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Pollutions

Centre de tri brûlé à Marseille : l’« hallucinant silence » des autorités

Le centre de tri des déchets de Veolia est à l'arrêt, partiellement détruit par l'incendie du 8 juillet 2025 des Pennes-Mirabeau à Marseille.

Le centre de tri des déchets de la métropole Aix-Marseille-Provence a été touché par l’incendie du 8 juillet. 800 m3 de plastiques et cartons triés sont partis en fumée. Avec quels risques pour la santé ?

Marseille et Les Pennes-Mirabeau (Bouches-du-Rhône), reportage

Quel cocktail toxique les Marseillais ont-ils respiré lors du spectaculaire incendie du 8 juillet ? Car les 750 hectares de garrigue des Pennes-Mirabeau, commune de la banlieue nord, ne sont pas les seuls à avoir brûlé : le centre de tri des déchets de la métropole Aix-Marseille-Provence, géré par Suez, a, lui aussi, été touché.

Il est désormais « à l’arrêt car une partie du process de tri (presse à balles, auvents de stockage des matières triées, locaux administratif, …) a été touchée », précisent Suez et la métropole dans une réponse conjointe à Reporterre. Sans indiquer quand il pourra reprendre son activité — en attendant, les déchets sont envoyés dans d’autres structures de la région. Un stock de « 800 mètres cubes environ » de « matières triées et conditionnées en balles » de cartons et plastiques est parti en fumée, indique l’entreprise.

Le feu a cerné la décharge exploitée par Suez. En contrebas, les bassins de rétention des lixiviats. © Emilio Guzman / Reporterre

Représentante CGT des agents de la métropole, en particulier des éboueurs, Véronique Dolot est en contact fréquent avec les autorités publiques locales. Elle a appris le sinistre par une journaliste de Marsactu — la catastrophe aurait en effet pu passer inaperçue si le site d’investigation ne s’en était pas fait l’écho. Elle ne décolère pas : « Je trouve ça hallucinant l’absence d’information sur un événement aussi grave. Les feux de déchets dégagent des dioxynes [une famille de polluants organiques persistants dans l’environnement]. C’est comme si un incinérateur sans filtre avait fonctionné. »

Silence des autorités

Baptisé Ecopole, le site de 55 hectares qui a été touché le 8 juillet se situe dans un vallon de la colline du Jas-de-Rhodes, sur la commune des Pennes-Mirabeau, au nord de Marseille. Le feu a touché uniquement le centre de tri, mais a épargné la décharge. Le 13 août, la terre noircie témoignait du passage du feu sur la pointe nord du site, là où se trouve le centre de tri, ainsi que dans la garrigue alentour à l’ouest et au sud. Camions et bulldozers s’affairaient, entourés de centaines de goélands intéressés par les ordures ménagères.

« Ça me fait beaucoup de peine de voir la colline comme ça », témoigne Stéphane [1], habitant d’un lotissement tout proche. Le jour de l’incendie, poussé par un fort mistral, « des brindilles enflammées tombaient du ciel. C’était une pluie de feu qui avait un effet napalm », poursuit-il. Les flammes sont parties d’une voiture en feu sur la bretelle d’autoroute joignant les autoroutes A55 et A7. Les habitants du secteur ont été évacués.

L’A55 au milieu de la colline sinistrée. Le 8 juillet 2025, le feu était parti plus au nord d’une voiture incendiée sur la bretelle faisant la jonction avec l’A7. © Emilio Guzman / Reporterre

À leur retour, les riverains ont constaté que le centre de tri avait été touché, sans que la métropole ou l’industriel ne leur apporte d’informations quant à de potentielles atteintes à l’environnement et à la santé. « Avec les encres des emballages et les plastiques, bien entendu que ça a dégagé des polluants, affirme Stéphane. Ce sont les Marseillais qui ont respiré ça puisqu’ils sont sous le mistral. Tout ne vient pas de Suez, car des plastiques, il y en avait aussi dans les maisons et les véhicules qui ont brûlé. »

Comment mesurer les effets sur la santé des locaux ? Ni les autorités, ni Suez n’ont répondu à ce sujet. La préfecture nous propose de solliciter l’agence régionale de santé (ARS), qui nous indique de nous adresser à... la préfecture.

Taux de particules fines sept fois supérieurs

Pour savoir ce à quoi la population marseillaise a été exposée, il aurait fallu des analyses de l’air dès le jour de l’incendie. Certes, le 8 juillet, Atmosud a analysé des concentrations de particules fines jusqu’à des niveaux sept fois supérieurs au seuil de qualité de l’air « extrêmement mauvaise » dans les quartiers les plus exposés. Mais ces mesures de l’organisme de contrôle de la qualité de l’air ne prennent pas en compte tous les types de polluants.

« Il n’y a pas de volonté politique, déplore Véronique Dolot. Pourtant, la métropole a sur son territoire un outil unique qu’elle peut solliciter, l’institut écocitoyen de Fos. » Réunissant scientifiques et citoyens pour une démarche innovante en science participative, l’institut a pour objet d’apporter une compréhension des pollutions. « Lors de l’incendie de l’incinérateur de Fos en 2013, on était parti dans la nuit faire des mesures », se souvient Véronique Dolot qui travaillait alors pour l’institut. Ce dernier n’a pas répondu à nos questions à l’heure où nous publions ces lignes.

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