Sûreté nucléaire : des conflits d’intérêts à la direction de la future ASNR
Emmanuel Macron a proposé de nommer l’actuel directeur général de l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) Pierre-Marie Abadie à la tête de la future Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR). - Wikimedia Commons/CC BY-SA 3.0 Deed/Spiritrespect
Emmanuel Macron a proposé de nommer l’actuel directeur général de l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) Pierre-Marie Abadie à la tête de la future Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR). - Wikimedia Commons/CC BY-SA 3.0 Deed/Spiritrespect
Il n’aura pas fallu attendre longtemps pour voir apparaître une nouvelle polémique. Lundi 27 mai, le président de la République Emmanuel Macron a proposé de nommer l’actuel directeur général de l’Agence nationale pour la gestion des déchets radioactifs (Andra) Pierre-Marie Abadie à la préfiguration puis à la tête de la future Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASNR), issue de la très contestée fusion de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) et de l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire (IRSN). M. Abadie succéderait ainsi à l’actuel président de l’ASN Bernard Doroszczuk, dont le mandat s’achève en novembre prochain.
Ingénieur des Mines, ancien directeur de l’énergie à la direction de l’énergie et du climat (DGEC)… L’homme semble taillé pour le poste. Mais plusieurs observateurs alertent sur le risque de conflit d’intérêt autour du projet Cigéo : en janvier 2023, l’Andra a déposé au ministère en charge de la sûreté nucléaire une demande d’autorisation de création pour son centre d’enfouissement des déchets radioactifs, complétée d’un rapport qui doit être instruit pendant plusieurs années par… l’ASN et donc la future ASNR.
« La tactique est grossière. Le projet Cigéo (...) pourrait bien se voir avantagé »
Dans un communiqué publié jeudi 30 mai, La France insoumise a dénoncé une potentielle nomination qui « jette un nouveau doute légitime sur ce projet mené depuis le début à marche forcée, contre l’avis des habitants mais avec la trahison de nombreux parlementaires élus de ces territoires ».
« La demande d'autorisation de création de #Cigeo va-t-elle être plus fluide » avec Pierre-Marie Abadie, actuel patron de l'exploitant @Andra_France, à la tête du futur supergendarme nucléaire #ASNR ? Ce meme qui tourne au sein @IRSNFrance @ASN résume le conflit d'intérêts https://t.co/zMWEcPZKYv pic.twitter.com/ovneC3VxHD
— Victor Roux-Goeken (@_Victor_RG_) May 30, 2024
Le 28 mai, le collectif contre l’enfouissement des déchets radioactifs (Cedra 52) s’est insurgé contre des « méthodes de gouvernance d’un autre âge, indignes d’une véritable démocratie » : « La tactique est grossière. Le projet Cigéo (...) pourrait bien se voir avantagé. En effet, sans poubelle atomique souterraine pour 99,6 % de la radioactivité produite, impossible de poursuivre sur la route de l’atome », a-t-il rappelé. Les salariés de l’IRSN et les agents de l’ASN s’interrogent également sur ce choix, comme en témoigne ce mème qui tourne en interne et que le média Contexte s’est procuré.
Députés et sénateurs devraient auditionner Pierre-Marie Abadie la semaine du 17 juin avant de se prononcer sur cette nomination. Pour qu’elle soit refusée, elle devra récolter trois cinquièmes d’avis défavorables.