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Santé

Vaccins, lits d’hôpitaux... à gauche, que feraient les candidats ?

Affiches de campagne de Fabien Roussel (PCF) et Yannick Jadot (EELV) à Toulouse, le 20 janvier 2022.

Voilà bientôt deux ans que le monde lutte contre la pandémie de Covid-19. En pleine campagne présidentielle, les candidats de gauche tentent d’imposer dans le débat leurs différentes propositions pour une gestion alternative de la crise sanitaire.

À quoi ressemblerait la lutte contre le Covid-19, si le prochain président ou présidente de la République était de gauche ? À trois mois de l’élection présidentielle, les différents candidats veulent se démarquer de la politique menée par le gouvernement et faire entendre leurs voix.

Au début de la pandémie, on a souvent peiné à comprendre leur position. Dans l’ambiance anxiogène des premiers mois de l’année 2020, critiquer la gestion macronienne de la crise sanitaire pouvait rapidement provoquer des suspicions de « complotisme » ; peut-être est-ce la raison pour laquelle on a peu entendu les personnalités de gauche sur ce sujet. Délicat, également, d’oser exprimer une désapprobation lorsque les figures de proue de la contestation sont (pêle-mêle) Florian Philippot (ex-n° 2 du Front national), l’humoriste Jean-Marie Bigard ou encore le chanteur Francis Lalanne.

Mais ça, c’était avant. Les prétendants à l’élection présidentielle affichent désormais leur opinion, dans leurs discours comme dans les médias. Une position relativement commune à tous les candidats, qu’on pourrait résumer par la formule : pour la vaccination, contre l’obligation.

Tous favorables à la vaccination

« On l’a dit, on l’a répété, nous sommes favorables à la vaccination », affirme à Reporterre Clémence Guetté, coresponsable du programme de Jean-Luc Mélenchon (La France insoumise, LFI). Fin 2020, le candidat avait émis des doutes — « Ce vaccin ne me rassure pas », disait-il sur le plateau de BFMTV — mais il a depuis changé d’avis. De Fabien Roussel (Parti communiste, PCF) à Nathalie Arthaud (Lutte ouvrière, LO), en passant par Philippe Poutou (Nouveau parti anticapitaliste, NPA) et Anasse Kazib (Révolution permanente), tous, sans exception, se présentent sans détour comme « pro-vaccin ».

Vaccin AstraZeneca. Wikimedia Commons/CC0 1.0/gencat cat

« Je suis pour la vaccination à 100 % », déclare aussi Yannick Jadot (Europe Écologie-Les Verts, EELV) dans les médias. Son envie de montrer l’intérêt qu’il porte à la science — et son souhait de se défaire de l’image « antivax » qui colle à certaines figures du parti, l’eurodéputée Michèle Rivasi en tête — l’avait même poussé à se prononcer pour la vaccination obligatoire, en novembre 2020. Il est depuis revenu sur ses propos. « Les experts considèrent que [la vaccination obligatoire], cela peut être contre-productif. Je suis à l’écoute de ce que disent les scientifiques », a-t-il assuré fin décembre 2021 sur France 2.

Or le passe sanitaire, devenu passe vaccinal le 16 janvier par un vote définitif de l’Assemblée nationale [1], équivaut pour la plupart des candidats de gauche à une obligation vaccinale. Et il vaut mieux « convaincre plutôt que contraindre » répètent-ils en chœur.

Wikimedia Commons/CC BY-SA 3.0/Dorieo

« Aller jusqu’à l’obligation ? Pourquoi pas »

Certains sont moins clairs, comme Anne Hidalgo, la candidate du Parti socialiste (PS). « Il faut pousser la vaccination, aller jusqu’à l’obligation, pourquoi pas, mais pour moi c’est beaucoup de pédagogie qu’il faut faire », disait-elle sur France Inter en novembre 2021. Une de ses porte-parole, la députée Valérie Rabault, est, elle, ouvertement en faveur de la vaccination obligatoire. Elle était notamment à l’origine d’une tribune de quarante-et-un parlementaires socialistes plaidant pour l’obligation, publiée en août 2021 dans le Journal du dimanche. Le PS a toutefois voté majoritairement contre l’instauration du passe vaccinal au Parlement.

De son côté, Christiane Taubira (ex-Parti radical de gauche) a déclaré le 18 janvier au micro de France Inter que le passe vaccinal ne lui « [posait] pas de problèmes », mais qu’elle était opposée au fait « de confier à des citoyens (les restaurateurs, les commerçants, etc.) le contrôle d’identité de leurs concitoyens ». Un point sur lequel tous les partis de gauche sont d’accord.

