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Pollution, sécheresse... Des lycéennes enquêtent sur le lac d’Annecy

De gauche à droite, Chanel, Lila-Rose, Léane, Emmy, Loane, Justine, Amara et leur professeure Céline Saputo.

Des lycéens d’Annecy ont préparé pendant une année des reportages vidéo sur la thématique de l’eau. Une expérience qui a transformé leur vision de leur ville et de son grand lac, situé à deux pas de leur lycée.

Vous lisez la 3e partie de notre série « L’écologie à l’école ».



Annecy (Haute-Savoie), reportage

À Annecy, l’eau a une place et une couleur singulières pour ses habitants. Mais aux yeux d’Amara, Léane ou encore Chanel, son importance dépasse désormais les frontières du lac. Dans le cadre de l’opération « Graines de reporters scientifiques », ces élèves du lycée Berthollet, situé à quinze minutes à pied du lac, ont planché — parfois même un peu coulé « face à la masse d’informations », avouent-elles — sur la thématique aquatique.

Initié par la Fondation Tara Océan, ce programme accessible à tous les collégiens et lycéens de France propose de réaliser une vidéo ou un podcast autour de l’océan et du climat. Tout au long de leur année en première scientifique, les Annéciennes ont tenté avec leurs camarades de répondre à la question induite par les inondations et les sécheresses : « L’eau, amie ou ennemie ? »

Un second groupe a, quant à lui, bûché sur la question des canicules et de leurs effets locaux. Lorsque Reporterre les a rencontrées en juin dernier dans leur lycée, les filles — « des garçons ont aussi participé, mais ils ne sont pas là aujourd’hui » — venaient tout juste de boucler leurs vidéos de trois minutes. Et leur année scolaire.

«  En Californie, 53 °C l’année dernière… Moi, j’ai vu ça au journal, ça m’a choqué  !  » raconte Léane, qui a participé au projet. © Mathieu Génon / Reporterre

« Quand on regarde les inondations qu’il y a eu en 2023, quand on regarde les sécheresses qu’il y a dans le monde, comme en Californie, avec 53 °C l’année dernière… Moi, j’ai vu ça au journal, ça m’a choqué ! » confie Léane, grande fille à l’air timide et aux cheveux bien attachés en chignon. Très concernée par la question écologique, la lycéenne n’a pas hésité longtemps avant de rejoindre le projet lancé par sa professeure de Sciences de la vie et de la terre (SVT), Céline Saputo.

De la salle de classe à la Cité des sciences

« On a travaillé une heure par semaine, quasiment toutes les semaines. C’était un investissement pour elles, d’autant qu’elles avaient d’autres échéances en cette année de première », dit l’enseignante, qui a elle-même consacré beaucoup de temps à ce projet.

« Il y avait un gros travail technique et journalistique à réaliser sur comment on va chercher l’information, comment on réalise une interview, comment on monte une vidéo, etc. », poursuit Céline Saputo. L’enseignante a également organisé un séjour à Paris en avril dernier pour ses élèves. La visite de l’exposition Urgence climatique à la Cité des sciences a apporté des éléments de réponse aux apprentis reporters et reportrices.

Ces élèves ont travaillé sur leurs vidéos une heure par semaine tout au long de l’année. © Mathieu Génon / Reporterre

Le groupe n’a désormais plus de doute : Annecy et son lac n’échappent pas aux bouleversements climatiques. « Avec la sécheresse, le niveau baisse. Il y a une année où il y avait des poissons morts qui flottaient un peu partout et des brochets qui arrivaient jusque sur la plage », se souvient la volubile Lila-Rose, salopette en jean et pull marin. Mais le lac déborde aussi fréquemment, révélant une situation plus contrastée qu’attendu.

« On a découvert qu’avec la chaleur, l’eau s’évapore plus, ce qui provoque plus de précipitations »

« On a découvert qu’avec la chaleur, l’eau s’évapore plus, ce qui provoque plus de précipitations », explique Justine. « En moyenne sur l’année, il y aura toujours autant d’eau dans le lac, enchaîne Lila-Rose, mais les écarts vont se creuser davantage entre l’été et l’hiver. Il y aura beaucoup d’eau l’hiver parce que, au lieu d’être alimenté par la fonte des glaciers, le lac sera alimenté par les précipitations. On va donc avoir comme une saison des pluies et une saison de sécheresse. »

Céline Saputo, leur professeure de SVT, les a emmenés à Paris voir une exposition sur le changement climatique. © Mathieu Génon / Reporterre

Chanel, « comme le parfum » nous a-t-elle précisé lors des présentations, a été particulièrement marquée par la pollution générée par ces pluies abondantes : « Toutes les particules de pollution présentes sur les routes ruissellent dans l’eau du lac et le polluent. Et ça fait un effet boule de neige sur toute la faune et la flore. Les espèces maritimes disparaissent ou bien mutent. »

C’est notamment le cas de l’omble chevalier, emblématique poisson du lac, dont les effectifs sont en chute libre en raison du réchauffement des eaux du lac, mais aussi de cette pollution, s’inquiètent certains chercheurs.

Situé tout près de leur établissement, le lac d’Annecy a fortement inspiré ces lycéennes. © Mathieu Génon / Reporterre

Les élèves ont également pris conscience des effets négatifs de l’urbanisation et de l’importance des arbres. « Mes parents me racontent que, quand ils étaient enfants, Annecy était vraiment une ville avec des campagnes qui étaient bien plus proches que ce qu’on a maintenant, détaille Lila-Rose. Il y avait des grandes forêts, c’était comme des parcs au milieu de la ville où ils gambadaient. Il nous reste quelques vieux arbres et des zones avec beaucoup de verdure. Mais on construit beaucoup. »

Des espaces naturels à préserver

Le Pâquier, grande prairie qui borde le lac, a pu être préservé, avec de nombreux arbres. « Ces derniers sont très importants, autant pour faire de l’ombre, de la verdure que pour maintenir le terrain. »

Partant des canicules, Emmy et Loane se sont penchées sur la renaturation d’espaces artificialisés dans leur ville d’Annecy. © Mathieu Génon / Reporterre

Emmy et Loane, elles, se sont concentrées sur les canicules à répétition, leurs effets et les solutions que la municipalité met en œuvre. « Nous avons pu interviewer une personne de la mairie qui nous a montré des plans d’îlots de fraîcheur, raconte la première. Ils sont en train de végétaliser les cours des écoles en partant de ce que proposent les élèves. Ils travaillent aussi à planter certaines espèces d’arbres plus résistantes aux maladies, comme le chêne. »

« Ils envisagent d’enlever une partie du béton qui recouvre le Thiou, la petite rivière canalisée qui passe dans Annecy, afin de la laisser à l’air libre », complète la seconde. Pour que cette ville, dans laquelle toutes disent avoir la chance de vivre, reste respirable.



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