Pêche : le chalutage de fond libère des quantités colossales de CO₂
En plus de capturer sans distinction, le chalutage profond ravage les sols marins et en libère le carbone stocké. - Asc1733 / CC BY-SA 4.0 / Wikimedia Commons
En plus de capturer sans distinction, le chalutage profond ravage les sols marins et en libère le carbone stocké. - Asc1733 / CC BY-SA 4.0 / Wikimedia Commons
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Nouvel argument, s’il en fallait, pour arrêter le chalutage de fond. Publiée le 18 janvier, dans la revue Frontiers in Marine Science, une étude dévoile que cette pratique de pêche contribue à libérer des quantités colossales de CO₂. Consistant à ratisser les fonds océaniques à l’aide de filets « aussi grands que dix avions de ligne 747 », le chalutage de fond était déjà controversé pour attraper toutes sortes d’espèces sans distinction et détériorer les habitats marins.
L’équipe internationale d’experts guidée par Trisha Atwood affirme désormais que cette technique serait « responsable de l’injection de jusqu’à 370 millions de tonnes de dioxyde de carbone dans l’atmosphère chaque année ». Autrement dit, des émissions deux fois supérieures à celles engendrées par la combustion de carburant de l’ensemble de la flotte de pêche mondiale.
Acidification des océans
Les vastes filets servant à piéger les poissons s’enfoncent « jusqu’à 16 cm » dans les fonds marins. En les raclant ainsi, les pêcheurs soulèvent le carbone ayant mis des millénaires à s’enfouir dans les sédiments du plancher océanique. Entre 55 et 60 % du CO₂ libéré atteint la surface dans un délai de neuf ans, s’évapore dans l’atmosphère et aggrave ainsi le changement climatique. L’autre partie, dissoute dans l’eau, accentue l’acidification des océans. Une véritable menace pour certaines espèces dont le métabolisme est sensible au changement de pH.
Début 2023, la Commission européenne dévoilait un plan d’action visant à « protéger et restaurer les écosystèmes marins pour une pêche durable et résiliente ». Celui-ci appelait notamment à supprimer les méthodes néfastes, telles que les chaluts, dans les aires marines protégées à l’horizon 2030. Une interdiction loin d’entrée en vigueur du côté de la France puisque le secrétaire d’État chargé de la Mer, Hervé Berville, s’y oppose « totalement ».