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ReportageLuttes

« Un gala de fausse charité pour des associations réactionnaires » : des militants s’opposent à la Nuit du bien commun

Près des Folies Bergère, à Paris, le 4 décembre 2025.

Des centaines de militants contre l’extrême droite, des syndiqués de la culture aux écologistes, ont manifesté à Paris le 4 décembre contre la tenue de la 9e édition de la Nuit du bien commun, gala catholique réactionnaire.

Paris, reportage

L’édition parisienne-nationale de la Nuit du bien commun ne s’est pas déroulée aussi tranquillement que ses organisateurs l’espéraient. Plusieurs centaines de militants ont bravé le froid pour s’opposer à ce gala où des associations qui partagent une idéologie catholique et réactionnaire se sont succédé sur scène — ici celle des Folies Bergère — pour récolter des dons.

Cet événement, qui a lieu depuis 2017, voit les dirigeants de ces associations vendre leur projet à un auditoire qui propose, au moyen de panneaux, des dons allant de 100 à 5 000 euros. Le seuil de 29 millions d’euros distribués depuis le début, dont 8 millions d’euros cette année, devait être approché ce 4 décembre. Ce raout a été fondé par l’homme d’affaires Stanislas Billot de Lochner aux côtés de Thibault Farrenq et du milliardaire d’extrême droite Pierre-Édouard Stérin.

À l’organisation du rassemblement qui réunissait syndicats, partis et associations, un nouveau collectif, la Section carrément anti-Stérin (Scas), un nom en clin d’œil à la Section carrément anti-Le Pen (Scalp), créée 40 ans plus tôt contre le Front national. © Nnoman Cadoret / Reporterre

« Les Nuits du bien commun sont de véritables chevaux de Troie de Pierre-Édouard Stérin et de son projet Periclès, qui vise à faire arriver l’extrême droite au pouvoir. On a affaire à un gala de fausse charité, pour des associations pour la plupart faussement humanitaires, qui portent en réalité des valeurs ultraréactionnaires », tempête Valérie, retraitée engagée dans Les Soulèvements de la Terre.

Un peu plus loin, Alix, étudiante et militante dans des associations d’aide aux femmes migrantes, dénonce : « Alors que les subventions baissent partout, on voit, avec ce gala, qu’il y a de l’argent pour mener des projets, mais il est consacré à des associations qui ne font pas avancer la société. »

«  On voit avec ce gala qu’il y a de l’argent pour mener des projets, mais il est consacré à des associations qui ne font pas avancer la société  », dit Alix, étudiante et militante. © Nnoman Cadoret / Reporterre

Collé au mur de cette petite rue engorgée, Léonard, lui aussi étudiant, pointe la manière dont Pierre-Édouard Stérin abonde, par le biais des Nuits du bien commun, ces associations « intégristes ». « Ce mouvement, qui se dit “pro-vie”, s’en prend en réalité aux conditions de possibilité de celle-ci, en favorisant des politiques libérales et écocidaires », poursuit le jeune homme.

« Ces personnes s’accaparent des richesses et usent de leur capital économique à des fins politiques »

« Il n’y a pas de manière éthique d’être milliardaire. Ces personnes accaparent des richesses et usent de leur capital économique à des fins politiques, ce qui nous inquiète beaucoup », expliquent Louise et Sarah, la vingtaine, militantes chez les jeunes écologistes du quartier.

Des messages ont été projetés sur ce mur depuis le rassemblement durant la soirée. © Nnoman Cadoret / Reporterre

Surgit alors Camille Vizioz-Brami, tête de liste du Parti socialiste pour les prochaines municipales, qui a organisé à part un happening en brandissant une affiche interrogeant : « What would Baker do ? », en référence à la chanteuse, danseuse et résistante Joséphine Baker, icône historique de la mythique salle parisienne.

Un certain Hugues se dirige ensuite droit vers nous : « Pour être crédibles, les syndicats devraient d’abord renoncer à l’argent des patrons », avance cet assureur… avant de traverser la barrière de CRS pour rejoindre la file d’attente de la Nuit du bien commun.

Des CRS séparaient le rassemblement de la file d’attente pour accéder à la soirée. © Nnoman Cadoret / Reporterre

Bien décidés à troubler la fête aussi à l’intérieur, une cinquantaine de militants ont pris, comme Hugues, leur place pour l’évènement. Habillés à la versaillaise, certains percent des boules puantes à l’intérieur de la salle.

« Rassurez-vous, ils sont maintenant aux mains de la police »

« Des attardés sont venus avec des boules puantes. Rassurez-vous, ils sont maintenant aux mains de la police. On ne va pas se laisser voler le spectacle par des importuns », vitupère le commissaire-priseur.

En fin de soirée, des fumigènes sont tombés du toit des Folies Bergère sur l’entrée du bâtiment et les CRS qui la gardaient. © Nnoman Cadoret / Reporterre

Le matin même, les intermittents de Culture en lutte avaient déjà bloqué un camion à destination de l’évènement, « refusant de laisser nos théâtres et nos lieux de travail aux fascistes », selon Ghislain Gauthier, secrétaire général de la CGT spectacle.

En fin de soirée, des fumigènes et feux d’artifice sont tirés depuis le toit du bâtiment. Les CRS se replient alors à l’intérieur des Folies Bergère, obligées de tirer le rideau. Le public, déjà barbouillé, doit en plus sortir par la porte de service. Dans la rue des Folies, la manifestation s’est dispersée, laissant là quelques motivés affamés.

Léo, metteur en scène et membre de Culture en lutte, fait partie de ceux-là : « On prend en pleine face la baisse des financements par les collectivités, le gel des pass culture, et en parallèle les dons à ces associations, qui servent à promouvoir une culture fantasmée d’une France d’un bon vieux temps qui n’a jamais existé, explosent », nous explique-t-il, alors que les CRS pourchassent les trublions sous les portes cochères.

Une banderole «  Paris Antifa  » a été déployée depuis le toit pour recouvrir le nom de la salle. © Nnoman Cadoret / Reporterre

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