Pour permettre l’extension d’une mine de charbon, la police allemande évacue la Zad de Hambach

Durée de lecture : 4 minutes

14 septembre 2018 / Violette Bonnebas (Reporterre)

Le matin du jeudi 13 septembre, les autorités allemandes ont lancé l’assaut contre la Zad de Hambach, dans l’ouest du pays. Depuis six ans, des écologistes y luttent pour préserver ce qu’il reste d’une forêt millénaire, déjà mangée à 90 % par une mine de lignite géante dont l’appétit semble insatiable.

  • Berlin (Allemagne), correspondance

Ils sont arrivés peu après huit heures du matin, jeudi 13 septembre. 3.500 policiers, casqués et cagoulés, suivis par des canons à eau, des hélicoptères, des chevaux et des grues. Les autorités allemandes n’ont pas hésité à déployer les grands moyens pour l’évacuation de quelque… 150 militants anti-charbon dans la forêt de Hambach, dans l’ouest de l’Allemagne.

Depuis six ans, ces écologistes occupent la cime des arbres. Plus de cinquante cabanes y sont construites. Des promenades sensibilisent les habitants à la protection d’une forêt millénaire, coincée entre Cologne et Aix-la-Chapelle, engloutie peu à peu par les pelleteuses. En moins de quarante ans, 90 % de son territoire a déjà disparu pour laisser place aux excavatrices de la compagnie électrique RWE, propriétaire de la mine de charbon voisine.

L’Allemagne a promis de cesser l’exploitation du charbon, mais qu’importe : à partir du 1er octobre, RWE veut raser 100 hectares supplémentaires pour accéder au sous-sol, riche en lignite. Après une longue bataille devant les tribunaux, la justice allemande a donné raison au premier énergéticien du pays. RWE compte bien faire valoir son droit, et les autorités politiques ont clairement choisi leur camp.

Après avoir longtemps toléré l’occupation de la forêt, le gouvernement régional de Rhénanie-du-Nord–Westphalie a soudainement dénoncé une « occupation illégale » et ordonné l’évacuation des lieux en raison d’un « risque d’incendie élevé ». « Avec l’évacuation, RWE franchit clairement une ligne rouge contre le climat, explique Karolina Drzewo, de l’ONG anti-charbon Ende Gelände. C’est un scandale que le gouvernement régional protège ici les profits des entreprises et non le climat. »

Pour des raisons politiques, le gouvernement tend une oreille attentive au lobby du charbon 

Sur place, les militants ont opté pour « la résistance non violente » face à la démonstration de force. Accrochés aux arbres, parfois à 25 mètres de hauteur, ils n’ont pas l’intention de faciliter la tâche des forces de l’ordre. Jeudi soir, seule une poignée d’entre eux avait été délogée, une cabane détruite. L’opération représente un « gros défi » et « pourrait durer plusieurs semaines », a admis le porte-parole de la police régionale. Le collectif Aktion Unterholz a annoncé une « mobilisation massive dès ce week-end pour empêcher l’évacuation et l’abattage des arbres ». Une manifestation organisée dans la localité voisine de Buir a déjà rassemblé jeudi soir plusieurs centaines de personnes.

Lors d’une manifestation le 29 avril 2018 contre la mine de lignite de RWE voisine de la forêt de Hambach.

La forêt de Hambach est devenue le symbole d’une Allemagne empêtrée dans sa transition énergétique. Pionnier de la fin du nucléaire, le pays freine aujourd’hui le développement des énergies renouvelables et tergiverse sur l’avenir du charbon. « La transition énergétique est volontairement ralentie pour garder le plus longtemps possible le charbon dans le mix électrique, analyse Claudia Kemfert. C’est une décision purement politique : entre les emplois dans l’éolien et les emplois dans le charbon, le gouvernement a choisi le charbon. »

Avec 39 % de la production d’électricité, la houille et le lignite représentent encore la première source d’énergie en Allemagne. Pour tenir ses objectifs climatiques, le pays sait qu’il n’a pas d’autre choix que d’en finir avec une exploitation ultra-polluante. Mais pour des raisons politiques, le gouvernement tend une oreille attentive au lobby du charbon : une drôle d’alliance constituée d’industriels, de syndicats ouvriers et de communes dépendantes des revenus des mines et des centrales à charbon, qui tentent de repousser sa fin le plus longtemps possible. D’ici la COP24, en décembre prochain, une commission mise sur pied par le gouvernement doit préciser les modalités, le financement et le calendrier de sortie du charbon ainsi qu’un plan de reconversion des régions concernées.

En attendant, les zadistes réclament un moratoire sur l’abattage de la forêt de Hambach. « Le gouvernement fédéral doit faire stopper cette évacuation et l’abattage des arbres tant que la commission n’a pas fini son travail », demande Gesche Jürgens, porte-parole de Greenpeace. Mais à Berlin, la coalition des conservateurs et des sociaux-démocrates semble pour l’instant rétive aux arguments écologistes. Interpellé jeudi au Parlement, le ministre fédéral de l’Économie et de l’Énergie, Peter Altmaier, soutenait « une décision entrepreneuriale confirmée par les tribunaux, confirmée par un Parlement, confirmée par des décisions démocratiques ».


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Lire aussi : La Zad de Hambach investie par la police pour permettre l’exploitation du charbon

Source : Violette Bonnebas pour Reporterre

Photos :
. chapô : opération policière d’évacuation de la forêt de Hambach, jeudi 13 septembre. © Bernd Lauter/Greenpeace via @greenpeace_de sur Twitter
. banderole : Flickr (@infozentrale/CC0)

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