Au Honduras, les assassins de l’activiste Berta Cáceres condamnés

Durée de lecture : 3 minutes

4 décembre 2018 /

Après un procès de six semaines dans la capitale hondurienne, Tegucigalpa, sept hommes ont été jeudi 29 novembre reconnus coupables du meurtre de Berta Cáceres, leader environnementaliste Lenca, un des peuples autochtones du pays. Elle a été abattue chez elle, le 2 mars 2016 à minuit, par deux hommes armés, pour s’être opposée au projet d’un barrage sur la rivière Gualcarque, dans l’ouest du Honduras par l’entreprise Desa. Les Lencas considèrent le fleuve comme sacré et son eau est indispensable à leur survie.

Le tribunal a jugé que le meurtre avait été ordonné par les dirigeants de la société du barrage, Desa, en raison des retards et des pertes financières liés aux manifestations dirigées par Berta Cáceres. Les assassins payés pour tirer sur Cáceres et ceux qui ont organisé le crime ont été condamnés, mais les commanditaires du meurtre restent pour l’instant dans l’impunité.

Deux des condamnés sont liés à Desa : Sergio Rodríguez Orellana, directeur du développement social et environnemental de l’entreprise, et Douglas Bustillo, lieutenant à la retraite de l’armée hondurienne qui avait occupé le poste de chef de la sécurité de la société mais en était parti avant la mort de Berta. Cinq autres personnes, dont Mariano Diaz, un commandant de l’armée hondurienne, ont également été condamnées. Un autre accusé, le frère de l’un des accusés, a été acquitté.

Le directeur général de Desa, David Castillo, arrêté en mars 2018, sera jugé séparément. L’entreprise continue de nier toute implication et a déclaré que MM. Castillo et Rodríguez, les deux dirigeants travaillant pour Desa au moment du meurtre, avaient été accusés et condamnés à tort.

Le sang coule toujours au Honduras 

Le procès, qui avait commencé le 17 septembre, s’est déroulé sans représentation légale pour les victimes, car le tribunal avait exclu les avocats de la famille de Berta et de Gustavo Castro, blessé lors de l’attaque. Ils accusaient les trois juges de partialité et d’abus de pouvoir et avaient demandé qu’ils soient récusés et remplacés, parce qu’une série de décisions et d’omissions au cours des audiences préliminaires rendaient la procédure irrégulière et démontraient une partialité à l’égard des victimes. En août dernier, le procureur général avait été obligé d’admettre que les enquêteurs n’avaient pas analysé de nombreux téléphones portables, tablettes, ordinateurs, disques durs, documents et même une arme à feu et des balles confisquées lors des arrestations et des perquisitions plus de deux ans auparavant.

Le tribunal a aussi refusé d’appeler à la barre, à titre de témoins, les dirigeants de Desa, dont certains membres de la famille Atala Zablah, l’un des clans les plus puissants du Honduras. Les juges avaient aussi interdit la retransmission vidéo du procès, mais une équipe d’observateurs juridiques internationaux a été autorisée à suivre les débats.

Malgré l’indignation internationale suscitée par le meurtre de Berta Cáceres, le sang coule toujours au Honduras. Le 29 novembre, un activiste environnemental, Reynaldo Reyes Moreno, a été tué par deux assassins à moto. Il dirigeait la lutte d’une petite communauté contre un vaste projet solaire financé au niveau international dans le sud du Honduras et imposé par l’État hondurien sans la consultation obligatoire des communautés locales.

Laura Zúñiga, la plus jeune fille de Berta Cáceres, a déclaré, à la fin de l’audience : « Pour en finir avec ces meurtres, il faut en finir avec l’impunité des auteurs de ces crimes. Notre combat pour la dignité, la vérité et la justice ne s’arrête pas là. Nous continuerons à nous battre. »

  • Source : Élisabeth Schneiter pour Reporterre
  • Photo : © Claudia Korol


Lire aussi : Deux ans ans après l’assassinat de Berta Cáceres, le Honduras violente toujours les écologistes


16 janvier 2020
Européens, Étasuniens et Chinois prévoient de moins prendre l’avion en 2020
Lire sur reporterre.net
15 janvier 2020
Les militants de Greenpeace qui s’étaient introduits dans la centrale de Cattenom condamnés à des amendes
Lire sur reporterre.net
15 janvier 2020
2019, deuxième année la plus chaude de l’histoire
Lire sur reporterre.net
15 janvier 2020
Huit décrocheurs de portraits condamnés en appel
Lire sur reporterre.net
14 janvier 2020
85 % des endives sont des OGM, dénonce la Confédération paysanne
Lire sur reporterre.net
14 janvier 2020
De la pluie attendue dans des régions australiennes touchées par les feux
Lire sur reporterre.net
14 janvier 2020
Open de tennis d’Australie : une joueuse abandonne à cause de la qualité de l’air
Lire sur reporterre.net
14 janvier 2020
L’ONU veut protéger au moins 30 % de la planète d’ici 2030
Lire sur reporterre.net
13 janvier 2020
Extinction Rebellion, une « idéologie extrémiste » selon la police antiterroriste britannique
Lire sur reporterre.net
13 janvier 2020
Au Canada, une Nation première s’oppose à la construction du gazoduc Coastal GasLink
Lire sur reporterre.net
11 janvier 2020
Le gouvernement prolonge un permis de recherche d’hydrocarbures en France
Lire sur reporterre.net
10 janvier 2020
Le photojournaliste Jean Segura relâché sans charges après une journée de garde à vue
Lire sur reporterre.net
10 janvier 2020
Foot : à chaque arrêt, le gardien australien Mathew Ryan fera un don pour la lutte contre les incendies
Lire sur reporterre.net
10 janvier 2020
Contre l’inaction climatique, des marches réunissent des milliers de personnes dans neuf villes
Lire sur reporterre.net
8 janvier 2020
Un milliard d’animaux morts, 2.000 maisons détruites
Lire sur reporterre.net




THEMATIQUE    Luttes
16 janvier 2020
Australie : les savoir-faire aborigènes, une solution contre les mégafeux
Entretien
16 janvier 2020
Le nucléaire, bon pour le climat ? Orano poursuivi pour « publicité mensongère »
Info
8 janvier 2020
En Australie, « même des forêts tempérées partent en fumée »
Entretien


Sur les mêmes thèmes       Luttes





Du même auteur