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ReportagePolitique

10 septembre : récit d’une journée teintée de blocages et de répression

Devant le bâtiment de la CGT, à Montreuil, vers 7 h 30, le 10 septembre 2025.

Près de 250 000 personnes ont participé aux mobilisations du 10 septembre, selon la CGT. À Paris, plusieurs points de circulation stratégiques ont été bloqués dès 7 heures. « On est là, même si Macron le veut pas », scandaient les militants.

Paris, reportage

II est à peine 7 heures, le 10 septembre, quand des dizaines de personnes s’emparent de barrières, porte de Montreuil, à Paris. « Allez, on les accroche entre elles ! » pressent-elles. En quelques minutes, les automobilistes sont bloqués et ne peuvent plus quitter le périphérique. Certaines personnes y courent, espérant occuper la voie routière, avant de rebrousser chemin face au dispositif policier.

C’est une scène qui va se répéter toute la matinée à l’occasion des mobilisations, sous le mot d’ordre « Bloquons tout ». Le ministère de l’Intérieur a compté 812 actions pour 175 000 participants. La CGT évoque le chiffre de 250 000 personnes pour 200 rassemblements et manifestations.

80 000 policiers et gendarmes ont été mobilisés. © NnoMan Cadoret/Reporterre

Cette journée d’opposition à la politique du gouvernement se déroule au lendemain de la nomination de Sébastien Lecornu comme Premier ministre, pour succéder à François Bayrou. Le mouvement, né sur les réseaux sociaux et relayé grâce à de nombreuses assemblées générales citoyennes partout en France, a mis plusieurs moyens d’action en avant, dont le blocage des flux et des transports.

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Que ce soit porte de la Chapelle, porte d’Aubervilliers, porte de Bagnolet et porte de Montreuil, des dizaines de personnes se sont regroupées pour bloquer le trafic, avant d’être délogées par les forces policières et les gaz lacrymogènes. Le ministère de l’Intérieur a prévenu que 80 000 policiers et gendarmes ont été mobilisés pour cette journée d’actions partout en France.

Le dispositif policier devant le lycée Hélène-Boucher, dans le 20e arrondissement, qui était bloqué par les élèves peu après 8 heures, le 10 septembre 2025. © NnoMan Cadoret/Reporterre

« On est là, même si Macron le veut pas »

Porte de Montreuil, plus de 200 personnes se tenaient devant le bâtiment de la CGT, rue de Paris, à 7 h 30, chantant « On est là, même si Macron le veut pas ».

Dans le 20e arrondissement, devant le lycée Hélène-Boucher qui était bloqué par les élèves, une poignée de personnes a improvisé un blocage de la circulation peu après 8 heures, rapidement rejointe par une foule. Les automobilistes ont été empêchés de passer, au son de musiciens d’une fanfare venue pour l’occasion. Là encore, le dispositif policier n’a pas hésité, pour rétablir la circulation, à envoyer des gaz lacrymogènes sur la foule de plusieurs centaines de personnes — dont de très nombreux élèves mineurs.

Blocage du lycée Hélène-Boucher, dans le 20e arrondissement de Paris. © NnoMan Cadoret/Reporterre

Aux alentours de 10 heures, la plupart des blocages aux portes de Paris étaient terminés. D’autres blocages ont eu lieu dans la matinée, comme devant l’hôpital Tenon, dans le 20e arrondissement de Paris, dont les participants ont ensuite convergé vers la place de la République vers midi.

Devant l’hôpital Tenon, dans le 20e arrondissement de Paris. © NnoMan Cadoret/Reporterre

Une assemblée générale des cheminots s’est également tenue à partir de 11 heures à gare du Nord — même si des dizaines de personnes voulant y assister n’ont pu y accéder, les forces policières contrôlant et bloquant les entrées.

Les prises de parole se sont enchaînées, les travailleurs dénonçant à la fois un « ras-le-bol » de la « pression patronale », des « manques d’effectifs », des « salaires qui n’augmentent pas », le coût de la vie, les 44 milliards d’euros d’économies voulus par le gouvernement, et les décisions antidémocratiques d’Emmanuel Macron.

Environ 1 000 personnes se sont retrouvées devant la gare du Nord. © NnoMan Cadoret/Reporterre

« La gauche arrive en tête des élections, et qui il nomme Premier ministre ? [Michel] Barnier, [François] Bayrou et maintenant [Sébastien] Lecornu. Ils se foutent royalement de nous, a par exemple déclaré un cheminot. Ce n’est plus possible. La seule solution, c’est la grève. Ce sont les travailleurs qui apportent la richesse. »

Plusieurs prises de parole ont appelé à trouver des façons de « s’organiser ensemble » pour que le mouvement se poursuive au-delà de la journée du 10 septembre, et avant la journée de grève prévue le 18 septembre. Un principe de création de comité de lutte a été adopté, tout comme une nouvelle assemblée générale le 18 septembre. Les participants ont ensuite voté pour rejoindre en cortège les personnes restées bloquées à l’extérieur de la gare.

Lors de l’assemblée générale devant gare du Nord. © NnoMan Cadoret/Reporterre

À 15 h 30, plusieurs manifestations sauvages (venant notamment de gare du Nord) ont atteint la place de la République, où un rassemblement festif se tient depuis. D’un côté de la statue, les collectifs de sans-papiers. De l’autre, le groupe techno-écolo Planète Boum Boum qui fait chanter les citoyens au rythme de refrains comme « Il y en a du pognon chez les amis de Macron » et « Taxez les riches ». Des centaines de personnes, particulièrement des jeunes, sont présentes.

Au total, 473 personnes, ont été interpellées en France, dont 203 à Paris, selon les chiffres du ministère de l’Intérieur communiqués à 17 heures.


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