V’île fertile, l’agriculture urbaine prend racine aux portes de Paris

12 juillet 2016 / Benoit Ducasse

Une parcelle de 500 m2, une serre, une cave aménagée et un composteur à l’orée du bois de Vincennes : l’association V’île fertile relocalise la production agricole en milieu urbain. Avec pour modèle les maraîchers qui prospéraient sur de petites surfaces autour de Paris au XIXe siècle.

- Bois de Vincennes (Paris), reportage

Installée depuis mars 2014 au cœur du jardin tropical de Paris, en limite du bois de Vincennes, l’association V’île fertile y a rapidement pris ses marques. Une parcelle de 500 m2 est couverte de légumes en ce début d’été. À ses côtés, toute neuve, une magnifique serre en polycarbonate abrite 200 pieds de tomates et quelques autres de concombres, poivrons et aubergines qui poussent en pot, alimentés par un circuit fermé de fins tuyaux d’eau. Les racines plongent dans un substrat composé à parts égales de marc de café enrichi en mycélium, de bois broyé et de compost. Une fondation a subventionné la construction de la serre derrière laquelle est installé le composteur, où se décomposent les déchets du jardin, mais aussi des fruits et légumes impropres à la consommation récupérés sur le marché voisin de Nogent-sur-Marne. Dans un bout de cave aménagé sous la maison de l’ancien gardien du jardin tropical, des sacs sont suspendus sur lesquels poussent des pleurotes. Les sacs, remplis d’un substrat à base de marc de café, sont récupérés de l’initiative UpCycle, qui développe sur cette méthode un site de production de champignons au Marché d’intérêt national de Rungis.

Il y a et il y aura du travail pour toutes et tous

L’objectif de V’île fertile est bien défini : développer un modèle économique de microagriculture urbaine bio-intensive, capable d’être financièrement autonome et de créer à moyen terme un premier emploi à temps complet. Le modèle technique est celui, très productif, que développaient sur de petites surfaces les maraîchers autour de Paris et qui connut son âge d’or au XIXe siècle, avant que la ville commence une inexorable progression au détriment des terres agricoles de sa ceinture d’alors. Paris semble vouloir se rattraper : sous convention renouvelable de trois ans, c’est la ville qui met le site à disposition de V’île fertile.

La serre de V’île fertile.

Pour l’instant, l’association est encore loin de son objectif : en 2015, pour sa deuxième saison de culture, elle a récolté 1.300 kilos de légumes. Et si elle emploie une personne chargée du développement du projet, c’est grâce aux subventions et aux recettes d’autres prestations proposées [1]. Les semis, plantations, cultures et leur entretien sont assurés par des bénévoles, une bonne quinzaine d’actifs parmi les 85 adhérents. Les légumes sont vendus sur place, les samedis et dimanches après-midi. C’est aussi ces jours et à ces heures-là qu’on peut visiter le jardin, mais aussi adhérer pour participer activement au développement du projet : une campagne de recrutement bat son plein sur le site Internet de la « ferme urbaine participative ». Il y a et il y aura du travail pour toutes et tous : la prochaine étape sera l’installation d’ici quelques mois d’une champignonnière de belle dimension dans un tunnel désaffecté à l’entrée du Parc floral, à l’autre bout du bois de Vincennes.



Puisque vous êtes ici…

… nous avons une faveur à vous demander. Il n’y a jamais eu autant de monde à lire Reporterre, mais nos revenus ne sont pourtant pas assurés.

Contrairement à une majorité de médias, nous n’affichons aucune publicité, et laissons tous nos articles en libre accès, afin qu’ils restent consultables par tous. Reporterre dépend en grande majorité des dons de ses lecteurs. Le journal, indépendant et à but non lucratif, compte une équipe de journalistes professionnels rémunérés, nécessaire à la production quotidienne d’un contenu de qualité. Nous le faisons car nous croyons que notre point de vue, celui de l’environnement et de l’écologie, compte — car il est aussi peut-être le vôtre.

Notre société a besoin d’un média qui traite des problématiques environnementales de façon objective, libre et indépendante, en restant accessible au plus grand nombre ; soutenir Reporterre est ma manière de contribuer à cette démarche. » Renan G.

Si toutes les personnes qui lisent et apprécient nos articles contribuent financièrement, la vie du journal sera pérennisée. Même pour 1 €, vous pouvez soutenir Reporterre — et cela ne prend qu’une minute. Merci.

Soutenir Reporterre



Vous avez aimé cet article ? Soutenez Reporterre.


[1L’activité de l’association est complétée par des ateliers pédagogiques à destination des scolaires et par des stages d’équipes d’entreprises (team building).


Lire aussi : Défi local : un grand restaurant parisien ne se fournit qu’en produits d’Ile-de-France

Source : Article et photos transmis amicalement à Reporterre par Benoit Ducasse, de Campagnes solidaires, le mensuel de la Confédération paysanne.

THEMATIQUE    Agriculture
3 septembre 2018
Quoi, mes vêtements polluent ? Voici comment m’habiller écolo
Alternative
21 septembre 2018
En Aveyron, la bataille contre le transformateur électrique entre dans une nouvelle phase
Info
19 septembre 2018
Il s’appelait Steffen. À Hambach, un blogueur militant chute mortellement lors de l’opération policière
Info


Vous avez aimé cet article ? Soutenez Reporterre

Sur les mêmes thèmes       Agriculture