Enercoop, pionnier de l’énergie renouvelable, fête ses 20 ans
Vingt ans après sa création, Enercoop compte près de 67 000 sociétaires. - © JC Milhet / Hans Lucas / AFP
Vingt ans après sa création, Enercoop compte près de 67 000 sociétaires. - © JC Milhet / Hans Lucas / AFP
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Enercoop, qui fête ses 20 ans, tient toujours à son pari de fournir une électricité renouvelable et citoyenne. La coopérative lance même une levée de fonds de 6 millions d’euros afin d’augmenter sa capacité de production.
Vingt ans, près de 67 000 sociétaires et 112 000 clients. Enercoop, coopérative de fourniture et de production d’électricité renouvelable, continue de tenir sa ligne dans un paysage énergétique mouvant. Pourtant à sa naissance, en 2005, créer une offre d’électricité « 100 % renouvelables » était un pari plus qu’audacieux dans un marché de l’énergie en pleine libéralisation.
À l’époque, « on a laissé en pâture ce secteur au marché en dépeçant EDF, notamment pour casser une grande force syndicale du pays, la CGT Énergie, relève Simon Cossus, fondateur d’Enercoop Languedoc-Roussillon, l’une des plus anciennes coopératives régionales. Mais on n’était pas là pour remplacer EDF, on voulait réfléchir aux références du monde de demain. »
Vingt ans plus tard, le réseau Enercoop a bien grandi : les treize coopératives (une nationale et douze régionales) emploient 345 salariés, qui tentent de faire concrètement la démonstration d’une alternative viable.
Une utopie concrète, qui a pris la forme d’un réseau de sociétés coopératives d’intérêt collectif pour rassembler « des acteurs économiques censés être antagonistes : consommateurs et producteurs », se souvient Marc Jedliczka, spécialiste des renouvelables pour les associations Hespul et Negawatt et compagnon de route d’Enercoop, dont il a participé à élaborer les statuts.
Bénéfices réinvestis
Autre paradoxe : Enercoop se veut 100 % renouvelables, mais le mix électrique, lui, reste dominé par le nucléaire et les énergies fossiles. Sur ce point, la coopérative se veut transparente et éviter toute méprise. Elle se fonde sur l’engagement de s’approvisionner pour l’équivalent de l’intégralité de ce qu’elle fournit à partir de sources renouvelables. Surtout, ses bénéfices sont réinvestis vers des projets de production renouvelables et de sobriété énergétique, souvent citoyens et participatifs.
Cette démarche a conduit en 2010 Enercoop à participer directement à la naissance d’Énergie partagée. Une association-sœur qui accompagne des centaines de projets renouvelables participatifs, avec une condition : les citoyens et les collectivités qui entrent au capital sont aussi directement parties prenantes de la gouvernance. Un tandem s’est mis en place avec, d’un côté, Enercoop et ses branches régionales comme fournisseurs d’électricité et, de l’autre, Énergie partagée pour le développement de projets locaux.
Pour Gilles Debizet, professeur en aménagement à l’université Grenoble-Alpes, la force d’Enercoop est d’avoir « réussi à fédérer différents mouvements et initiatives locales et à les unifier dans une gouvernance et un réseau très intégré ». Et en même temps, de « répartir ses missions dans son réseau, en limitant redondance et concurrence entre les structures régionales ». Le tout, en restant la propriété de ses sociétaires et en respectant une démocratie interne.
Un pied dans le marché, l’autre dans le militantisme
« Comme d’autres objets alternatifs, cette structure a tendance à s’hybrider, en adoptant certaines modalités dominantes et, en même temps, en colorant ces modèles dominants », analyse Gilles Debizet. Ainsi, « la plupart des fournisseurs d’électricité ont essayé de proposer des offres vertes qui ressemblent à celle d’Enercoop ».
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Pour se différencier, Enercoop n’a pas hésité à prendre des positions plus politiques, assumant son slogan : « l’énergie militante. » Pendant les conférences pour le climat, bien sûr, mais aussi après la dissolution de l’Assemblée nationale en 2024, quand la coopérative alertait sur le danger de l’extrême droite, en particulier pour la lutte contre le changement climatique.
