Une ferme-usine de 800 veaux a été autorisée en Pays basque

Durée de lecture : 3 minutes

30 janvier 2017 / Maritxu Lopepe (Campagnes solidaires)

À Iholdy, au Pays basque, une exploitation agrandit son élevage de veaux à 800 places. ELB, syndicat agricole membre de la Confédération paysanne, a exprimé son opposition durant l’enquête publique, qui s’est cependant conclue par un avis favorable.

Un atelier de 800 veaux en batterie à côté d’un élevage de 60 vaches allaitantes : c’est le nouveau visage de la « ferme » Ilharria, à Iholdy (Pyrénées-Atlantiques). L’exploitation industrielle s’agrandit et l’enquête publique a débouché cet été sur un avis favorable de la commissaire-enquêtrice pour son développement. Le syndicat ELB, membre de la Confédération paysanne, continue à manifester son opposition à ce modèle d’élevage.

Officiellement, la ferme, qui a abrité jusqu’en 2011 un atelier de 1.200 porcs charcutiers, affirmait détenir au printemps 330 veaux de boucherie et souhaitait passer à 800 places après le réaménagement des bâtiments existants. Pratiqué en intégration, le mode d’élevage consistera à engraisser des veaux laitiers arrivés à l’âge de 8 à 21 jours durant 158 jours, soit deux bandes par an.

L’atelier de 800 veaux nécessite un plan d’épandage allant au-delà de la capacité de l’exploitation. D’où les conventions signées avec cinq autres agriculteurs du village afin de mettre des parcelles à disposition pour recevoir le lisier (70 % des surfaces du plan d’épandage, soit 71 ha, appartiennent à ces prêteurs). D’après l’autorité environnementale (la préfecture de région), le plan d’épandage est satisfaisant et l’impact sur les milieux physiques, naturels et humains serait bien maîtrisé. L’autorité administrative recommande néanmoins que le futur arrêté d’autorisation d’exploiter contienne des prescriptions précises concernant la protection du captage d’eau de la ferme, l’évitement des zones environnementales classées, et des préconisations d’épandage. La commissaire-enquêtrice assortit son avis favorable de recommandations assez larges, dont « le contrôle de l’épandage par rapport aux distances à respecter en zones sensibles et aux quantités et qualités des effluents épandus ».

« 1.600 veaux n’ayant jamais vu un carré de prairie » 

Durant l’enquête publique, ELB a fait savoir son opposition « au développement des ateliers industriels hors-sol qui se fait systématiquement au détriment des fermes qui privilégient l’élevage paysan ». Le syndicat a mis en avant plusieurs éléments concernant la « ferme » Ilharria notamment l’indulgence au vu de sa situation actuelle : « Les 800 veaux sont déjà présents sur le site. L’éleveur est dans l’illégalité depuis plus d’un an et l’administration l’invite simplement à se mettre en règle. Les sanctions contre les petits éleveurs pleuvent bien plus vite que cela, une boucle d’identification en moins suffit à entraîner des pénalités sur-le-champ, alors qu’avoir 200 animaux de trop sur un élevage soumis à autorisation ne porte pas à conséquence ! »

Concernant le plan d’épandage, ELB fait remarquer que, pour fonctionner, l’exploitation (qui possède 44 hectares de surface agricole utile) a besoin d’« annexer » 71 hectares autour d’elle. « Si, sur le papier, le plan d’épandage semble en règle, nous savons que les hectares situés à 20 km de là, à Arraute, ne recevront jamais de lisier du fait des contraintes liées à cet éloignement », précise le syndicat. Un des prêteurs aurait également mentionné sa volonté de retirer ses parcelles, ce qui n’est pas en cohérence avec le contenu du dossier d’enquête publique.

Pour ELB, ce modèle d’élevage hors-sol ne répond pas aux attentes de la société. « 1.600 veaux n’ayant jamais vu un carré de prairie sortiront chaque année de cet atelier hors-sol. Afin de produire une viande blanche, un régime alimentaire fortement concentré en lait reconstitué est imposé à ces veaux, ce qui induit des carences en fer : les animaux sont donc surveillés (et traités) sur leur niveau d’anémie ! » déplore le syndicat paysan. Il fait également valoir qu’avec 800 veaux en intégration et un élevage de 60 vaches allaitantes (et 25 génisses), l’exploitation ne génère que deux emplois, celui de l’exploitant et d’un salarié.


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Source : Article transmis amicalement à Reporterre par Campagnes solidaires, dans le numéro 324 duquel il est paru.

Dessin : © Red !/Reporterre

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