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ReportageLuttes

« Un peu de fête dans cette ambiance morose » : le « carnaval antifa » réunit 1 000 personnes à Caen

Environ mille personnes ont défilé samedi 21 mars à Caen, portant, pour certaines, des masques à l'effigie de figures de l'extrême droite, comme le milliardaire Vincent Bolloré.

Plusieurs centaines de personnes ont défilé à Caen pour le « carnaval antifa » organisé par les Soulèvements de la Terre, samedi 21 mars. Ils ont dénoncé notamment le « système répressif » à l’égard des mouvements écologistes et de gauche.

Pascal Praud, Elon Musk, Marine Le Pen, Donald Trump, Vincent Bolloré... Ils étaient tous et toutes à Caen samedi 21 mars pour le deuxième « carnaval antifa », à l’initiative des Soulèvements de la Terre du Calvados et le soutien de onze autres organisations dont Solidaires et le Planning familial. Dans une ambiance bon enfant, environ 1 000 personnes, selon les organisateurs, ont défilé dans le centre de la ville normande, avec pour certains des masques à l’effigie de figures de l’extrême droite.

En 2025, la manifestation avait rassemblé près de 600 personnes. Cette année, les organisateurs ont estimé leur nombre à un millier.

« Cette idée de carnaval, c’est pour mettre un peu de fête dans cette ambiance morose actuelle, explique Étienne [*], des Soulèvements de la Terre. Le carnaval, c’est assez inclusif, notamment pour les enfants. La politique de la ville à leur égard est détestable : un grand nombre d’enfants dorment à la rue, ou ont été récemment expulsés de leur squat avec leurs familles. »

Dans le viseur des organisateurs, le maire caennais de droite Aristide Olivier, élu dimanche, mais aussi la préfecture du département, qui a multiplié les expulsions durant l’année 2025.

Stéphane Bredin, préfet du Calvados, avait autorisé en amont la police nationale à filmer la manifestation à l’aide de trois drones. De quoi inciter les carnavaliers à se masquer.

Convergence des luttes

Partie de la place du théâtre pour se rendre sur le port en fin d’après-midi, la foule a traversé le centre historique de Caen, parfois à la surprise des badauds faisant leurs emplettes dans les rues piétonnes.

Parmi les organisations présentes, la Confédération paysanne a fait le déplacement en la personne de sa porte-parole du Calvados, Christelle Hie. « Nos deux secrétaires nationaux ont été placés en garde à vue il y a quelques semaines à Paris, dénonce-t-elle, en tenant fièrement le drapeau de son syndicat. La semaine d’après, ce sont 52 collègues qui ont connu le même traitement lors d’une manifestation non violente. En tant que paysanne, je constate qu’un système répressif se met en place. »

Les violences policières ont été plusieurs fois évoquées dans le cortège, comme ici avec un membre de la famille de Dylan, tué lors d’une intervention policière, le 5 septembre 2025.

De convergence des luttes, il a donc été grandement question, notamment pour Delphine, étendard LGBTQI+ sur les épaules. « Je suis lesbienne, mais même si ce n’était pas le cas, je porterais quand même ce drapeau, explique-t-elle en marchant à côté de son fils. Tant que l’on peut encore défiler avec cet emblème sur le dos, c’est très bien de le faire. »

Si quelques banques ont vu leur vitrine se décorer au passage des manifestants avec de la peinture ou des affiches, aucune violence n’a été signalée tout au long de l’après-midi. Tradition carnavalesque oblige, en fin d’après-midi, le défilé s’est conclu par un bûcher. La manifestation s’inscrivant dans la campagne « Désarmons Bolloré », c’est un mannequin à l’effigie du milliardaire breton qui a été incendié.

Un bar associatif antifasciste attaqué

Un symbole en appelant un autre, le bonhomme carnaval a l’effigie de Vincent Bolloré a été brûlé face à l’hôtel Mercure du port, qui avait accueilli Jordan Bardella lors la tournée promotionnelle de son livre le 20 décembre dernier.

« Quand il est venu, on a organisé un rassemblement antifasciste ici-même, se souvient Camille [*], des Soulèvements de la Terre. « Il y avait des dizaines de camions de CRS garés le long du port et ça a été un petit peu mouvementé. Aujourd’hui, la préfecture a parlé de militants violents et de troubles à l’ordre du public, on voit ici que c’est tout le contraire », conclut la jeune femme.

Toutefois, plusieurs membres de la jeunesse du Rassemblement National du Calvados ont réalisé des interviews en début de manifestation, avant d’être repoussés. Le soir, un bar associatif antifasciste du centre-ville a été attaqué vers une heure du matin par une douzaine de militants d’extrême droite. Aucun blessé n’est à signaler mais, selon nos informations, une plainte va être déposée prochainement par l’établissement visé par l’agression décrite comme « violente ».


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