Au Carnet, les opposants restent déterminés après un weekend de mobilisation

Durée de lecture : 4 minutes

2 septembre 2020 / Héloïse Leussier (Reporterre)



Environ un millier de personnes ont participé à un weekend de mobilisation contre le projet industriel au Carnet, dans l’estuaire de la Loire. Certains opposants sont restés sur place alors que le Grand Port maritime de Nantes-Saint-Nazaire pourrait lancer les travaux d’extension.

  • Nantes (Loire-Atlantique), correspondance

La mobilisation contre le projet industriel au Carnet monte en puissance. Un rassemblement festif a eu lieu à proximité immédiate du lieu concerné par le projet, ainsi qu’une manifestation sur le site, les 29 et 30 août. Objectif : empêcher le Grand Port maritime Nantes-Saint-Nazaire de bétonner 110 hectares de zone naturelle dans l’estuaire de la Loire pour accueillir des entreprises liées aux énergies marines renouvelables. « Tout s’est très bien passé, nous avons passé des moments très conviviaux, il y a eu beaucoup de passage. Des gendarmes étaient présents pour empêcher les véhicules d’entrer sur le site, mais il n’y a pas eu d’interpellation », relate Chaton, du collectif Stop Carnet. Dimanche, des festivaliers de Zadenvies, à Notre-Dame-des-Landes, à une soixantaine de kilomètres, sont venus rejoindre le cortège, qui a rassemblé plus d’un millier de personnes selon les participants.

En face, le Grand Port maritime Nantes-Saint-Nazaire continue d’afficher sa détermination à bétonner le site, avec 500.000m3 de remblais. Le directeur du port a prôné dans la presse locale « le dialogue » mais a réitéré sa volonté de faire venir au Carnet des entreprises à « l’avant-garde des énergies, sur de nouvelles technologies.

En aval du Carnet, le Grand port martime de Nantes-Saint-Nazaire.

On ne sait toujours pas si des entreprises sont intéressées, mais le préfet et la présidente de région, Christelle Morançais, ont signé le 25 août un avenant de 6,252 millions d’euros au contrat de plan État-région, pour développer plusieurs projets du Grand Port maritime, dont le site du Carnet. Cet aménagement « traduit concrètement l’écologie positive que nous défendons : une écologie de la croissance qui innove, qui développe les énergies renouvelables et qui crée les emplois de demain », s’est félicité Christelle Morançais (Les Républicains, LR), tout en mettant en avant la création d’un millier d’emplois.

Des barricades ont été dressées sur les deux routes principales menant au Carnet

Les opposants au projet craignent de se voir imposer cette « écologie positive » à coup de pelleteuse. La semaine précédant la mobilisation, le Grand Port a fait savoir par une affiche qu’il menait au Carnet des travaux contre une plante envahissante, la Baccharis, avec des mini-pelles et des chariots. « De l’entretien pur et simple », selon les mots du directeur du Grand Port dans la presse. Mais Stop Carnet ne l’entend pas de cette oreille. « Normalement, ces travaux pourraient se faire avec une simple débroussailleuse. Même si ce ne sont pas des travaux d’aménagement, ces travaux d’enlèvement des plantes sont une première étape nécessaire à l’avancement du projet. Nous voulons à tout prix les empêcher », explique Chaton.

Craignant de voir débarquer des engins de chantier, des opposants au projet ont décidé d’occuper l’entrée du site dès dimanche soir. Certains étaient toujours sur place ce mardi. Des barricades ont été dressées sur les deux routes principales menant au Carnet. Une page Facebook (Zad du Carnet) et un appel à soutien matériel ont été lancés. Pour l’instant (soir du mardi 1er septembre), aucune intervention policière n’a été signalée. Mais la confrontation semble peu évitable, puisque pour empêcher la dissémination des graines de Baccharis, il faut théoriquement que les travaux d’enlèvement se déroulent avant l’automne.

L’ancienne île du Carnet se compose d’une mosaïque de paysages, mêlant roselières et prés salés. On y recense 116 espèces protégées, et certaines parties du lieu sont classées « zone naturelle » ou « espace remarquable ».

Concernant la suite des aménagements, le Grand Port a fait savoir qu’un ponton d’Airbus devrait être installé en 2021 pour servir de quai. Quant au fameux parc « écotechnologique », il serait prévu pour 2022-2023. Avant cela, les différents collectifs impliqués dans cette lutte, comme XR (Extinction Rebellion) Nantes et Notre-Dame-des-Landes Poursuivre ensemble, comptent bien essayer de rallier un maximum de personnes à leur cause. Beaucoup espèrent pouvoir revivre la victoire des années 1990 quand une énorme mobilisation avait permis d’empêcher l’installation d’une centrale nucléaire au Carnet. Mais pour cela, il faudra être « forts et unis », rappelle Dominique Lelay, de NDDL Poursuivre ensemble. Par ailleurs, l’association Notre affaire à tous planche toujours sur de possibles recours contre ce projet, qui fait partie des sites sélectionnés par l’Élysée pour être livrés « clé en main » aux industriels grâce à des procédures accélérées.





Lire aussi : L’estuaire de la Loire menacé par le béton d’un projet industriel

Source : Héloïse Leussier pour Reporterre

Photos :
. chapô : @StopCarnet sur Twitter
. île du Carnet © Héloïse Leussier/Reporterre

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