Des ficus contaminés par un ver invasif
Une racine infestée par le nématode à galles du goyavier, avec des galles d’aspect noduleux. - © Inrae / D. Blancard
Une racine infestée par le nématode à galles du goyavier, avec des galles d’aspect noduleux. - © Inrae / D. Blancard
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Plusieurs magasins ont vendu des ficus infestés par un ver, le nématode à galles du goyavier. L’an dernier, c’était le cas d’Ikea. Cette espèce menace nos végétaux.
Habituellement, il vit dans les zones tropicales. Mais le nématode à galles du goyavier (Meloidogyne enterolobii) s’est retrouvé dans des pots de petits ficus ginseng vendus dans sept magasins U situés dans le Finistère, l’Ille-et-Vilaine, la Haute-Savoie et le Var. Le 14 mai, Système U organisait un rappel auprès des acheteurs les incitant à rapporter la plante parasitée en magasin pour être remboursés, ou bien à la détruire.
Ce n’est pas la première fois que ce ver, qui se loge dans les racines des plantes, échoue en France. Il y a un an à peine, plusieurs centaines de ficus bonsaïs étaient rappelés par Ikea et certains magasins Auchan, Carrefour, Jardiland ou encore Bricomarché après la découverte du ver sur des racines. S’il n’est pas dangereux pour l’être humain et les animaux, il représente une menace pour les cultures ornementales, potagères (tomates, poivrons, concombres, pommes de terre, etc.) ou encore aromatiques (basilic, etc.).
Dans une étude publiée en avril 2020, des chercheurs considèrent que « Meloidogyne enterolobii est une espèce envahissante hautement pathogène et agressive qui émerge comme une espèce économiquement importante dans le monde ». Les trois productions les plus touchées seraient les patates douces aux États-Unis, les goyaves au Brésil et les plantes horticoles dans les Caraïbes, selon des experts de l’université de Floride.
Aucun traitement
« Il est très virulent et s’attaque aux racines des végétaux, sur lesquelles il forme des galles d’aspect noduleux, précisait l’alerte sanitaire française diffusée par les préfectures en mai 2023 à la suite du rappel d’Ikea et de ses concurrents. Les végétaux infestés voient réduits leur croissance, leur rendement, leur durée de vie et leur tolérance aux stress environnementaux et aux agressions par d’autres organismes nuisibles. »
Or, il existe actuellement peu de solutions contre les nématodes à galles, dit à Reporterre Bruno Favery, directeur de recherche à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) : « La lutte contre les nématodes est devenue difficile, car les nématicides chimiques ont tous été interdits. On appliquait ces derniers en fumigation dans le sol. Ce qui entraînait une stérilisation du sol. »
Pour remplacer ces traitements très toxiques, les chercheurs travaillent sur la résistance de certains gènes des plantes. « Le problème avec Meloidogyne enterolobii, c’est qu’il n’est absolument pas contrôlé par les gènes de résistance. Ceux qui sont classiquement utilisés pour les Meloidogyne ne fonctionnent pas », explique le spécialiste des interactions entre plantes et nématodes.
Ne pas jeter au compost et nettoyer les outils
Les ficus rappelés en 2023 avaient été importés des Pays-Bas. Le 6 mai dernier, l’Autorité néerlandaise de sécurité des aliments et des produits de consommation (NVWA) mettait justement en garde les professionnels de l’horticulture du pays contre le risque de propagation de ces nématodes à galles. Des chercheurs de l’université de Wageningue qu’elle avait mandatés ont démontré que le ver pouvait se propager via l’eau des systèmes d’irrigation (voir l’étude en néerlandais).
« L’organisme a été régulièrement découvert ces dernières années dans des envois importés de plantes en pot. Cela signifie qu’il existe un risque que des plantes infectées soient livrées et finissent sur le sol néerlandais, avec toutes les conséquences que cela implique », a prévenu la NVWA. Plaque tournante des plantes horticoles en Europe, les Pays-Bas représentent un lieu particulièrement stratégique dans la lutte.
Depuis le 11 avril 2022, Meloidogyne enterolobii est classé dans l’Union européenne parmi les « organismes de quarantaine » : autrement dit, dès qu’il est détecté, la plante infectée est mise en quarantaine afin d’éviter toute contamination. C’est en ce sens qu’Ikea avait donné l’an dernier des consignes strictes aux détenteurs des ficus rappelés : « Les plantes doivent être placées dans des doubles sacs en plastique avant d’être transportées afin de minimiser le risque de propagation du Meloidogyne enterolobii », écrivait-elle dans sa fiche de rappel. Systeme U — qui n’a pas répondu à nos questions — n’a formulé aucun conseil de cette sorte dans son rappel du 14 mai. Pourtant, il est important que les détenteurs de ces ficus ne les jettent pas dans leur compost, par exemple, et qu’ils nettoient tout objet ou outil qui aurait été en contact avec la terre du pot.
Des cochenilles dans des rince-bouteilles
Ce ver n’est pas une exception. D’autres parasites ou virus peuvent s’accrocher aux racines des plantes ornementales importées. Ce fut par exemple le cas en Suisse, en 2021, avec la détection d’un foyer de cochenilles Ripersiella hibisci dans les racines de cinquante plantes de Callistemon (ou « rince-bouteilles »). Jamais, jusque-là, ce type de cochenilles très nuisibles pour les plantes n’avait été repéré en Europe.
Bruno Favery se veut rassurant : « Si la plante reste en pot, il y a peu de risque qu’elle contamine les sols destinés à la production. » Toutefois, face à ces nouvelles menaces pour nos végétaux endémiques, il est peut-être temps de s’interroger sur nos achats de plantes ornementales exotiques. Pour limiter les risques, on peut aussi orner sa maison ou son jardin avec des plantes locales.