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Énergie

Prix à la pompe : pour amortir la hausse, une solution sociale et écologique existe

Crise de l’énergie : une solution sociale et écologique existe (image d'illustration).

Pour amortir la hausse des prix du pétrole et du gaz, quelle solution va choisir le gouvernement ? Pas question de reproduire le fiasco de 2022, avec des aides à la pompe non ciblées. Le « grand plan d’électrification », attendu dans la semaine, sera scruté.

La multiplication des petites annonces, depuis une semaine, n’a pas fait retomber la pression qui pèse sur le gouvernement face à la crise de l’énergie. Ni les aides à la pompe, ni les prêts et exonérations d’impôts n’ont suffi à calmer l’inquiétude des « gros rouleurs » à qui elles étaient destinées. Le choc provoqué par la guerre au Moyen-Orient est brutal : mardi 31 mars, le litre de gasoil s’écoulait en moyenne à 2,23 euros, contre 1,72 euros avant le début de la guerre.

La question n’est donc plus de savoir si le gouvernement va déployer de nouvelles aides, mais quand et comment il va le faire. Et s’il sera capable de répondre efficacement à la crise sans reproduire le fiasco du bouclier tarifaire de 2022.

Face à la brutale envolée des prix de l’énergie engendrée par la guerre en Ukraine, le gouvernement avait alors déclenché une aide à la pompe, non ciblée, qui revenait à subventionner les énergies fossiles. Ce « bouclier tarifaire » a coûté 72 milliards d’euros de dépenses publiques selon la Cour des comptes.

« Une telle aide est très chère et injuste socialement, car les ménages aisés, qui consomment jusqu’à deux fois plus d’énergie que les ménages les plus modestes, reçoivent deux fois plus de subventions », dit Andreas Rüdinger, coordinateur transition énergétique à l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri).

La crise comme accélérateur de la transition

Alors que faire ? De nombreuses voix de la société civile prêchent pour un principe fort : le ciblage des aides sur les plus modestes. Selon ces voix, cela aurait l’avantage de ne pas occulter le « signal-prix » provoqué par cette crise. L’effet dissuasif qu’exercent les tarifs prohibitifs de l’essence pourrait en effet pousser celles et ceux qui en ont la possibilité à se convertir rapidement à l’électrique. Autrement dit, il serait pertinent de ne pas aider les foyers qui ont les moyens d’amortir le choc, pour que cette crise serve d’accélérateur à la sortie des énergies fossiles — 60 % de l’énergie consommée par la France.

Pour être encore plus vertueuses, ces aides pourraient être ciblées, non pas sur les factures de gaz ou d’essence, mais sur l’électricité, même si elle n’augmente pas (encore). On aiderait ainsi les ménages modestes à boucler leurs fins de mois, tout en les incitant à préférer l’électricité aux énergies fossiles. Cela pourrait prendre la forme d’un mécanisme que Andreas Rüdinger appelle le « bonus social électrique », empruntant une idée déployée en Espagne en 2008. « Avec 3 milliards d’euros on pourrait faire un chèque électrique pour la moitié des ménages, entre 150 et 300 euros directement soustraits de la facture d’électricité », dit-il.

Financer l’électricité pour régler le problème du prix de l’essence, cela peut sembler brutal aux nombreux foyers qui n’ont pas d’alternative. Une personne sur deux en France, et trois quarts des habitants de communes isolées ou en zones périurbaines, sont obligés d’utiliser leur voiture. Il faudrait donc que ces aides soient suffisamment élevées pour réellement amortir le choc.

« L’aide de 150 euros en moyenne reste très loin des besoins »

Les signaux envoyés ces derniers jours par le gouvernement suscitent des inquiétudes : les aides envisagées seront-elles suffisantes ? Le gouvernement a annoncé lundi 30 mars un ajustement du système de chèque énergie pour qu’il touche davantage de bénéficiaires. Un demi-pas en arrière, quelques mois après avoir lui-même supprimé l’automaticité du versement pour faire des économies.

« Il s’agit d’une aide de 150 euros en moyenne, qui reste très loin des besoins, rappelle Daphné Chamard Teirlinck, du Secours catholique. Cela représente 8 % de la facture moyenne d’énergie. Dans les passoires thermiques, elle grimpe à plus de 3 000 ou 4 000 euros. » Un tiers des Français éprouvent déjà des difficultés à payer leurs factures énergétiques, ce qui représente une proportion deux fois plus importante qu’en 2020.

Distribuer des voitures électriques comme les logements sociaux

Pour aider les automobilistes sans subventionner les énergies fossiles, le gouvernement pourrait renforcer le dispositif de leasing social. Ce programme de location de voiture longue durée (trois ans) à un prix modeste (100 euros par mois dans sa première version) a déjà permis à 100 000 personnes d’abandonner la voiture essence. « Rouler à l’électrique coûte 7 euros pour 100 kilomètres, contre à peu près 14 euros en thermique. Le basculement vers l’électrique a donc un intérêt économique », estime Benoît Calatayud, directeur de l’Observatoire de la transition énergétique et sociale de la Fondation Jean-Jaurès, au cours d’un point presse commun à sept organisations, le 18 mars.

