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ReportageLuttes

« Un racket des contribuables » : une nouvelle subvention votée pour l’A69

Une cinquantaine d’opposants à l’autoroute A69 ont investi la salle du conseil communautaire de l’agglomération Castres-Mazamet le lundi 29 septembre.

Les élus de Castres-Mazamet ont adopté à la majorité une nouvelle subvention de 2,75 millions d’euros pour l’autoroute A69. Ceci malgré la mobilisation d’une cinquantaine de militants.

Il est un peu plus de 18 heures ce lundi 29 septembre quand une cinquantaine d’opposants à l’autoroute A69 pénètrent dans la salle du conseil communautaire de l’agglomération Castres-Mazamet.

« Les élus doivent voter ce soir une nouvelle subvention de 2,75 millions d’euros pour l’autoroute. On est ici pour dire stop à ce racket d’argent public, on ne veut pas que nos impôts continuent de financer une autoroute qu’on ne prendra pas et qui ne profitera qu’à une minorité de privilégiés », déclare Marie-Claude, une habitante de Saint-Germain-des-Prés, en tendant des tracts aux élus qui entrent dans l’assemblée.

La communauté d’agglomération de Castres-Mazamet participe en effet au nouvel effort financier des pouvoirs publics pour l’autoroute A69. Le 12 février dernier, alors que le tribunal administratif devait se prononcer sur la légalité de cette autoroute, l’État, la région Occitanie, le département du Tarn et les communautés de communes Castres-Mazamet et Sor-Agout ont consenti à une nouvelle enveloppe de 41 millions d’euros pour Atosca, le concessionnaire de l’A69.

Ce montant est censé financer une baisse de 33 % du prix du péage, estimé actuellement à 17 euros l’aller-retour Toulouse-Castres. Cette annonce n’était alors qu’une promesse faites aux juges, avant de futures négociations entre les différentes parties.

Une centaine de personnes se sont retrouvées lors du conseil pour manifester leur opposition à l’octroi d’une nouvelle subvention publique à l’A69. © Antoine Berlioz / Reporterre

Quelques jours plus tard, le 27 février, les juges n’avaient pas tenu compte de ce projet de subvention et avaient annulé l’autorisation de l’A69, suspendant immédiatement le chantier.

Trois mois plus tard, un nouveau rebondissement juridique permettait au concessionnaire de reprendre les travaux dans l’attente de l’appel sur le fond du dossier, prévu fin novembre.

Malgré ce revers en première instance, les pouvoirs publics persistent et signent : dans un mémoire transmis le 10 septembre à la cour administrative d’appel, la subvention de 41 millions d’euros est toujours à l’ordre du jour, et elle est présentée comme un argument pour appuyer la requête en appel. Les différentes parties assurent avoir trouvé un accord pour se répartir cette somme.

« On trouve aberrant de financer des intérêts privés plutôt que d’investir dans les services publics »

La subvention est présentée comme un argument pour appuyer la requête en appel. L’État s’acquittera de 50,8 % de cette somme, la région Occitanie de 26,5 %, le département du Tarn de 13,8 %, la communauté d’agglomération Castres-Mazamet de 6,7 % et la communauté de communes Sor-Agout de 2,2 %.

Dans l’hémicycle de la communauté d’agglomération, le 29 septembre au soir, l’embarras du président et maire de Castres, Pascal Bugis, est palpable : « Il est très clairement trop tard pour avoir ce genre de débat », lance-t-il sous les huées des opposants présents dans le fond de la salle, derrière une banderole « Profits privés, dette publique ».

Les opposants dénoncent les millions d’euros d’argent public encore versés au concessionnaire Atosca. © Antoine Berlioz / Reporterre

Après une série de questions, l’élu, fervent défenseur de l’autoroute Castres-Toulouse, finit par donner la parole à quelques opposants. « C’est un geste fort et symbolique que nous avons voulu faire ce soir. Pour que vous entendiez notre voix, la voix de la population que vous êtes censés représenter. À l’heure où l’on nous parle de dette et de déficit, on trouve aberrant de financer des intérêts privés plutôt que d’investir dans les services publics », lance Christelle, militante du collectif La Voie est libre, sous les applaudissements et quelques rires moqueurs d’élus.

Aucun d’eux ne prendra le temps de répondre aux opposantes et opposants, préférant garder le silence tout au long de la séance. Le président de l’agglomération Pascal Bugis, quant à lui, se contentera de réponses brèves. « C’est un dialogue de sourds. Vos arguments on les connait, se défend l’édile. C’est un projet de longue date, et il n’est plus l’heure de revenir sur des années de concertations publiques et de débats, l’autoroute est quasiment terminée », se justifie-t-il.

Dans l’assemblée, Bernard, habillé d’un gilet jaune floqué du logo du collectif La Voie est libre prend le micro : « Le concessionnaire est censé assumer seul le risque financier, et ce n’est pas aux pouvoirs publics de couvrir les risques du partenaire, c’est écrit dans la loi. Cette nouvelle subvention, c’est une tricherie et une arnaque. De plus, elle a été décidée pour dix ans, mais qui peut nous assurer qu’il n’y en aura pas d’autres, sachant que le contrat de concession court sur cinquante-cinq ans ? » Aucune réaction dans le conseil.

Une militante du collectif La Voie est libre prend la parole lors du conseil, sous les moqueries des élus. © Antoine Berlioz / Reporterre

Alors que l’heure du vote approche, les deux seuls élus opposés à cette nouvelle subvention lèvent la main et expliquent au micro : « On a des budgets en baisse partout, sauf pour l’A69. C’est un racket de l’argent des contribuables », conclut André Martinez, conseiller municipal de Castres, aux côtés de sa collègue Martine Daste-Moron, également opposée à cette subvention.

Hormis deux abstentions, la subvention est votée à la majorité. Certains élus se réjouissent et esquissent un sourire, notamment au premier rang où figure Benoît Puech, soupçonné d’avoir participé à un « raid » pour intimider des opposants en juin dernier, et dont le procès se tiendra fin novembre.

Tandis que les opposants quittent la salle, laissant le conseil poursuivre son ordre du jour, certains, amers, laissent éclater leur colère : « C’est une honte ! Vous auriez au moins pu attendre la décision de justice avant de voter cette subvention avec nos impôts ! »

Désormais, les yeux sont rivés vers l’audience à la cour administrative d’appel de Toulouse, prévue elle aussi fin novembre, durant laquelle les juges devront confirmer ou infirmer l’illégalité de l’autoroute prononcée en février dernier.

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