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Animaux

Un étrange poisson préhistorique capable de survivre dans un océan de plastique ?

Un mystérieux poisson remonté des abysses serait capable de métaboliser les déchets plastiques qui envahissent les océans, au point d’avoir des microparticules jusque dans la peau. Une découverte qui interroge...

Un fossile vivant dans un océan de plastique ? Dans une étude (en anglais) publiée ce 1er avril 2021 dans la revue Flora and Fauna of the Ocean Depths, l’équipe de scientifiques de l’université d’Édimbourg (Écosse), dirigée par le professeur George Edward Challenger, relate la découverte du Plasticus titanichthys, un poisson préhistorique capable de métaboliser ces insidieux déchets dérivés du pétrole.

L’équipe de scientifiques a découvert cet animal lors d’une expédition de recherche menée entre octobre 2019 et novembre 2020 dans le vortex de déchets plastiques du Pacifique nord, entre le Japon et la côte ouest des États-Unis. C’est en effectuant des prélèvements à bord du Nautilus qu’elle a accidentellement capturé le spécimen.

« La taille importante de son corps — huit mètres de long — et de son crâne — un mètre de long pour la seule mâchoire —, et ses dents formées de plaques osseuses et surtout ses plaques buccales réduites, très inhabituelles et qui laissaient à penser que l’animal se nourrissait de plancton, ne nous ont d’abord rien évoqué de précis, a raconté le professeur Challenger à la revue scientifique spécialisée dans les fonds marins. Ce n’est qu’en rentrant à l’université avec le spécimen et en consultant des collègues paléontologues que nous avons réalisé que ce poisson appartenait à l’ordre disparu des Arthrodira [les arthrodires], de la classe également disparue des placodermes [Placodermi] ! » Des prédateurs dépourvus de dents qui parcouraient les mers chaudes lors du Dévonien, entre le Silurien et le Carbonifère (- 419 à - 358 millions d’années).

« C’est tout un "monde perdu" qui s’offre à nous » 

Plus étonnant encore, l’analyse du système digestif de l’animal a révélé que son bol alimentaire était composé non pas de plancton, mais de microparticules de plastique. L’équipe du professeur Challenger a également retrouvé des pigments issus du plastique dans la peau de l’arthrodire, qui présente un chatoiement multicolore probablement très différent de l’aspect des écailles de son ancêtre du Dévonien.

« Des études sont en cours pour déterminer le rôle des pigments de plastique dans la formation de la peau de ces poissons, poursuit le chercheur de l’université d’Édimbourg. D’après ce que nous avons observé, les individus présentant la plus grande variété de couleurs semblaient avantagés dans la compétition reproductive. C’est tout un "monde perdu" qui s’offre à nous. » Le gouvernement s’est dit « très intéressé » par cette découverte scientifique. « Nous prévoyons toujours une fin de mise sur le marché des emballages plastiques à usage unique d’ici 2040. Mais cet objectif porté par M. Macron est ambitieux et nous avons entendu les craintes des industriels : nous nous engageons donc à fournir trente poissons à toute entreprise agroalimentaire en faisant la demande », peut-on lire dans un communiqué.

Cette découverte, si elle n’avait pas été annoncée un 1er avril, aurait pu ouvrir de nombreuses perspectives sur l’étude des interactions entre le plastique et le vivant. Un sujet d’une importance croissante, alors que 30 millions de tonnes de plastique pourraient être rejetées dans les mers en 2040.

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