« Le basculement vers l’électrique a un intérêt économique »

Après son lancement en 2022, le programme a été victime de son succès — et de la rigueur budgétaire. Il a été rebranché en 2025 dans une version bien moins ambitieuse. Étonnamment, c’est l’Institut Montaigne, groupe de réflexion néolibéral, qui semble aller le plus loin sur ce thème, preuve que le mécanisme peut faire consensus et que le secteur privé, notamment l’industrie automobile française, compte en tirer profit.

« L’État pourrait acheter lui-même des véhicules et les mettre en location, comme il le fait avec le logement social. Ce serait d’autant plus intelligent que les fonds propres de l’État [l’argent investi dans des biens ou des entreprises] ne comptent pas comme de la dette publique », dit Pierre Jérémie, spécialiste énergie du groupe de réflexion.

Selon ses calculs, la somme d’argent public nécessaire à réduire de 0,01 euro le prix du litre d’essence à la pompe (500 millions d’euros) suffirait à doubler le nombre de voitures mises en location à petit prix, à 100 000 véhicules par an.

Paralysie politique et verrou budgétaire

Ces derniers jours, la communication du gouvernement s’est alignée sur ces arguments. « La vraie mesure » à prendre est d’aller « très vite à l’électrification des usages », disait le ministre des PME et du pouvoir d’achat, Serge Papin, en fin de semaine dernière. Le ciblage des aides devra rester la règle et le « grand plan d’électrification » que prépare l’exécutif depuis le début 2026, attendu initialement pour la mi-avril, doit être dévoilé dès cette semaine. Il doit détailler des mesures permettant de remplacer le pétrole et le gaz par de l’électricité, dans les transports, le chauffage des logements et l’industrie.

Pour que ce plan soit une réponse crédible à l’urgence de la situation, il faudra beaucoup d’argent et des gestes politiques forts. Sur ce point, les observateurs ne sont pas très optimistes. En débutant les consultations sur son plan d’électrification, en janvier, le gouvernement avait clairement énoncé une condition : pas 1 euro de budget supplémentaire ne sera consacré à son ambitieuse feuille de route. La faute à des finances publiques dans le rouge d’une part, mais également à une Assemblée nationale politiquement morcelée, proche de la paralysie, où la droite et l’extrême droite saisissent tout ce qui ressemble à une mesure écologique pour en faire un bouc émissaire.

« Fonctionner avec de simples décrets est extrêmement dangereux »

Il est probable que le gouvernement dégaine la nouvelle carte joker qu’il n’a de cesse de sortir depuis plusieurs mois : le nébuleux mécanisme des certificats d’économie d’énergie. Cette « caisse noire de la transition énergétique », d’une extraordinaire complexité, extérieure au budget de l’État, est financée par les fournisseurs d’énergie (qui répercutent son prix sur nos factures). Il permet à l’État de mobiliser des sommes d’argent sur simple décret, mais son usage systématique comme palliatif aux baisses de subventions publiques inquiète les partisans de la transition énergétique.

« Le risque, comme tout ceci passe par de simples décrets, c’est qu’en cas d’arrivée au pouvoir, le Rassemblement national pourra supprimer 8 milliards d’euros d’aide à la transition énergétique en un trait de plume. C’est extrêmement dangereux », dit Andreas Rudinger.

Crise sociale majeure

Ces prochains jours, des décisions seront prises dans l’urgence, malgré d’énormes enjeux. La sortie de notre dépendance aux énergies fossiles, d’une part, ainsi que la réponse à la crise sociale durable qui se dessine en conséquence de la crise énergétique. Derrière la hausse des prix de l’essence, il y a celle du gaz, dont le prix est très volatile mais devrait s’orienter durablement à la hausse. Il se fera surtout ressentir pour les 36 % des ménages français qui dépendent du gaz pour leur chauffage, au début de l’hiver, dans six mois.

Le prix du baril de pétrole a grimpé depuis le début de l’offensive israélo-américaine en Iran. Trading economics

À plus long terme, un violent contrecoup devrait se faire sentir sur le prix des marchandises que nous consommons. Comme le pétrole et le gaz sont nécessaires à la production et au transport de ce que nous importons, et que la crise actuelle frappe durement l’Asie, d’où nous importons la plupart de nos marchandises, l’inflation devrait concerner un large spectre de biens et services. Les denrées alimentaires vont également être plus chères, étant donné qu’un quart des matières premières utilisées dans la fabrication des engrais transite par le détroit d’Ormuz. À cela pourrait s’ajouter une pénurie de plastique et d’hélium nécessaires à la fabrication de puces électroniques.

Nous risquons de découvrir la rançon de l’inaction, alors que, depuis des décennies, les alertes se multiplient sur l’urgence de sortir des énergies fossiles.

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