Radio Bambou : un kit pour initier les enfants au reportage radio

Durée de lecture : 32 minutes

30 janvier 2019 / Mathilde Bouquerel (Reporterre)

Depuis un an et demi, Mathilde Bouquerel prête sa voix à Bambou, le panda roux reporter. Elle anime aussi des ateliers pour initier les enfants au reportage radiophonique. Dans cet article, elle propose un « kit » expliquant sa façon de procéder.

Voici le sommaire de notre kit. Cliquer sur le lien pour vous rendre à la partie concernée.


LA RADIO COMME OUTIL D’ÉDUCATION À L’ENVIRONNEMENT

L’objectif de ce kit est de vous permettre d’animer un cycle d’ateliers Radio Bambou comme je le fais moi-même dans des écoles et centres de loisirs d’Île-de-France. L’idée fondatrice de ces ateliers est d’utiliser le média radio dans tout son aspect ludique et créatif pour éduquer des enfants et jeunes ados de 8 à 12 ans aux thématiques liées à l’environnement : biodiversité, réduction des déchets, observation de la nature, alimentation, etc. Ces questions qui peuvent paraître trop abstraites, trop sérieuses ou anxiogènes pour ce type de public pourront être abordées de manière très amusante, simple et concrète grâce à la réalisation d’un reportage radio sur le modèle de mon podcast Radio Bambou. Ainsi, les jeunes participants apprendront à formuler en mots et en sons les questions qu’ils se posent et parviendront à transmettre leurs réflexions sous la forme d’un produit fini agréable à écouter et facile à partager autour d’eux.

Reporterre, le quotidien de l’écologie

En décembre 2016, mon contrat aidé chez Fréquence Paris Plurielle, une radio associative militante entre autres sur les questions d’environnement, s’est terminé. Ça a été une expérience très riche et formatrice. J’ai alors pris un peu de temps pour me demander ce que j’avais vraiment envie de faire, ce que serait mon « job de rêve ». J’en ai conclu que mon sujet idéal était l’écologie, mon média idéal, la radio, et mon public de prédilection, les enfants. J’ai donc élaboré un projet qui réunisse ces trois critères : un podcast (émission de radio sur Internet) d’éducation à l’environnement pour les 8-12 ans. J’ai ensuite cherché un média qui puisse l’accueillir et mon choix s’est rapidement porté sur le site Reporterre. D’abord parce que ce quotidien en ligne est l’un des rares médias français à ne traiter que d’écologie et à avoir une forte expertise de terrain. Ensuite, parce qu’il a réussi le tour de force de ne dépendre ni d’un grand groupe financier ni de l’État tout en proposant un contenu gratuit et accessible à tous et toutes. J’ai donc pris contact avec la rédaction début 2017. Radio Bambou était né !

Radio Bambou, le magazine radio de l’écologie pour les 8-12 ans

Le premier épisode de Radio Bambou est sorti en juin 2017 et aujourd’hui, ils sont tous écoutables ici. Dans ce podcast, je prête ma voix à Bambou, panda roux de la ménagerie du Jardin des plantes, qui mène une double vie : dès que ses gardiens ont le dos tourné, il s’échappe de son enclos pour aller jouer les reporters radio. Pour raconter les aventures de Bambou, je passe par deux formes radiophoniques : la fiction et le reportage. Une fiction radio est un texte lu par une ou plusieurs personnes et enrichi de bruitages et de musique. Par exemple, j’ai réalisé une fiction radio où Bambou suit en aéroplane un groupe d’hirondelles pendant leur migration. Un reportage au contraire consiste à se rendre dans un lieu réel ou à assister à un événement pour raconter en son ce qui s’y est passé. Par exemple, j’ai fait un reportage sur un camp scout zéro déchet. C’est ce deuxième format que je vous propose de réaliser avec vos participants.

