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Quotidien

Vente à emporter : les restaurants obligés d’accepter vos contenants

Les commerçants ne peuvent pas refuser de vous servir si vous apportez votre propre boîte en plastique.

Les fast-foods et restaurants proposant de la vente à emporter sont tenus, par la loi, d’accepter de vous servir dans vos propres contenants. Mais cette mesure écologique reste peu connue.

Vous arrive-t-il d’acheter des salades, des kebabs ou des nouilles chinoises à emporter ? Avez-vous déjà demandé à vous faire servir dans votre propre boîte ? Quant aux boissons, avez-vous déjà présenté votre mug ou votre gourde au serveur ? Vous seriez tout à fait en droit de le faire.

Si cette pratique reste peu développée, elle est encadrée par la loi depuis le 1er juillet 2021 et le commerçant ne peut pas refuser de vous servir. Sauf si le contenant en question est « manifestement sale ou inadapté », précise l’article L541-15-7 du code de l’environnement. Depuis février 2020, les commerçants qui proposent des boissons dans des gobelets jetables sont même tenus d’appliquer une « tarification plus basse » au client qui vient avec son propre récipient réemployable.

La loi est peu respectée

Hélas, dans les faits, peu de consommatrices et consommateurs ont pris l’habitude d’apporter leurs contenants en verre ou en plastique lavable et réutilisable. Il faut dire que les professionnels de la restauration ne les incitent guère à se lancer. En novembre 2021, une première étude réalisée par No Plastic in my sea montrait que la nouvelle loi est très peu respectée.

Depuis, les choses semblent avoir peu évolué à lire les résultats de l’enquête de terrain menée par l’UFC-Que choisir et publiés en novembre 2023. L’association de consommateurs s’est rendue dans des établissements des quatre principales chaînes de fast-food (Burger King, KFC, McDonald’s et Quick) ainsi que dans quelques cafés Starbucks et Prêt à manger.

Conclusion : sur les quinze fast-foods visités, seuls quatre ont accepté de servir l’ensemble des aliments dans les contenants apportés par les clients mystère. Tous les autres restaurants ont refusé de servir les enquêteurs notamment pour des questions d’hygiène. « Quant à la ristourne sur les boissons, nous ne l’avons jamais eue », constate l’UFC-Que choisir.

Peu de consommateurs sont au courant

Les cafés Starbucks et Prêt à manger ont, en revanche, respecté la loi en servant sans problème la boisson dans la gourde apportée. « En plus, tous affichaient clairement cette possibilité. » Quant à la réduction sur le prix (0,30 euro chez Starbucks et 0,50 euro chez Prêt à manger), elle a toujours été appliquée, même si le client a dû la réclamer.

Cette possibilité de se faire servir dans son propre contenant s’applique aussi aux supermarchés et à tous « les commerces de vente au détail » depuis février 2020, selon l’article L.120-2 du code de la consommation. Mais là encore, bien peu de consommateurs connaissent cette disposition et apportent leurs boîtes plastique dans leur grande surface ou chez leur pâtissier, boucher ou poissonnier.

« L’opération rencontre peu de succès »

Il y a quelques mois, Carrefour expliquait à Reporterre avoir été précurseur en mettant en place une opération « Apporte ton contenant » dès 2018 aux rayons boucherie, poissonnerie ou boulangerie dans certains magasins. « Malgré toute la communication que nous avons mise en place, cette opération rencontre peu de succès. Même en offrant 10 centimes sur la carte de fidélité, la demande n’est pas massive », indiquait alors Bertrand Swiderski, responsable RSE de l’enseigne. Depuis, l’obligation d’accepter les contenants est entrée en vigueur pour tous les commerces et Carrefour a généralisé son opération.

Première source de pollution plastique

Ces dispositions adoptées dans le cadre de la loi Antigaspillage et économie circulaire (Agec) devaient permettre de réduire le nombre d’emballages à usage unique, une des plaies de notre époque. Bouteilles en plastique, récipients et couverts alimentaires... La restauration à emporter serait la principale source de pollution plastique, selon une étude internationale publiée en 2021 dans la revue Nature Sustainability.

Certes, le plastique est de moins en moins utilisé par les fast-foods et la restauration à emporter. Les repas sont souvent servis dans une barquette ou un bol en carton « recyclable ». Ces emballages restent toutefois à usage unique et finiront à la poubelle, même si c’est une poubelle de tri. Surtout, il n’est pas dit qu’ils seront effectivement recyclés. La plupart du temps, ils sont composés de plusieurs couches de matériaux, à savoir du carton, mais aussi d’un vernis ou d’un film plastique souvent nécessaires pour rendre la boîte étanche quand des aliments liquides ou gras sont transportés. Or ces emballages ne peuvent généralement pas être recyclés, les différentes couches étant difficilement séparables.

Les emballages en carton sont généralement imperméabilisés grâce à des PFAS, des polluants «  éternels  ». © Emmanuel Clévenot / Reporterre

Encore plus gênant : beaucoup de ces emballages sont imperméabilisés grâce à des composés perfluorés, autrement dit des PFAS. Ces polluants « éternels » sont en effet très utilisés pour leur capacité à résister à l’humidité mais peuvent migrer de l’emballage vers les aliments, surtout lorsque ces aliments sont chauds. Outre le fait qu’ils polluent durablement l’environnement, leurs dangers sur la santé sont de plus en plus documentés. Le Danemark a donc interdit leur présence dans tous les emballages alimentaires depuis 2020.

En revanche, ils seraient omniprésents dans les emballages de fast-food utilisés en France, selon une étude publiée en août 2023 et relayée par Générations futures. Les chercheurs ont retrouvé trois composés perfluorés (le PFHxA, le 6:2 FTS et le 6:2/6:2 diPAP) dans l’ensemble des quarante-sept emballages de frites, hamburgers ou nuggets collectés. Une raison de plus d’apporter son propre contenant ?

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