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Politique

Résister à l’extrême droite : à la recherche du mode d’emploi

Manifestation contre l’extrême droite, pour la paix et la justice sociale à Paris, le 1er mai 2025.

Au festival Les Résistantes, de nombreuses pistes ont été avancées pour contrer l’extrême droite, notamment l’union entre écologistes et antifascistes. Une idée encore loin d’être évidente pour les collectifs.

Saint-Hilaire-de-Briouze (Orne), reportage

« Il n’y a pas de solution miracle et personne n’a la formule magique. » Dans les derniers rayons du soleil couchant qui caressent les champs, Sylvine Bouffaron, membre d’Action Justice Climat Lyon (ex-Alternatiba), résume parfaitement le ressenti général des participantes et participants au festival Les Résistantes, du 7 au 10 août dans l’Orne, face à la montée de l’extrême droite. Pas moins d’une quinzaine de conférences, débats et ateliers ont été consacrés au sujet. « On a voulu mettre à l’honneur celles et ceux qui y réfléchissent pour prendre en compte cet enjeu dans nos luttes », explique Victor Vauquois, membre de Terres de luttes, l’une des associations organisatrices de l’événement.

Sous les chapiteaux colorés, baptisés de noms de personnalités phares des mouvements écologistes, sociaux et antiracistes, Reporterre est donc parti à la recherche de nouvelles idées pour lutter contre la montée du fascisme. Beaucoup se disent inquiets et démunis face à la vague brune qui engloutit leur entourage familial et professionnel. Comme cette enseignante qui ne sait plus quoi répondre aux saillies réactionnaires de ses élèves. Ou cette jeune femme contrainte de s’éloigner de ses amis conquis par l’extrême droite.

Lire aussi : Enquête sur l’écofascisme : comment l’extrême droite veut récupérer l’écologie

Les idées nauséabondes progressent partout. Certains peuvent être dupés par un discours reprenant des thématiques chères aux écologistes, notamment le localisme.

Par exemple, le groupuscule Lyon Populaire, dissous en juin, avait lancé une campagne défendant la ruralité et les circuits courts. Kimia, ancienne militante du collectif antifasciste lyonnais La Jeune garde, estime que certains militants peu attentifs pourraient tomber dans le panneau. « C’est à cause d’une partie de la gauche qui a dépolitisé la lutte pour l’environnement », déplore-t-elle.

Les spectateurs du concert de Planète Boum Boum chantent «  Siamo tutti antifascisti  » («  Nous sommes tous antifascistes  »), aux Résistantes, le 8 août 2025. © Paul Lemaire / Reporterre

La naïveté n’est pas l’unique responsable. Sylvine Bouffaron l’a constaté dès 2016. À l’époque, elle était membre d’Alternatiba Lyon, qui s’était engagé auprès du Comité Vérité et Justice pour Adama, qui réclame la vérité sur la mort d’Adama Traoré, mort à 24 ans le 19 juillet 2016 à la suite de son interpellation par les gendarmes. « Certains [membres d’Alternatiba Lyon] nous ont dit qu’on desservait la cause et ont quitté le groupe local. J’ai alors réalisé que je ne défendais pas le même projet politique qu’eux, raconte la militante. Notre position est coûteuse, à plein de moments nous sommes en minorité. »

Malgré tout, elle remarque que les mentalités changent. « Il y a une plus grande prise en compte de ces enjeux-là dans nos luttes et organisations. En même temps, personne n’avait vraiment le choix après les résultats des dernières législatives. »

Le choc électoral de l’été dernier a servi de catalyseur. Le Village de l’eau, rassemblement organisé quelques jours plus tard dans les Deux-Sèvres contre les mégabassines, a d’ailleurs marqué un tournant antifasciste pour beaucoup de collectifs, à commencer par Les Soulèvements de la Terre. Avec plusieurs autres organisations, ils ont lancé la campagne « Désarmer Bolloré », visant ce milliardaire considéré pour beaucoup comme l’un des responsables de la « fascisation » du pays.

Des alliances nécessaires

Certains pensent qu’il faudrait aller encore plus loin, en liant plus étroitement les milieux écologistes et antifascistes. Deux mondes qui se connaissent sans forcément se côtoyer, chacun pétri dans ses préjugés. « Le mouvement antifa voit les luttes écolos comme trop bourgeoises ou trop peu impliquées dans le combat contre le racisme. De l’autre côté, les écolos voient les antifas comme trop masculins, voire masculinistes. Chacun doit faire un pas vers l’autre pour briser ces stéréotypes et fonctionner ensemble », poursuit Kimia.