Les ateliers Radio Bambou

L’idée de ces ateliers est d’initier un groupe d’enfants et de jeunes ados aux techniques radio de prise de son et d’interview pour réaliser un reportage tel que ceux diffusés dans Radio Bambou. Première caractéristique : il s’agit de reportages de trois minutes. Cela peut vous paraître court mais c’est en fait plutôt du long format quand on le compare aux éléments diffusés sur les radios nationales qui durent 1 minute 15 au maximum. Croyez-moi, on peut dire plein de choses en trois minutes ! Autre caractéristique : on laisse beaucoup de place aux sons d’illustration (par exemple, dans un reportage sur un atelier de jardinage, un râteau qui racle le sol, l’eau qui coule d’un arrosoir, etc.) et à l’ambiance (le bruit de fond de l’endroit dans lequel on se trouve). On va aussi enregistrer des « séquences », des moments où les personnages du reportage accomplissent une action. Par exemple, pour le reportage sur le camp scout zéro déchet, j’avais bien entendu des interviews des chefs scouts qui expliquaient le projet et des enfants qui racontaient comment ils le vivaient. Mais j’avais aussi des séquences des scouts en train de prendre leur repas, de faire la vaisselle avec du savon solide et des éponges réutilisables ou encore de me montrer leur douche anti-gaspi. C’est grâce à ces sons d’illustration, cette ambiance et ces séquences que le reportage va être vivant et amuser les enfants.


CONDITIONSCESSAIRES À L’ANIMATION D’UN CYCLE D’ATELIERS RADIO BAMBOU

1. Le matériel

Des micros-enregistreurs Zoom H1
Pour réaliser le reportage, on fera utiliser aux enfants des microphones enregistreurs de marque Zoom. Il s’agit de micros qui comportent une carte SD et qui peuvent donc enregistrer les sons comme une caméra enregistre l’image. La marque Zoom est régulièrement utilisée dans les écoles de journalismes et par les professionnels. Il existe de nombreux modèles de Zoom mais je préfère utiliser le modèle H1 pour des enfants car il est plus petit et léger donc mieux manipulable avec des petites mains. Il comporte aussi moins de fonctionnalités que les modèles de qualité supérieure comme le H2 ou le H4 mais cela le rend là aussi plus adapté à un jeune public puisqu’il est de fait plus simple d’utilisation. Dernier avantage : il est moins cher que ses équivalents haut de gamme et donc plus à la portée du budget d’une ville ou d’une association. Cependant, cela reste du matériel coûteux (autour de 110 euros par Zoom avec le lot d’accessoires) et il est important de le rappeler aux enfants en début de cycle afin de les responsabiliser. Pour acheter les Zoom, les sites Thomann et la boutique Woodbrass, dans le 19e arrondissement de Paris, sont de bonnes adresses.

Le lot d’accessoires
Il est important de se procurer avec le Zoom H1 son lot d’accessoires : il s’agit notamment de la « bonnette » ou filtre anti-pop, petite mousse qu’on fixe sur les micros pour atténuer le vent ou le souffle que dégagent les personnes interviewées en prononçant les consonnes dentales type « p », « t », « q ». Cette petite mousse circulaire se fixe sur les micros du Zoom. Le lot d’accessoires comporte aussi souvent un pied, qui se visse au dos du micro et permet d’éviter les bruits de manipulation pendant l’enregistrement, ainsi qu’un trépied, pratique pour une interview longue où les bras des enfants se fatiguent rapidement. Lors de l’achat du lot d’accessoires, il est important de vérifier qu’une carte micro-SD de 8 GO minimum est fournie ainsi qu’un casque audio. Si ce n’est pas le cas, il vous faudra vous en procurer autant que de Zoom achetés. En effet, il n’est pas possible d’enregistrer sans carte micro-SD. Et il n’est pas recommandé de faire un enregistrement sans casque audio. Écouter ce qu’on est en train d’enregistrer permet de contrôler la qualité du son pris, qui n’est pas la même que celle qui entre dans nos oreilles, les micros professionnels étant extrêmement sensibles. Une paire d’écouteurs suffira pour un enregistrement, même si un casque est plus confortable.

Un nombre de Zoom adapté au nombre d’enfants
L’idéal pour que les enfants puissent tous intégrer le fonctionnement du Zoom est qu’ils soient trois maximum par micro, deux étant l’idéal. Il faudra donc faire un achat de matériel adapté au nombre d’enfants. Si, par exemple, ils sont douze, vous achèterez au moins quatre Zoom. Au contraire, je préfère éviter de ne mettre qu’un enfant par micro car il est compliqué — du moins au début — de se concentrer à la fois sur la gestion d’une interview et la prise de son.