Fermetures de lits, non merci

Alors, quelles alternatives proposent-ils ? « Il faut inverser la logique des choses mises en œuvre depuis vingt ans : la destruction de l’hôpital public et la privatisation du système de santé, dit à Reporterre Pauline Salingue, porte-parole de Philippe Poutou et éducatrice spécialisée au CHU de Toulouse. Pour convaincre les personnes de se vacciner, encore faudrait-il démontrer que la priorité n° 1 en France est de préserver la santé de la population. »

En 2020, d’après les estimations de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), la France comptait 386 835 lits d’hospitalisation complète. Soit 17 000 lits de moins qu’en 2016 (404 000 lits juste avant le mandat d’Emmanuel Macron), et 81 165 moins qu’en 2003 (468 000 lits). « Depuis le début de cette pandémie, force est de constater que rien n’a été fait pour améliorer la situation et c’est l’absence de capacités hospitalières qui régule au quotidien la gestion de la pandémie », poursuit Pauline Salingue. En clair, s’il y a des lits disponibles, on peut laisser ouverts les bars. S’il n’y en a pas assez, tout le monde rentre chez soi. « Je suis scandalisée qu’il y ait moins de lits aujourd’hui dans les hôpitaux qu’il n’y en avait au début de cette pandémie », lançait Nathalie Arthaud, fin décembre, au micro de RTL.

Manifestation de soignants contre la casse de l’hôpital public en février 2020, à Paris. © Mathieu Génon/Reporterre

« Il ne faut pas appliquer une logique austéritaire au domaine de la santé. Nous devons lui accorder un budget plus important et le faire voter, pour faire vivre la démocratie sur cette question », estime Clémence Guetté (LFI). « Il s’agit de tourner la page de l’hôpital-entreprise », clame Anne Hidalgo dans son programme. Même discours chez Christiane Taubira : « L’hôpital public a été abandonné à des logiques comptables pendant des années, il est temps d’y mettre fin », a-t-elle tweeté en décembre 2021. Notons toutefois que durant le quinquennat de François Hollande — un président socialiste comme Anne Hidalgo, et dont Christiane Taubira était la ministre de la Justice — près de 15 000 lits ont également été supprimés.

Aller vers les non-vaccinés

La gratuité des tests, des masques et du gel hydroalcoolique sont des éléments évoqués notamment par la France insoumise et le Nouveau parti anticapitaliste pour lutter correctement contre cette pandémie. Surtout, c’est la politique d’« aller vers » qui rencontre beaucoup de succès à gauche. « Avec les maires, on est allés dans la rue, chez les gens, on a fait du porte-à-porte pour convaincre les personnes de venir se vacciner. Ce travail a plutôt bien fonctionné, [...] on doit encore aller plus loin », disait Anne Hidalgo au micro de France Inter en novembre dernier.

« Il y a des personnes âgées, isolées, toujours pas vaccinées, rappelle aujourd’hui Clémence Guetté. Il faut mobiliser les médecins généralistes et traitants pour appeler ces personnes, aller les voir. » « On n’a toujours pas créé les brigades de protection civile, d’associations, pour aller chercher tous les non-vaccinés », déplorait Yannick Jadot début janvier, chez LCI. « Nous voulons convaincre ceux qui ne sont pas vaccinés aujourd’hui en les incitant, en faisant en sorte que les médecins, les infirmières, aillent taper [à leur porte]. Avec de la bienveillance, en créant du lien, du contact physique », abondait Fabien Roussel.

Mais la pandémie ne s’arrête pas aux frontières de la France. Encore plus que de pousser les Français à se vacciner — pour réduire les risques de mutation du virus — les représentants de la gauche plaident encore et toujours pour une levée des brevets des vaccins. Et, par conséquent, permettre à des laboratoires du monde entier de reproduire les produits de Pfizer et Moderna. « Il n’y aura pas de résolution de cette pandémie tant qu’on n’aura pas vacciné dans le monde entier », argue Yannick Jadot.

Hélas, cette pandémie risque aussi de ne pas être la dernière. La poursuite de la destruction d’espaces naturels et de l’élevage intensif d’animaux laisse craindre l’apparition d’autres zoonoses dans les années à venir. Les propositions de santé ne suffiront donc pas à prévenir des crises similaires, si elles ne s’accompagnent pas d’un programme écologique. Pour enfin espérer entrevoir le « monde d’après » qu’on nous promettait.

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