L’organisation Visa propose de nombreuses brochures pour comprendre et contrer la rhétorique de l’extrême droite. © Paul Lemaire / Reporterre

Cette alliance existe déjà à Lyon. Depuis 2021, Action Justice Climat participe à la coalition Fermons les locaux fascistes aux côtés de partis politiques, militants anarchistes, syndicats et associations. Une alliance hétéroclite et puissante qui a permis de remporter une première victoire. En juin 2024, le ministère de l’Intérieur a ordonné la fermeture du club de box identitaire L’Agogé et le bar « enraciné, communautaire et patriote » La Traboule. Une décision confirmée par le Conseil d’État le 31 juillet.

« Les gens sortaient du bar à 3 heures du matin pour agresser des personnes racisées ou des militants dans la rue. Ce n’étaient pas juste des humiliations, c’étaient des blessures très graves », se souvient Tatiana, membre d’Action Justice Climat et de Fermons les locaux fascistes.

Depuis la fermeture de ces deux lieux, le nombre d’attaques aurait drastiquement baissé. « Avant, on comptait entre 5 et 10 agressions par mois. Depuis que ces locaux ont été fermés, on est tombé à deux », estime la jeune femme.

Une formation indispensable

Pour remporter cette victoire, tous les membres ont dû apprendre à travailler ensemble et mettre de côté leurs différends afin de se concentrer sur un objectif commun. Le tout, grâce à des formations. « C’est très important que le mouvement d’écologie blanche se forme aux enjeux antiracistes et décoloniaux, beaucoup de gens en sont très loin. Dans notre collectif AJC, on est majoritairement blancs et on connaît nos biais, car on a été formés », dit Sylvine Bouffaron. Elle travaille à ce sujet avec l’association Ghett’up. Mais la tâche est immense, comme en témoigne la colère des militants et militantes racisées lors de la cérémonie de clôture des Résistantes.

Lire aussi : « Vous êtes tous racistes » : la colère antiraciste au sein du mouvement écologiste

La formation, c’est aussi le fer de lance de l’organisation Vigilance et initiatives syndicales antifascistes (Visa). Installée sous un chapiteau bleu, au milieu des nombreux stands opposés au nucléaire, elle propose de nombreuses brochures pour comprendre et contrer la rhétorique de l’extrême droite.

« Elle se nourrit du fait que les gens pensent qu’il n’y a pas d’alternatives au capitalisme. Il faut démontrer l’imposture de leur discours populiste, notamment sur les questions sociales », explique Julien, membre de Visa.

Lancée en 1996, l’association rassemble aujourd’hui 300 organisations syndicales dans toute la France. Elle compte bien s’appuyer sur ces représentants du personnel afin d’endiguer la montée du fascisme dans le monde du travail. « Des études prouvent que lorsqu’un syndicaliste est présent dans une entreprise, le vote pour le Rassemblement national diminue », assure Julien.

Pour l’organisation Vigilance et initiatives syndicales antifascistes (Visa), un gros travail est à faire dans les entreprises. © Paul Lemaire / Reporterre

Au cours des Résistantes, il a organisé un atelier où les participantes et participants devaient trouver des solutions à plusieurs cas pratiques : que faire lorsqu’un militant du syndicat est présent sur une liste du Rassemblement national, qu’un cadre incite à la haine raciale sur les réseaux sociaux et comment soutenir un ouvrier syndiqué licencié pour avoir dénoncé des propos racistes.

Parmi les idées proposées : l’instauration d’un dialogue avec les personnes racistes. Une proposition qui fait débat. Pour l’un des membres de Visa, il faut différencier le militant pur et dur, avec qui l’échange est impossible, du simple électeur, plus facile à convaincre.

Le spectacle «  Danse Re-belles  » du collectif Corps & Graphies, pour qui la danse peut aider à mobiliser face aux idées d’extrême droite, aux Résistantes, le 7 août 2025. © Paul Lemaire / Reporterre

Faut-il parler aux militants d’extrême droite ? La question se pose aussi chez Terres de luttes, qui aide des collectifs d’habitantes et d’habitants à contrer les projets polluants. « Ces luttes locales sont un espace de remise en question et de capacité à faire ensemble malgré les divergences politiques. En y participant, certaines personnes ont évolué », explique Roxanne, membre de Terres de luttes.

À l’échelle d’un territoire, il est donc possible de lancer des discussions politiques autour de sujets qui rassemblent, par exemple sur les mobilités et l’alimentation. Reste ensuite à tisser les fils du dialogue pour mieux comprendre les positions antagonistes et essayer de faire bouger les lignes.

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