Comment réaliser un enregistrement de qualité ?
Pour réaliser un bon enregistrement, il faut s’assurer que le niveau sonore n’est ni trop faible ni trop fort. S’il est trop fort, on dit que le son est « saturé  ». Comme une tartine laissée trop longtemps dans un grille-pain, il est déformé et n’est plus utilisable. Si le son est trop faible, on peut le remonter ensuite avec un logiciel de montage, c’est donc moins problématique que s’il est saturé. Cependant, toute l’ambiance autour du son va être remontée en même temps. Si le niveau d’enregistrement était vraiment trop bas, on va donc avoir l’impression d’un écho très fort autour de la voix ou du bruit. On dit que le son est « caverne ». L’objectif est donc d’obtenir un son entre ces deux extrêmes. Pour cela, on dispose de deux outils : le casque audio, qui permet de vérifier à l’oreille que le niveau d’enregistrement est bon, et l’écran du Zoom sur lequel apparaissent des « vumètres ». Il s’agit de barres noires qui indiquent le nombre de décibels du son enregistré entre – 48 (son très faible) et 0 (son très fort). L’idéal étant un son entre – 6 et – 12 db.

Pour régler le son, il existe deux possibilités. La première, avant de déclencher l’enregistrement, est d’agir sur le « gain ». Attention, le gain n’est pas le volume ! Le volume est le niveau sonore qui sort du Zoom et va dans le casque ou les écouteurs. On peut le régler avec les boutons « + » et «  » en dessous de la prise jack rouge, appelée « Line out ». Le gain est le niveau sonore qui entre dans le Zoom via ses micros. Pour le régler, on bouge la molette ronde au-dessus de l’écran, qui est cachée par la bonnette quand celle-ci est en place. Pour le régler, il faut donc enlever la bonnette, d’où le fait qu’il faille régler le gain avant de déclencher l’enregistrement. Pour augmenter le gain, on tournera la molette vers le 10. Pour baisser le gain, on la tournera vers le 0.

Une autre solution pour régler le volume d’enregistrement peut être tout simplement d’avancer ou de reculer le bras par rapport à la source du bruit enregistré ou à la personne qui parle. Cette opération peut être effectuée pendant l’enregistrement.

En règle générale, avant une interview, je conseille aux enfants de demander à leur intervenant de faire un test de voix en disant quelques mots et de régler gain et distance du bras par rapport à sa bouche en fonction de ce test. Je leur recommande de ne pas être trop loin du visage de la personne, sans lui mettre le micro « sous le nez » non plus. Dernier aspect important : on enregistre les questions ET les réponses. Donc, on tend le micro vers l’intervieweur quand il interroge et vers l’interviewé quand il répond.

2. Les contextes des ateliers

Le groupe d’enfants
Comme je le disais, l’idéal est que les enfants soient deux par micro, trois au maximum. On adaptera donc le nombre d’enfants au budget disponible pour acheter les Zoom et leur lot d’accessoires, casques/écouteurs et cartes micro-SD. Cependant, même avec le matériel suffisant, il me paraît difficile de mener un atelier avec plus de dix enfants pour une personne seule et vingt enfants pour deux animateurs. En effet, il est nécessaire de pouvoir vérifier que chaque participant a compris le maniement du Zoom, la construction d’une interview, la conduite d’un reportage. Et cet accompagnement personnalisé n’est pas possible avec un trop grand groupe d’enfants.

Prévoir un Zoom pour deux ou trois enfants.

Les séances ?
Le cycle d’ateliers que je vous propose ici comporte neuf séances, avec prise en main du groupe, initiation à l’interview, initiation à la prise de son en extérieur, initiation à l’animation, conférence de rédaction, réalisation du reportage et écoute collective. Il peut être adapté en fonction du temps à disposition de l’animateur. Je recommande également des séances de deux heures. Cela peut paraître long mais le temps va en fait passer très vite car les ateliers alternent des temps faibles (écoutes, consignes) et des temps forts (manipulation de matériel). Ces deux heures sont aussi nécessaires pour pouvoir faire des sorties et partir en reportage sur le terrain avec les enfants.

La salle
L’idéal est d’avoir une salle type salle de classe avec des tables et des chaises ainsi qu’un tableau où écrire les termes techniques comme vumètres, bonnette, son saturé, etc. Si possible, il n’y aura pas trop d’écho, car la salle servira aussi à enregistrer les voix des enfants pour la signature du reportage.

