Pesticides : honte au gouvernement qui fait fi de la santé des gens

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21 avril 2020 / Des enfants de paysans



Honte au gouvernement et aux industries de la chimie et de l’agro-alimentaire qui mettent à mal la santé des paysans, des riverains confinés et des personnes vulnérables, dénoncent les auteurs de cette tribune, enfants de paysans.

Nous sommes enfants de paysans, intimement et profondément liés à ce milieu qui nous a construits. Nous avons grandi au milieu des champs, entourés d’animaux que nous aimions, le contact étroit avec la nature et les saisons nous a émerveillé. Nos parents ont su nous transmettre leur fierté d’exercer ce métier, de nourrir la population, d’entretenir les paysages et d’être utiles à tous. Nous n’avons jamais douté de l’attachement des Français à leurs paysans.

Enfants, nous avons aidé nos parents, que nous avons vu travailler encore et encore, jamais nous ne sommes partis en vacances avec eux.

Au vu des heures de labeur effectuées, nous avons été choqués de leurs revenus indécents fixés par les cours des marchés. Nous avons vécu l’industrialisation de l’agriculture — qui, dans un premier temps, a sorti certains de la misère —, le confinement hors nature d’animaux. Nous avons été révoltés par ce modèle agricole qui pousse à toujours plus de productivité, toujours plus d’investissements, et qui a conduit à des situations dramatiques d’endettement, de désespoir et à des suicides (un par jour en 2019). Nous avons vu des agriculteurs pieds et poings liés à leurs coopératives, lésés par elles et par les banques qu’ils avaient eux-mêmes créées. Nous avons assisté à la désertification des campagnes, à plus de solitude dans les fermes. Nous avons été consternés par les effets dévastateurs de la dérégulation des marchés, des traités de libre-échange, des critères d’attribution de la PAC (politique agricole commune).

Les agriculteurs ont perçu des aides pour mettre des terres en jachère, eux qui mettaient un point d’honneur à vivre de leur travail. Nous avons vu nos parents recourir à la chimie, sans protection aucune au départ, sans savoir qu’ils s’empoisonnaient, qu’on leur mentait, que c’était dangereux aussi pour leurs enfants, leurs voisins, pour l’environnement et la biodiversité. L’air, l’eau, la terre, la nourriture sont ainsi pollués. Nous sommes de ceux à qui la disparition des abeilles, des vers de terre, des oiseaux donne du chagrin… et qui ont été meurtris quand nos proches ont été malades.

Nous sommes de ceux qui se réjouissent quand des voix s’élèvent pour remettre en cause ce monde-là, quand des agriculteurs conventionnels s’interrogent sur leurs pratiques avec le souci de bien faire, quand certains se convertissent au bio. Nous savons que ce n’est pas facile d’intégrer d’autres schémas, mais nous voyons combien ceux qui ont franchi le pas s’en portent mieux.

Nous ne pouvons accepter que les distances d’épandage de pesticides soient réduites

Et là, alors que nous vivons une période inédite dans notre histoire avec cette pandémie, alors que la santé est devenue une valeur centrale pour nous, nous découvrons que 25 préfets, pendant notre confinement, ont pris la décision indigne de réduire de moitié les distances d’épandage de pesticides décidées par le gouvernement fin 2019 ! Ils font fi des alertes des médecins et des scientifiques qui ont récemment établi les liens entre pollution de l’air et coronavirus (baisse de l’immunité, aggravation des détresses respiratoires).

Qui les écoute ? La santé des enfants de riverains confinés et des personnes vulnérables va être mise à mal par les épandages qui vont débuter bientôt. Ces préfets appliquent les chartes écrites par la seule FNSEA [le syndicat agricole majoritaire], là où des concertations locales devaient avoir lieu avec des représentants des riverains et des citoyens.

La santé des enfants de riverains confinés va être mise à mal par les épandages qui vont débuter bientôt.

Nous qui sommes issus de ce milieu paysan, irons-nous jusqu’à éprouver de la honte devant les prises de position de certains qui furent des nôtres et qui sont aujourd’hui dirigeants de ce syndicat ? Non, nous sommes indignés, la honte doit changer de camp.

Honte aux industries de la chimie et de l’agro-alimentaire qui se moquent de la santé des paysans

Honte aux industries de la chimie et de l’agro-alimentaire qui se moquent de la santé des paysans, premières victimes, et des citoyens, en toute connaissance de cause, à la seule recherche de leurs profits ! Ce sont les mêmes qui nous empoisonnent et qui fournissent ensuite les traitements pour nous soigner. Honte à ce gouvernement qui a un double discours : protégez-vous, d’un côté, et nous prenons des décisions qui vont gravement vous nuire, de l’autre. 19.718 morts du coronavirus ce 20 avril en France, mais combien de la pollution de l’air ?

À un moment où il est si précieux de prendre soin les uns des autres, de faire preuve d’empathie et de solidarité, il y a un espoir qui nous porte, celui de changer ce monde. Beaucoup de paysans se posent des questions et veulent sortir de ce modèle qui les piège. C’est à nous tous de les soutenir, de leur dire que nous les y aiderons en changeant nos habitudes de consommation (achats locaux, circuits courts), en acceptant de payer le juste prix de notre nourriture, en demandant un accompagnement des agriculteurs vers cette transition. Nous enfants, petits-enfants, frères, sœurs, amis des paysans, nous partagerons alors leur joie légitime de pouvoir vivre décemment de leur travail en étant respectueux de la santé, de la nature, et de se sentir soutenus et fiers de leur métier.





Lire aussi : Pendant le confinement, les épandages de pesticides autorisés près des habitations

Source : Courriel à Reporterre

Photo :
. chapô : Champ de maïs dans le vent, en Bretagne, environs du Faou. Jeanne Menjoulet / Flickr
. Pixabay

- Dans les tribunes, les auteurs expriment un point de vue propre, qui n’est pas nécessairement celui de la rédaction.
- Titre, chapô et intertitres sont de la rédaction.

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