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ReportagePesticides

Pesticides interdits : prison ferme requise contre « le roi de la salade »

L'exploitation agricole de Didier Cornille, à Tarascon, en avril 2024.

Bilan de 3 jours de procès, à Marseille, contre un large réseau d’importation d’Espagne de pesticides interdits : des peines de prison ferme requises contre un mastodonte du maraîchage et son fournisseur, et de fortes amendes.

Marseille, reportage

C’est un procès d’exception qui se terminait le 14 janvier à Marseille, après trois jours d’audience. En matière d’infractions agricoles, il est rare que l’affaire aboutisse à un procès. « Cette affaire est hors normes, de par la taille des exploitations mises en cause », appuie Hervé Cloatre, enquêteur au sein de la brigade nationale d’enquêtes vétérinaires et phytosanitaires (BNEVP), appelé comme témoin lors de l’audience.

Deux des exploitants agricoles mis en cause comptent parmi les plus importants du maraîchage français. Avec son entreprise Reveny de plus de 2 000 hectares situés entre les Alpilles et la Camargue, Didier Cornille est l’un des plus importants producteurs de salade en France. Il fournit des marques comme Bonduel, Les Crudettes et Florette. Frédérique Berlhe, avec la société Des Sansouires, compte environ 1 300 hectares. Il est l’un des premiers sur le marché du melon.

En tout, six agriculteurs situés dans la Drôme et les Bouches-du-Rhône sont mis en cause pour la détention de pesticides interdits en France, de 2019 à 2024. À leurs côtés, l’homme ayant servi d’intermédiaire avec une société de produits phytopharmaceutiques espagnols. Il est mis en cause pour l’importation de ces produits.

Les serres de M. Cornille, à Tarascon, dans le Sud-Est, en avril 2024.

Face aux risques environnementaux et pour la santé humaine, huit associations et un syndicat, la Confédération paysanne, se sont constitués partie civile. Parmi elles, France Nature Environnement, la Ligue pour la protection des oiseaux et Générations futures, ainsi que des associations de consommateurs : l’UFC-Que choisir et Consommation, logement et cadre de vie (CLCV).

Deux peines de prison ferme sont requises par le procureur : six mois pour Didier Cornille, considéré comme « le roi de la salade », et dix mois pour le fournisseur Alain Hebrard, 78 ans, « apporteur d’affaires ». Une première pour une affaire de ce type. Les autres prévenus encourent des peines d’emprisonnement avec sursis de quatre à huit mois. Des amendes importantes sont requises : 65 000 euros pour le fournisseur, de 15 000 à 40 000 euros pour les exploitants, de 35 000 à 80 000 euros pour leurs sociétés.

« Recherche de rentabilité maximale »

L’enquête conduite conjointement par la gendarmerie et la BNEVP a permis de révéler un large réseau d’importation de pesticides interdits en France. Au total, 3,5 tonnes de ces produits ont été retrouvées lors de perquisitions au sein des exploitations agricoles. Des quantités « relativement peu importantes », note le procureur. Mais il souligne que l’enquête « ne fait qu’effleurer le sommet de l’iceberg ». Et enjoint le tribunal : « Vous ne jugez pas des volumes mais un système. »

« Il est saisissant de voir à quel point la démarche délictuelle est fondée sur la recherche de rentabilité maximale, a-t-il souligné. Ce dossier révèle un système, appliqué par des grosses entreprises, qui dominent le marché. » Et si « les produits interdits n’étaient pas indispensables », ils étaient néanmoins bien moins chers que leur équivalent légal.

Par ailleurs, certains de ces exploitants utilisaient des certifications environnementales, comme le pointe l’Association nationale de défense des consommateurs et usagers (CLCV), tels que le label HVE, « haute valeur environnementale » : « Cette affaire démontre que les labels ne sont pas nécessairement gages de qualité ou de sécurité pour les consommateurs. »

À la barre, les quatre agriculteurs présents lors de ces trois jours d’audience plaident la négligence ou la faute professionnelle pour expliquer la présence de pesticides interdits dans leurs stocks. Leurs avocats dénoncent le manque d’éléments factuels démontrant que les produits aient bien été utilisés. Le jugement sera prononcé le 7 avril.

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