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Paysans et défenseurs des animaux doivent s’unir contre l’industrialisation du vivant

Durée de lecture : 4 minutes

12 novembre 2019 / Pierre-Étienne Rault

L’auteur de cette tribune, éleveur, plaide pour une lutte commune entre paysans et militants de la cause animale contre le « monde mortifère des productions animales industrielles », car les divisions nourrissent les « victoires des multinationales ».

L’auteur de cette tribune est Pierre-Étienne Rault, éleveur dans le Morbihan auteur du livre Végano-sceptique — regard d’un paysan sur l’utopie végane (éditions du Dauphin, 2017). En sont signataires Pierre Hinard, éleveur en Loire-Atlantique, auteur d’Omerta sur la viande (Grasset, 2014), et l’Association en faveur de l’abattage des animaux dans la dignité (Afaad).


Le 5 septembre dernier, l’appel lancé par L214 contre l’élevage intensif était, d’abord et avant tout, un appel à l’union des forces parmi ceux que la souffrance et l’abattage de masse d’animaux réifiés animent d’un sentiment de révolte. L’appel devait donc se comprendre comme une invitation à briser les chaînes partisanes qui divisent et minent les efforts d’opposition au monde mortifère des productions animales industrielles.

Cette main tendue, les quelques organisations professionnelles agricoles historiquement opposées à l’industrialisation du vivant ont fait savoir qu’elles n’en voulaient pas. Invoquant le bon sens et la cohérence, ces organisations ont appelé leurs adhérents et sympathisants à ne pas céder au nouveau chant transpartisan de la plus connue des sirènes animalistes. Chacun fut donc invité à contourner l’écueil et à resserrer les rangs autours de ce qui est rapidement devenue une confortable évidence. De ce genre d’évidence qui voudrait, par exemple, qu’on refuse toute forme de coopération avec ceux qui, à terme, souhaiteraient notre disparition.

Paysans et militants de la cause animale s’opposent déjà, côte à côte, aux tristes idoles du productivisme

Mais quoi de plus intéressant que d’interroger les évidences et de voir sur quoi elles reposent vraiment, notamment lorsqu’elles montrent des signes de dislocation à l’épreuve du réel ? Car, qu’on le condamne ou non, le fait est que paysans et militants de la cause animale s’opposent déjà, côte à côte, et à bien des endroits, à ces tristes idoles du productivisme qui projettent d’agrandir des poulaillers industriels ou de construire, ici et là, des usines à vaches ou à porcs.

Dans le Morbihan, en l’espace de quelques mois, trois projets d’agrandissement de poulaillers industriels viennent d’être annoncés : est-il vraiment sensé et sérieux de penser que les opposants à ces projets peuvent se permettre de faire le tri dans leurs rangs, en tournant le dos à des groupes locaux de militants animalistes motivés, souvent plus disponibles que les paysans et ouverts à la coopération ? Au nom de quoi faudrait-il dédaigner ces soutiens ? La dignité ? Une forme d’orthodoxie syndicale ou de code de l’honneur paysan ? Que valent ces conventions, ces injonctions à ne pas s’ouvrir à l’altérité si la division qu’elles engendrent participe des victoires des multinationales ?

En 2015, lors d’une manifestation contre une ferme-usine de 23.000 cochons, en Vendée.

Auteurs de cette tribune et signataires de l’appel de L214 :

  • Nous pensons que l’heure n’est plus aux divisions quant aux combats à mener contre tous ces projets qui vont à l’encontre de l’intérêt général. Nous pensons que ces divisions entre partisans d’une agriculture paysanne et militants de la cause animale profitent à ceux qui ont pour coutume de ne jamais poser de limites à leur quête de profit.
  • Nous pensons qu’au regard des verrouillages institutionnels, des violences policières, de l’emballement du climat, de l’urgence environnementale, de l’urgence sociale et paysanne nous ne pouvons plus nous permettre de militer aujourd’hui comme on militait hier. À cet égard nous pensons que les luttes transpartisanes — telles qu’elles ont pu s’incarner à la Zad de Notre-Dame-des-Landes ou sur les ronds-points des Gilets jaunes — constituent l’une des clés essentielles pour mettre fin à ce paradigme industriel et capitalistique, cet ennemi historique de la paysannerie, le seul responsable de sa disparition déjà largement entamée.
  • Nous pensons que la condescendance, le mépris affiché à l’endroit des militants de la cause animale et le refus de les intégrer dans nos luttes ne fera que creuser d’avantage ce fossé qui sépare aujourd’hui nos deux mondes et qui est à l’origine de nos incompréhensions et de nos défiances. Nous pensons qu’il est désormais indispensable de recréer le lien qui, au fil du temps, s’est distendu entre les travailleuses et travailleurs de la terre et ceux qui ont progressivement cessé d’éprouver leur territoire.
  • Nous pensons qu’il ne faut pas s’interdire des rapprochements avec des militants de la cause animale. Non pour espérer bâtir, à coup de vaines compromissions, une alliance sur la base d’un consensus idéologique qui n’illusionnera personne mais pour tenter, au nom d’un pragmatisme et au gré d’une conciliation, de récolter des victoires sur le terrain de la désindustrialisation.
  • Nous voulons croire davantage en l’ouverture, au respect et à la confiance qu’au repli, à l’irrévérence et à la méfiance.


Lire aussi : Véganes et paysans (presque) unis contre l’élevage industriel

Source : Courriel à Reporterre

Photos :
. chapô : Dans un élevage bio. Jérôme Giuntini / Flickr
. Manifestation contre une ferme-usine en Vendée. Barnabé Binctin

- Dans les tribunes, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.
- Titre, chapô et intertitres sont de la rédaction.

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