3. Le montage

Pour produire un reportage, on ne prend pas seulement du son mais on monte aussi ensuite ces interviews, sons d’illustration et séquences ensemble grâce à un logiciel de montage. L’idéal pour mener à bien ce cycle d’ateliers est d’être soi-même formé au montage, ou d’être accompagné d’une personne qui l’est. Cependant, cette partie du kit est destinée à vous donner quelques bases sur le logiciel Audacity, téléchargeable gratuitement pour Windows, Mac ou Linux sur ce site.

  • Retrouver la partie technique sur l’utilisation d’Audacity ici.

ROULEMENT D’UN CYCLE TYPE D’ATELIERS RADIO BAMBOU

Dans cette partie du kit, vous pourrez découvrir le contenu de chaque séance des ateliers que j’anime dans les écoles et centres de loisirs d’Île-de-France où je travaille. Il s’agit d’un cycle de neuf ateliers de deux heures mais il peut bien entendu être adapté au nombre de séances dont vous disposez.

1. Acquisition des techniques radio de base

Séance 1 : Prise en main
Cette première séance est très importante pour prendre la température du groupe d’enfants et leur donner envie de participer au projet. On commence par faire un tour de parole où chacun se présente. La plupart du temps, j’essaye de tourner ce moment sous forme de jeu en leur proposant de dire leur nom, leur âge, une chose qu’ils aiment et une chose qu’ils n’aiment pas. Moi-même ainsi que l’enseignant ou l’animateur qui m’accompagne participeront au tour de parole. C’est le moment où on peut cerner les personnalités des enfants, identifier celles et ceux qu’il faudra cadrer pour qu’ils soient bien concentrés, ou au contraire solliciter pour qu’ils participent. Une fois le tour de parole fait, c’est le moment de présenter le projet en quelques mots : nous allons fabriquer ensemble un reportage radio. Très bien, mais la radio, c’est quoi ?

Le temps de la prise en main du Zoom est important.

Pour y répondre avec les enfants, je vous propose de faire un premier jeu. Parmi une dizaine d’objets présentés aux enfants, ces derniers doivent deviner lesquels servent à faire ou écouter la radio. J’amène souvent : un micro-enregistreur, un casque audio, un ordinateur, un petit poste de radio à piles, un smartphone, un appareil photo (un podcast s’illustre d’une ou plusieurs photos) ainsi que quelques objets qui n’ont rien à voir mais amusent les enfants (porte-monnaie en forme de grenouilles, figurine Star Wars, brosse à dents, etc.).

Le premier jeu vous a permis d’introduire la notion de podcast : une émission de radio sur Internet. Cela vous permet de faire la transition vers Radio Bambou, un podcast d’éducation à l’environnement pour les 8-12 ans. C’est là qu’habituellement je présente le site Reporterre ainsi que mon podcast et de son concept : Bambou est un panda roux qui vit à la ménagerie du Jardin des plantes, à Paris. Mais il est aussi reporter ! Dès que ses gardiens ont le dos tourné, il file dehors avec son micro et vit de nombreuses aventures. Vient alors le moment d’écouter un épisode de Radio Bambou parmi tous ceux disponibles ici. Je vous conseille de choisir plutôt un reportage car c’est ce type d’élément qu’ils vont réaliser avec vous. Je demande aux enfants de mettre leur tête dans leur bras pour mieux écouter.

Après ce temps calme vient un moment plus actif. Je vous propose de faire un deuxième jeu : le Time’s up sonore. Comme au Time’s up classique, les enfants écrivent chacun trois mots sur des morceaux de papier. Précisez qu’il faut des mots plutôt simples car ils vont devoir les faire deviner avec seulement des bruitages. Constituez ensuite deux ou trois équipes selon le nombre d’enfants. Faites venir la première au tableau. Un des enfants est désigné comme le bruiteur. En deux minutes, il doit faire deviner le plus de mots possible à son équipe en utilisant seulement des bruitages et un seul mot. Pour que les autres enfants ne le voient pas, ils sont dos au bruiteur. L’équipe gagnante est celle qui a deviné le plus de mots. Une fois la partie terminée, expliquez aux enfants qu’ils ont pu ressentir la même chose qu’un journaliste radio qui fait un reportage et doit raconter une histoire juste avec du son.