« Clairement, pour l’instant, nous ne sommes pas accessibles au plus grand nombre »
Autant d’engagements qui n’exonèrent pas Enercoop d’évoluer dans un marché de l’énergie concurrentiel. Même débarrassée de l’avidité des actionnaires, elle a, par son fonctionnement collectif et ses ambitions sociales, des coûts de structure plus importants que les autres fournisseurs. Conséquence : des factures de 10 à 20 % plus élevées pour les consommateurs par rapport au tarif réglementé d’EDF.
« Nous faisons des offres commerciales et des chèques énergie complémentaires pour les ménages modestes, mais clairement, pour l’instant, nous ne sommes pas accessibles au plus grand nombre », convient Béatrice Delpech, directrice générale adjointe de la coopérative nationale.
Une crise refondatrice
C’est aussi une question de prix, celui de l’électricité achetée par Enercoop, qui a bien failli mettre un terme à l’aventure durant la crise de l’énergie de 2022-2023. Au bord du gouffre, la coopérative s’est résolue après un long débat interne à déroger à ses principes pour survivre, en ayant recours à une part du gâteau de l’électricité nucléaire garantie à bas prix (l’Accès régulé à l’électricité nucléaire historique, ou Arenh).
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Ce fut aussi l’occasion d’un nouveau départ, avec la décision de combler une faiblesse importante, déjà là bien avant la crise. « Avec l’image d’un producteur ENR [énergie renouvelable] à vitrine sociale, l’ambition de produire notre propre électricité avait été un peu oubliée », souligne Marc Jedliczka, qui a rejoint le conseil d’administration pour pousser dans ce sens.
D’une production « en propre » de 6 % de l’électricité fournie aujourd’hui, l’objectif du réseau est d’atteindre en 2030 les 25 %, en gardant toujours une participation citoyenne ou des collectivités dans la gouvernance des projets.
« Un système énergétique, ça se transforme sur des échelles de trente à cinquante ans »
Face à un climat politique incertain, Enercoop s’attache également à sortir à plus court terme de sa vulnérabilité face aux oscillations des marchés de l’énergie en concluant de plus en plus de contrats à long terme avec des exploitants d’installations renouvelables existantes. Ce fonctionnement, qui permet un tarif fixe ne dépendant pas de financements publics, représente aujourd’hui 20 % des contrats de la coopérative.
Ces nouveaux métiers et compétences ont conduit Enercoop à recruter ces dernières années, notamment des juristes et développeurs qui ont fait leurs armes dans les grandes multinationales de l’énergie. Avec une échelle de rémunération de 1 à 3 dans la coopérative nationale, elle mise beaucoup sur les questions d’organisation du travail et un fonctionnement sans hiérarchie pour régler les problèmes du quotidien.
En route vers une moindre dépendance au marché
Le 22 septembre a marqué une nouvelle étape dans ce développement, avec le lancement d’une levée de fonds qui vise à collecter 6 millions d’euros, en parts sociales ou en placement. Pour y parvenir, le réseau Enercoop ne s’interdit pas d’explorer de nouveaux terrains, avec des projets de méthanisation ou de photovoltaïque sur l’eau, se confrontant directement aux conséquences des renouvelables sur la biodiversité.
« On essaye de sortir du dilemme vert-vert [entre les énergies renouvelables et la biodiversité], dit Béatrice Delpech. C’est l’intérêt de ne pas être gigantesque, nous pouvons faire dans la dentelle. » La coopérative n’hésite ainsi pas à renoncer à des projets aux conséquences néfastes.
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Le marché évolue également très vite et Enercoop, en tant que fournisseur d’électricité, doit en parallèle innover pour viser une plus grande flexibilité des consommations. Elle propose ainsi des tarifs heures creuses calqués sur les périodes de production réelle de ses installations solaires et éoliennes. Une rupture avec la logique d’une électricité toujours disponible au même prix, mais plus en phase avec les exigences de sobriété énergétique.
Pour Simon Cossus, directeur d’Enercoop Languedoc-Roussillon, c’est bien là l’enjeu de long terme : « On a des gens super motivés, super capés, bosseurs, qui ne lâchent rien, capables de construire. Mais un système énergétique, ça se transforme sur des échelles de trente à cinquante ans. » Rendez-vous dans dix ans ?