Rouler sans pétrole, c’est possible

Durée de lecture : 4 minutes

27 septembre 2013 / Emmanuel Daniel



Désireux de développer une alternative à la voiture, Aodrenn a construit un véhicule solaire doté d’une autonomie de 200 km. Et selon lui, « tout le monde peut le faire ».


Quand Aodrenn, « saltimbanque » reconverti dans la quête d’autonomie, vous propose d’aller vous chercher à la gare, ne vous attendez pas à le voir arriver en voiture. C’est aux commandes d’un engin futuriste équipé de panneaux solaires que ce Breton au faux air de Lorenzo Lamas débarque, sous les yeux ahuris des automobilistes.

Installé depuis 10 ans dans le parc national du Lubéron, cet ancien directeur de cirque a décidé de quitter « l’esclavage » que constitue l’emploi et de profiter du RSA pour développer des modes de transport et d’habitat écologiquement soutenables. Sur son terrain se côtoient donc des cabanes utilisant des arbres vivants comme structure, des voitures équipées de moteur Pantone (une technique permettant de limiter sa consommation d’essence) et des prototrikes, des véhicules solaires « à assistance mécanique ».

Travailler pour payer l’essence pour aller travailler

Avec son drôle de vélo, il dispose d’une autonomie de 200 kilomètres et peut tracter 150 kilos sans pédaler. L’ensemble lui a coûté 5 000 € et quelques connaissances en électronique pour transformer un tricycle électrique fonctionnant sur batteries en véhicule solaire. Un investissement qu’il a quasiment rentabilisé en 1 an : « Ça coûte peanuts en entretien et j’ai économisé 4 000 € de gasoil », annonce-t-il.

Certes, il utilise encore sa voiture occasionnellement quand il est « contraint par le temps dans le cadre de l’économie de marché », mais il réalise la plupart de ses déplacements avec son véhicule écolo. « Avant, j’étais dans le stress de gagner de l’argent pour entretenir ma voiture pour pouvoir continuer à gagner de l’argent. Je devais travailler pour continuer à me déplacer pour aller travailler, c’est un cercle vicieux à la con. Aujourd’hui, je respire », assure-t-il.

Sa démarche de « pirate à la limite de la légalité » est avant tout politique. Il entend « sortir du système et proposer une alternative au transport individuel long courrier et au transport local de marchandise ». Grâce aux remorques qu’il a fabriquées, il montre également qu’on peut construire des « maisons passives dans les matériaux utilisés mais aussi dans le transport des matériaux nécessaires à l’édification ».

Tout le monde peut le faire

Mais, au delà du développement de son autonomie personnelle, il accompagne d’autres personnes sur les chemins de la transition grâce aux formations à prix libre qu’il dispense dans son « Université populaire de la transition ». « Le but est de montrer que tout le monde peut le faire. Quand les gens repartent, ils ont toutes les combines nécessaires ».

En outre, il se sert de sa machine comme d’un « outil pédagogique pour illustrer le retard culturel qui incite à la rétention de la technique. Depuis 10 ans, je travaille sur l’énergie libre. Il existe des moteurs qui produisent de l’énergie gratuite, illimitée et propre. Mais tant qu’il y aura du pétrole, ces solutions alternatives ne seront pas commercialisées », craint-il.

Et ce passionné de citer d’innombrables courses de voitures solaires dont la World Solar Challenge qui traverse l’Australie du nord au sud à une vitesse moyenne de 100 km/h. « C’est consternant que ces prototypes ne soient utilisés que pour des courses », regrette-t-il. Il est en effet persuadé que ces engins peuvent constituer une alternative crédible à la voiture à essence. « Si moi j’ai été capable de faire ça en vivant en dessous du seuil de pauvreté, les constructeurs automobiles feront mieux », argue-t-il.

Une énergie de plus en plus accessible

Avec son installation actuelle, il peut faire des aller-retours localement sur plusieurs jours sans avoir besoin du soleil grâce à l’énergie emmagasinée dans les batteries. Mais lors des longs trajets sans ensoleillement, il doit s’arrêter pour recharger les batteries sur le secteur (idéalement chez des gens qui s’alimentent grâce à des panneaux solaires !).

Schéma du prototype d’engin biplace qu’Aodrenn est en train de construire

En se basant sur l’évolution du prix du solaire sur les dix dernières années, il prédit que « d’ici 10 ans, le nucléaire coutera plus cher que le solaire. Et dans 5 ans, les panneaux coûteront moins cher que des tuiles. C’est de plus en plus accessible », remarque cet inventeur atypique. En attendant que constructeurs et usagers s’intéressent à cette énergie propre, lui continue ses expérimentations. « Je travaille sur un biplace avec une surface de toit assez large. Actuellement, l’autonomie maximum est de 330 kilomètres pour les tandems, je compte bien faire péter le record ! ».






Source et photos : Tour de France des Alternatives

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