Séance 2 : Initiation à l’interview
C’est lors de cette séance que vous sortez les Zoom H1 pour la première fois. Il est très important d’instaurer tout de suite un rapport de soin des enfants avec les micros en leur expliquant qu’il s’agit d’un matériel coûteux, qu’on leur prête parce qu’on pense qu’ils sont assez grands et qu’on peut leur fait confiance. Cette relation de confiance et de responsabilisation avec le groupe est capitale. Lors de mon premier atelier à l’école République, à Bourg-la-Reine (Hauts-de-Seine), en 2017, je n’ai pas assez insisté sur ce point et deux petites filles se sont disputé le micro en se l’arrachant des mains jusqu’à manquer de le faire tomber. J’ai donc dû arrêter l’atelier pour expliquer pourquoi il n’était pas acceptable de se comporter ainsi.

Une fois ce rappel fait, je sors habituellement l’un des Zoom de sa boîte et j’explique son fonctionnement : déclenchement et arrêt de l’enregistrement, rôle de la bonnette ou filtre anti-pop, importance d’enregistrer au casque, rôle des vumètres, obtention d’un son ni « saturé », ni « caverne », etc. Je note chaque mot technique au tableau pour que les enfants puissent bien le mémoriser.

Première interview !

C’est ensuite le moment de mettre ces connaissances toutes neuves en pratique avec un exercice d’interviews croisées. Selon le nombre d’enfants, on constitue des binômes ou des trinômes. On les appelle ensuite les uns après les autres pour qu’ils viennent prendre leur micro et leur lot d’accessoires. L’idéal est d’attribuer un numéro à chaque Zoom et chaque lot d’accessoires avec une étiquette sur la boîte. Les binômes ou trinômes utilisent ce Zoom et son lot associé à chaque séance et en sont ainsi responsables. On les laisse ensuite insérer dans leur Zoom la carte micro-SD, coiffer le micro de sa bonnette, brancher le casque et on passe dans les groupes pour vérifier que tout est bien en place. Enfin, on leur explique qu’ils vont réaliser une interview croisée c’est-à-dire qu’ils vont se poser des questions les uns aux autres. S’ils sont deux, il y a un interviewer et un interviewé. S’ils sont trois, il y a un preneur de son, un intervieweur, et un interviewé. Quand une interview est terminée, les rôles changent. Je choisis habituellement comme sujet d’interview la fameuse question « Quel métier veux-tu faire plus tard ? », qui donne souvent lieu à des réponses très amusantes. Les questions que je propose sont : quel métier veux-tu faire plus tard ? Pourquoi ce métier ? Quelles études vas-tu devoir faire ? Mais cette interview n’est qu’un prétexte, en fait, peu importe le sujet.

Lors d’un atelier radiophonique de Radio Bambou.

Lors de mes ateliers à l’école Baudelaire, dans le 8e arrondissement de Paris, j’ai pris l’habitude de terminer les séances 10 minutes avant la fin pour laisser le temps aux enfants de ranger soigneusement le matériel (plutôt que de le faire moi-même). Je vous conseille de faire de même car cela contribue à responsabiliser les participants vis-à-vis du matériel.

Séance 3 : Initiation à la prise de son en extérieur
Je commence habituellement cette séance par l’écoute d’un montage réalisé à partir des interviews croisées de la séance précédente. C’est un temps important car cela permet aux enfants de réaliser ce qu’ils ont bien ou mal fait lors de la prise de son. C’est aussi un moment amusant et sympathique durant lequel les membres du groupe s’écoutent les uns les autres. Cela permet enfin aux participants de se rendre compte de la différence entre la voix quand on parle, et celle qu’on entend quand elle sort d’un micro ou des enceintes d’un ordinateur.

Une fois le montage écouté les binômes ou trinômes viennent chercher leur Zoom et le lot d’accessoires attribué et on leur rappelle rapidement son fonctionnement. Puis, on leur explique l’exercice du jour : la prise de son en extérieur. L’idée est de se promener dans la cour de récréation de l’école ou du centre de loisirs en prenant des sons pour faire comprendre à la personne qui nous écoute où on se trouve. C’est un peu comme si on se promenait avec un aveugle. On peut soit juste enregistrer des sons, soit aussi commenter ce qu’il y a autour de nous. Par exemple « Là on est dans le préau, vous entendez, ma voix résonne » ou encore « Là, ce sont les toilettes avec ce robinet que je viens d’allumer, vous entendez l’eau qui coule... » etc. Ensuite, on sort dans la cour avec les micros et on laisse les enfants réaliser leur promenade sonore. Il est très important pour cet exercice de vérifier que les rôles changent, et que ce n’est pas systématiquement l’un des enfants qui tient le micro. Lors de mon atelier à l’école des Blondeaux, à L’Haÿ-les-Roses (Val-de-Marne), il y avait une forte différence d’âge entre les enfants du groupe, et les plus grands avaient naturellement tendance à ne pas laisser les plus jeunes prendre les micros, par peur qu’ils n’abîment le matériel. Il a donc fallu leur expliquer que tout le monde devait apprendre à se servir des Zoom et qu’il fallait faire confiance aux plus jeunes.

