Quand un grand-père transmet son savoir et son amour de la nature

20 avril 2016 / Pascale Solana (Reporterre)



Après Super trash, documentaire sur les déchets réalisé en 2013, Martin Esposito s’installe chez son grand-père pour se ressourcer. Et oriente sa caméra sur l’agriculture familiale simple et joyeuse et sur les liens entre les générations. Le Potager de mon grand-père sort en salle ce mercredi.

Le Potager de mon grand-père est un film documentaire tendre et touchant sur la transmission intergénérationnelle autour d’un jardin familial nourricier. Un urbain de petit-fils, le cinéaste Martin Esposito (qui avait réalisé un film sur les déchets, Super Trash), filme son jardinier de papy au fil des mois pendant une année, sans doute dans le Midi de la France, mais peu importe. C’est une histoire très simple où chacun peut aisément se projeter, pas forcément parce que son aïeul a un jardin, mais parce que nous avons tous un jour reçu d’un ancien qu’on aimait un de ces tours de main qu’il avait lui même reçu d’un plus vieux.

La caméra et la voix de Martin guident le spectateur dans ce théâtre naturel qui s’ouvre en automne. Nous rencontrons un vieux monsieur aux forces physiques déclinantes, affecté par la disparition sans doute récente de son épouse, la grand-mère. Motivé par le désir de transmettre, de la graine qui germe aux récoltes, l’homme renaît dans le même mouvement que la terre.

Car il est gourmand l’aïeul 

Tout au long du film, le rythme, la musique, les plans de la caméra insistent sur le temps : silences, prises de parole, horloge remontée, gestes lents, techniques et précis comme lorsque le papy ressort de sa remise de vieux outils oubliés et en explique l’usage. Ou montre comment récupérer les semences de ses plants : gros plans sur les mains calleuses qui épépinent un concombre trapu et rustique pour en récupérer les graines : celles de la coopérative ne les valent pas ! Plus tard, ce sont les toutes petites graines de tomates juteuses et dodues que le papy isole savamment parce qu’elles donneront des coulis colorés dont il a le secret. Car il est gourmand l’aïeul ! Champignons des bois cueillis dans la brume du matin, minestrones aux blettes, « sa madeleine de Proust »

Le jardin bien sûr est naturel. Pas comme celui de ses voisins, son beau-frère et sa belle-sœur, la Lolo, qui traitent les haricots verts, arrosent trop les tomates qui finissent par pourrir ou utilisent le motoculteur pour retourner le sol : un crime de lèse-majesté qui blesse les vers de terre, commente le grand-père ! Les mauvaises herbes autour des pieds de tomates ? Pas gênantes ! De plus, elles maintiennent l’humidité du sol. Autant de conseils de bons sens. Voilà pourquoi, si les voisins se moquent de ces façons de faire, tu les envoies « caguer », dit l’ancien au pitchoune. Intérieurement, le spectateur applaudit. Et c’est à ce moment là qu’il s’interroge avec regret : si seulement il y avait eu plus de papys jardiniers comme celui de Martin au cours des 40 dernières années… Mais ouf, la relève arrive !


- Le Potager de mon grand-père film de Martin Esposito, 1 h 16. Distribué par Destiny Films.




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Source : Pascale Solana pour Reporterre

Photos : © Destiny Films

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