20 heures de garde à vue pour des tags appelant à protéger les océans
Les graffitis et collages réalisés sur un mur de Nice par des membres de Greenpeace, qui leur ont valu vingt heures de garde à vue. - © Philippe Spadotto
Les graffitis et collages réalisés sur un mur de Nice par des membres de Greenpeace, qui leur ont valu vingt heures de garde à vue. - © Philippe Spadotto
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À Nice, on veut protéger les océans… mais on muselle leurs défenseurs. Dans la soirée du mercredi 28 mai, cinq militants de la branche locale de Greenpeace France ont été interpellés, placés en garde à vue pendant vingt heures et perquisitionnés. Leur crime ? Avoir réalisé des graffitis dénonçant le faible niveau de protection des aires marines protégées françaises, en prévision de la troisième Conférence des Nations unies sur l’océan, qui doit se tenir à Nice du 9 au 13 juin.
Contacté par Reporterre, Philippe Spadotto, l’un des cinq militants placés en garde à vue le 28 mai, précise que le groupe avait pris soin d’utiliser une bombe à craie s’enlevant à l’eau et de coller ses affichettes avec de la colle faite à partir de farine. Ils avaient par ailleurs fait attention à ne pas viser des monuments historiques ou des immeubles d’habitation.
Ils ont été interpellés alors qu’ils faisaient des collages dans le quartier de la Libération. Malgré leurs demandes, leur avocate, Marie Dosé, n’a pas été avertie de leur garde à vue par les forces de police, ce qui est contraire aux droits de la défense. Dans Nice-Matin, le parquet se justifie en évoquant « une erreur de numéro ».
Réponse policière « disproportionnée »
« On était dans des cellules dégradées, à dormir sur des dalles de béton couvertes d’un matelas peu épais, avec seulement deux couvertures pour quatre [l’une des militantes ayant été placée dans une autre cellule], raconte Philippe Spadotto. Pour aller aux toilettes, il fallait taper pendant quinze minutes, trente parfois. »
Le lendemain, les membres du groupe ont été menés à leurs domiciles pour une perquisition. « J’étais toujours menotté, et les policiers étaient en armes. Ils sont restés 40 minutes chez moi, ils ont lu des courriers personnels, pris des photos et une carte SD », poursuit ce professeur d’histoire-géographie. Un tel niveau de répression est « inédit » pour des militants de Greenpeace, note celui qui est aussi référent océan de l’antenne locale de l’association.
Les cinq bénévoles n’ont été libérés que le jeudi 29 mai au soir. Ils ont depuis reçu une convocation devant le délégué du procureur de la République. D’après Nice-Matin, le parquet projetterait de classer l’affaire, sous condition de versement d’une contribution citoyenne de 500 euros et d’une indemnisation de la mairie. Cette dernière, qui estime le coût des réparations à 1 548 euros, a porté plainte.
Philippe Spadotto dénonce une réponse policière « disproportionnée » à des fins « d’intimidation ». « C’est difficilement compréhensible, et en même temps peu étonnant. On observe une forme de fascisation de la société en France. »