Séance 4 : Initiation au montage (optionnelle)
Cette séance est optionnelle car il n’y a pas toujours les moyens matériels pour la mener à bien dans l’école et le centre de loisirs. En effet, il faut qu’il y ait à disposition un nombre suffisant d’ordinateurs (maximum deux enfants par poste) sur lesquels aura été installé le logiciel de montage gratuit Audacity. L’idée est de donner aux enfants l’une des interviews croisées réalisées en séance 2. On les initiera à l’outil « Égalisation » ainsi qu’aux coupes, puis on les laissera monter la piste audio le mieux possible en passant parmi eux régulièrement. L’idéal est de se garder vingt minutes à la fin de l’atelier pour faire écouter à tout le groupe les montages réalisés et en discuter. Lors de mon deuxième cycle d’atelier à l’école République, à Bourg-la-Reine, j’avais organisé une séance commune avec l’animateur d’un atelier informatique. J’avais donc eu à ma disposition le matériel nécessaire et l’animateur quant à lui avait pu proposer une séance originale à son groupe. Cela peut être une option. Si l’on n’a pas le nombre d’ordinateurs nécessaires pour cette séance, on passera directement à la conférence de rédaction et on aura plus de temps pour le reportage.

2. Réalisation du reportage

Séance 5 : Conférence de rédaction
Comme lors de la séance précédente, j’ai l’habitude de commencer par écouter un montage réalisé avec les promenades sonores enregistrées en séance 3.

On passe ensuite à la conférence de rédaction. Au sein d’un média, c’est le moment où les journalistes et le rédacteur en chef proposent les sujets qui vont composer les pages du journal papier, radio, télévision ou web. Le rôle du rédacteur en chef (ici, vous) est de distribuer la parole pour que chacun puisse donner ses idées, et d’approuver ou non les sujets proposés. Je vous conseille de venir avec une idée de reportage à leur soumettre. Par exemple, dans la série d’ateliers que j’ai menés à l’école de La vallée aux renards, à L’Haÿ-les-Roses (94), le sujet du reportage était l’école elle-même, car beaucoup d’actions y sont menées pour l’environnement : plantations dans les classes, compost dans la cour de récréation, sensibilisation contre le gaspillage alimentaire à la cantine, etc. L’important est que les enfants comprennent bien l’enjeu du reportage en matière de développement durable. Autrement dit : pourquoi est-ce qu’on a choisi de parler de ce sujet, en quoi est-ce important pour la planète ? Ensuite, il faut développer le sujet avec les enfants en leur donnant des exemples concrets. Si on parle de réduction des déchets, on va se demander : quand je jette une bouteille en plastique à la poubelle, où va-t-elle ? Sera-t-elle recyclée ? Et si c’est le cas, comment ? Que peut-on faire plutôt que d’utiliser une bouteille en plastique ? Etc.

Une fois cela posé, c’est aux enfants de proposer des façons de traiter ce sujet. Autrement dit : où peut-on aller ? qui interviewer ? On note toutes les idées soumises par les enfants au tableau et le groupe vote pour les trois ou quatre plus intéressantes. N’en choisissez pas plus de trois ou quatre car le reportage ne dure que trois minutes. Pour chaque idée proposée, il est important de demander à l’enfant s’il pense qu’il faudra se rendre dans un lieu particulier ou plutôt trouver un endroit calme pour faire une interview avec quelqu’un.

Il va ensuite falloir organiser les sorties s’il y en a, ou contacter les personnes que les enfants veulent faire venir dans la structure pour les interviewer. Lors de mon atelier à l’école Baudelaire, j’ai proposé aux enfants d’appeler eux-mêmes la personne qu’ils souhaitaient interroger. Pour cela, nous avons écrit ensemble les informations importantes à dire au téléphone (se présenter, présenter le reportage et l’interview, proposer une date, etc.) et c’est l’une des petites filles qui a passé le coup de téléphone. Les enfants ont beaucoup apprécié que je les associe à cette démarche, ils l’ont pris comme une marque de confiance. L’idée peut être bonne, surtout avec des enfants/jeunes ados de 10 ou 11 ans. Tous les coups de fil ne pourront pas être passés de cette manière bien sûr, par manque de temps.

