement urbain » et de « protéger les sols vivants », mais il contient également des dérogations permettant à l’État de désigner des « projets d’envergure nationale ou européenne d’intérêt général majeur ». Ces projets bénéficient ainsi d’une enveloppe d’hectares qu’ils peuvent utiliser pour s’étendre sans contrainte.

En région Occitanie, l’État a par exemple accordé 353 hectares au projet d’autoroute A69 Toulouse-Castres et 740 hectares pour le projet de ligne à grande vitesse Toulouse-Bordeaux.

En 2024, sous la pression du député de Haute-Garonne Jean-François Portarrieu (Horizons), l’État a accordé à Airbus une enveloppe de 54 hectares d’espaces naturels agricoles et forestiers que l’industriel pourra artificialiser d’ici 2031.

« Cet agrandissement a été mon combat, je l’ai gagné, raconte le député à France 3 Occitanie. Je suis plutôt content pour l’économie toulousaine. Airbus engendre plus de commandes qu’il n’a de possibilités de produire. Le groupe a absolument besoin de pouvoir se développer pour augmenter sa capacité de production ; ces travaux vont les aider à honorer leurs commandes. »

« On fonce droit dans le mur »

Malgré l’engouement pour le développement d’Airbus, qui emploie 27 000 salariés sur ses différents sites autour de Toulouse, certains critiquent l’utilité d’un tel projet dans le contexte actuel.

« L’État continue de porter l’aéronautique, alors que l’on sait que ce n’est pas une filière d’avenir, dans un contexte d’urgence climatique, souligne Jean Olivier, président des Amis de la Terre Midi-Pyrénées. Je ne vois pas en quoi la filière répond à un intérêt général majeur. » Pour le militant, en plus de bétonner, « on permet [à l’avionneur] de produire toujours plus d’avions ; cela ne va pas dans le bon sens », dit-il, en alertant également sur le risque de nuisances supplémentaires pour les riverains.

Sachant que « certains sites industriels ferment dans la région, pourquoi ne pas les réutiliser plutôt que de tout concentrer à un même endroit et d’artificialiser des sols ? » s’interroge Jean Olivier.

Un avis partagé par la députée écologiste de Haute-Garonne, Christine Arrighi : « Toute notre économie sera en danger si l’on continue de mépriser la question environnementale de la sorte. La réindustrialisation du pays ne peut pas se faire en étant indifférente à l’environnement, sinon on fonce droit dans le mur. Il faut également arrêter d’affaiblir sans cesse le droit environnemental au nom de l’économie et de l’emploi. »

La dynamique d’expansion toulousaine se confirme également à l’international : l’avionneur européen affirme agrandir ses sites en Allemagne, en Chine et aux États-Unis, pour faire voler toujours plus d’avions à travers le monde.

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