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Quotidien

Ne jetez plus vos vieilles baskets, les cordonniers les réparent

Les baskets peuvent aussi se faire réparer. Ici un atelier de réparation et customisation du 14e arrondissement parien.

Après des décennies de déclin, la profession de cordonnier sort de l’ombre. Grâce au bonus réparation et à une nouvelle génération d’artisans, la réparation de chaussures séduit à nouveau.

Pendant des années, il a travaillé à la conception de chaussures pour un géant du commerce de masse. Aujourd’hui, Clément Fabries les répare. Ce designer et ingénieur industriel, ex-salarié de Decathlon, a repris une cordonnerie dans le centre de Toulouse en 2019. Sur le réseau social LinkedIn, sous le nom de CordoClem, il multiplie les posts pour vanter l’intérêt de faire durer ses chaussures. Son parcours atypique est révélateur du regain d’intérêt que connaît la profession de cordonnier, sur fond de défis écologiques.

« La cordonnerie est une solution à tous les enjeux de la filière textile, estime Clément Fabries : l’excès de déchets qu’on ne sait pas gérer, le manque de pouvoir d’achat pour les clients, et tout cela en créant des emplois non délocalisables. »

La cordonnerie figure parmi les activités mises en valeur lors des Journées nationales de la réparation. Cet événement, dont la troisième édition se tient du 16 au 19 octobre, regroupe plus d’un millier d’animations partout en France autour de la réparation et de la durabilité des produits.

Une dizaine d’euros

La profession revient de loin. Elle a connu des décennies d’hémorragie. Alors que la France comptait 30 à 40 000 cordonniers dans les années 1960, ils sont désormais 3 500, soit dix fois moins, selon la Fédération française de la cordonnerie multiservice (FFCM). « Le nombre a arrêté de baisser depuis plus de dix ans. Aujourd’hui, il est même en légère hausse », assure Jean-Pierre Verneau, son président.

De nombreuses entreprises avaient survécu en ajoutant d’autres cordes à leur arc, comme la reproduction de clés. Mais la réparation de chaussures reprend de l’importance dans leur activité. « La profession se rajeunit lors des reprises d’entreprises, et elle se féminise », poursuit Jean-Pierre Verneau. Ainsi 30 % des cordonniers seraient des cordonnières, souvent à la faveur de reconversion professionnelle.

Le bonus réparation permet par exemple d’économiser 18 à 25 euros pour un ressemelage classique. © Mathieu Génon / Reporterre

Le bonus réparation a contribué à mettre un coup de projecteur sur la profession. Cette ristourne est déduite de la facture du client à condition de passer par un cordonnier labellisé (ils sont 460). Lancé fin 2023 pour l’ensemble de la filière textile, il rencontre un succès plus marqué pour les chaussures que pour les vêtements : « Les cordonniers représentent 30 % des professionnels labellisés, mais réalisent 80 % des réparations avec bonus », souligne Elsa Chassagnette, responsable du fonds de réparation au sein de Refashion, l’éco-organisme du secteur.

La réduction se monte par exemple à 8 euros pour une opération de couture/collage et de 18 à 25 euros pour un ressemelage. « Une fois le bonus déduit, une réparation de collage coûte une dizaine d’euros. Pas mal pour passer d’une paire bonne à jeter à une paire encore utilisable plusieurs mois voire années », vante Clément Fabries. Le prix moyen d’une intervention dans sa boutique s’établit entre 20 et 30 euros.

Les baskets, grandes oubliées

Pour autant, on est encore loin de pouvoir faire réparer ses chaussures à tous les coins de rue. « 3 500 cordonniers pour 70 millions d’habitants et pas loin de 300 millions de paires de chaussures neuves vendues par an, c’est très peu », souligne Clément Fabries. « De nombreuses zones sont encore des déserts de cordonniers. Dès qu’on sort des agglomérations, ou même dans celles de moins de 15 000 habitants, il n’y en a pas », résume Jean-Pierre Verneau de la FFCM.

Là où ils sont présents, encore faut-il que les consommateurs retrouvent le chemin de leur boutique. Le réflexe de faire appel à un cordonnier s’est souvent perdu. « Je ne mets pas de moyen dans le marketing et la communication. Je ne capte que les personnes faisant la démarche de chercher à faire réparer leurs chaussures », commente Clément Fabries, convaincu du fort potentiel de développement de la profession.

Le manque de connaissance du réseau par les particuliers figure parmi les freins identifiés : « On a tendance à ne pas savoir que l’on a un cordonnier près de chez soi — ils ne sont pas toujours visibles, assure Elsa Chassagnette. On a aussi tendance à croire qu’ils ne travaillent que sur les chaussures en cuir. »

Lire aussi : Le cordonnier qui donne une seconde vie à nos baskets

Pourtant, les baskets et autres sneakers se réparent. Une possibilité très largement proposée par les cordonniers. « De toute façon, ils n’ont pas le choix, sinon ils vont disparaître », tranche Jean-Pierre Verneau. Les baskets et sneakers représentent plus du tiers des chaussures vendues en France en 2023, selon le baromètre publié par Refashion. L’organisme propose d’ailleurs des formations sur le sujet aux cordonniers labellisés pas encore au goût du jour.

La remise à neuf des sneakers se heurte tout de même à quelques écueils : certains modèles ne sont pas conçus pour être réparés facilement, ou les pièces de rechange manquent. « Certains blocs de semelles très spécifiques ne sont pas disponibles : la réparation est alors plus complexe et peut impliquer un changement de l’esthétique de la chaussure », précise Clément Fabries. La renaissance des cordonniers passera donc aussi par des efforts des fabricants de chaussures.

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