Séances 6, 7 et 8 : Réalisation du reportage
C’est le moment de mettre les mains dans le cambouis ! À vous d’organiser votre temps entre les sorties s’il y en a, la préparation d’interview si vous faites venir quelqu’un dans la structure, voire la prise de son au sein même de la structure si le sujet traité peut se faire dans les murs. N’oubliez pas, au fur et à mesure, de télécharger les sons pris par les enfants dans votre ordinateur et de les réécouter pour vérifier qu’il n’y a pas eu de problème technique majeur (son saturé notamment).

Pour préparer la venue d’une personne extérieure, je recommande d’utiliser la règle des 5W + H. Elle désigne les six principales questions qu’un journaliste peut poser quand il construit son interview. Ces questions sont, en anglais : who (qui ?), what (quoi, qu’est-ce ?), when (quand ?), where (où ?), why (pourquoi ?), how (comment ?). Écrivez les questions au tableau et faites-les répéter au groupe comme une comptine.

Mathilde Bouquerel.

Pour les sorties, veillez à avoir le temps suffisant pour faire les trajets aller et retour. Il y a tout un moment de préparation où vous devrez compter les enfants, leur faire revêtir une chasuble fluo, puis au retour les recompter et récupérer les chasubles et le matériel. De plus, un groupe d’enfants se déplace beaucoup plus lentement qu’un adulte seul. Lors de mon atelier à l’école des Blondeaux, nous avons fait une sortie sur les bords de la Bièvre, une rivière longtemps souterraine car trop polluée et qui a été rouverte en 2014. La rivière n’était qu’à dix minutes à pieds de l’école mais j’ai mis une vingtaine de minutes à m’y rendre avec le groupe et nous avons donc été en retard au retour. Enfin, si vous êtes seul avec le groupe, sachez qu’un deuxième accompagnateur sera nécessaire.

3. Dernière séance : écoute collective et discussion avec les enfants

C’est une séance très importante car elle clôt le cycle et permet de recueillir le ressenti des enfants. Je vous conseille, si la structure le permet, de proposer aux enfants de faire un goûter partagé où chacun apporte à boire et à manger pour en faire un vrai moment de fête. Pour être cohérent écologiquement avec le cycle d’ateliers, je demande aux enfants d’apporter des friandises sans emballage, faites maison et avec des ingrédients bio, locaux et de saison. J’ai l’habitude de commencer par écouter le reportage, puis de faire un tour de parole avec les enfants où chacun peut évoquer le moment qu’il a préféré et un moment qu’il a moins aimé. Incitez-les à être honnêtes, car cela pourra vous permettre d’améliorer le cycle pour d’autres enfants. N’hésitez pas à donner votre avis pour commencer, pour mettre les participants en confiance. Après ce tour de parole, je propose au groupe d’enregistrer la « signature » du reportage. Je commence par leur demander de dire en cœur au micro « Ce reportage a été réalisé par… » puis chacun dit son nom. C’est un moment joyeux et amusant où les enfants peuvent vraiment s’approprier leur production. À l’écoute, c’est aussi très touchant d’entendre chacune des voix à la fin du reportage. Vous ajouterez cette signature au montage que vous pourrez poster sur une plateforme d’écoute en ligne comme Soundcloud ou Mixcloud afin de la faire circuler aux parents après le cycle d’ateliers. Une fois la signature enregistrée, place au goûter !


LE MONTAGE AVEC LE LOGICIEL AUDACITY

Pour produire un reportage, on ne prend pas seulement du son mais on monte aussi ensuite ces interviews, sons d’illustration et séquences ensemble grâce à un logiciel de montage. L’idéal pour mener à bien ce cycle d’ateliers est d’être soi-même formé au montage, ou d’être accompagné d’une personne qui l’est. Cependant, cette partie du kit est destinée à vous donner quelques bases sur le logiciel Audacity, téléchargeable gratuitement pour Windows, Mac ou Linux sur ce site.



Importer ses sons
Pour importer les sons sélectionnés dans le logiciel de montage Audacity, il existe deux possibilités. On peut tout d’abord cliquer en haut à gauche sur « Fichier », « Importer », « Audio » et choisir dans ses fichiers. Mais il est aussi possible plus simplement de glisser le fichier son souhaité directement dans la fenêtre Audacity. On a alors sur son écran ce qu’on appelle un spectrogramme, qui représente le son.



Changer le volume
Il est possible d’augmenter ou diminuer le volume sonore d’une piste audio. Cette fonctionnalité est notamment utile quand le volume lors de la prise de son était trop faible. Pour cela, on sélectionne le passage à modifier avec la souris comme on sélectionne du texte. Puis on clique sur « Effet » puis « Égalisation ». Il apparaît alors une fenêtre dans laquelle une barre bleue permet d’augmenter ou diminuer le volume d’un certain nombre de décibels ( - 6 db, - 12 db… ou à l’inverse + 6 db, + 12 db…). Attention : si le son est saturé, le baisser dans l’outil égalisation ne changera rien. Il est déformé et donc irrécupérable.



Faire des coupes
Il est possible de faire des coupes dans une piste audio, comme avec une paire de ciseaux dans du papier. On peut ainsi retirer des passages dont on ne veut pas. Pour cela, on commence par faire un point de coupe juste avant le passage concerné en plaçant son pointeur à l’endroit voulu et en appuyant sur les touches Ctrl (ou pomme) et I. Le point de coupe se matérialise par une barre noire ou blanche. Si on clique sur cette barre, elle disparaît et le point de coupe s’annule.

Puis on se place juste après le passage qu’on veut retirer avec le pointeur et on fait à nouveau Ctrl (ou pomme) + I. Un second point de coupe se matérialise par une barre noire.

On double clique sur le passage délimité par les deux points de coupe. Il apparaît sélectionné en bleu.

Et on appuie sur la touche supprimer du clavier. Le passage sélectionné disparaît.



Faire un fade-in ou fade-out
Un fade-in est un effet sonore où le son augmente progressivement. Un fade-out est l’effet sonore contraire : le son diminue progressivement. Cela permet de faire en sorte qu’un son ne commence ou ne finisse pas trop brusquement. Pour cela, on sélectionne le passage souhaité avec la souris puis on va dans le menu « Effets » et on sélectionne « Fondre en ouverture » pour le fade-in ou « Fondre en fermeture » pour le fade-out. On obtient alors un spectrogramme en forme d’entonnoir.

« Fade-in ».
« Fade-out. »



Faire du multi-pistes
Le multipistes consiste à superposer plusieurs pistes audio en même temps. Par exemple, une musique et une voix pour avoir un fond sonore derrière un commentaire. Pour insérer une deuxième voire une troisième piste audio, il suffit d’importer du son comme on l’a vu plus haut, soit avec « Fichier », « Importer », soit en glissant directement le son dans la fenêtre Audacity. On veillera ensuite à ce que la piste audio la plus importante ait un niveau sonore plus haut que la ou les pistes moins importantes. Par exemple, la voix du commentaire sera plus forte que la musique. Pour cela, on utilisera l’outil « Égalisation » dans le menu « Effet » comme indiqué plus haut. Enfin, on peut déplacer une piste par rapport à l’autre, par exemple pour qu’on entende seulement la musique pendant 10 secondes avant que le commentaire arrive. Pour cela on utilisera l’outil double-flèche ( ←→ ) en haut à gauche de l’écran.

Ici, la piste du haut (une musique) est seule pendant les dix premières secondes du montage. Ensuite arrive la piste du bas (une voix).Le niveau sonore de la musique a été baissé de 12 db tandis que la voix a été augmentée de 6 db pour que cette deuxième piste, la plus importante, soit parfaitement audible.



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Pour ne pas perdre votre travail de montage, n’oubliez pas de sauvegarder régulièrement. Pour cela, il vous suffit d’aller dans « Fichier » puis « Enregistrer le projet sous ». Cela enregistre votre montage Audacity. Quand il est terminé, vous devrez exporter pour avoir un fichier son au format wav ou mp3. Pour cela, toujours dans le menu « Fichier », sélectionner « Exporter l’audio » puis nommer votre fichier et choisissez le format.
Il existe beaucoup d’autres fonctionnalités dans le logiciel Audacity. En cas de problème ou pour aller plus loin, je vous recommande d’aller faire un tour sur ce site.


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Source : Mathilde Bouquerel pour Reporterre

Photo :
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DOSSIER    Radio Bambou

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