« Avant, le remplacement aurait coûté quelques centaines d’euros » : la réparation des voitures désormais hors de prix
L’association Sécurité et réparation automobiles pointe l’envolée des coûts de réparation après un sinistre : + 29,9 % entre 2021 et 2025. Ici, dans un garage de l'association Ciel à Mourenx, dans le Pays basque, en juin 2023. - © Gaizka Iroz / AFP
L’association Sécurité et réparation automobiles pointe l’envolée des coûts de réparation après un sinistre : + 29,9 % entre 2021 et 2025. Ici, dans un garage de l'association Ciel à Mourenx, dans le Pays basque, en juin 2023. - © Gaizka Iroz / AFP
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Capteurs, caméras, pièces monoblocs… La sophistication des véhicules fait exploser les coûts après accident. Au risque de fragiliser un modèle longtemps fondé sur le « tout-réparable ».
Les voitures sont-elles en train de devenir trop coûteuses à réparer ? Dans son dernier rapport, l’association Sécurité et réparation automobiles (SRA), émanation des assureurs, pointe l’envolée des coûts de réparation après un sinistre : +29,9 % entre 2021 et 2025, soit plus du double de l’inflation globale sur la même période. L’évolution fait peser des menaces de fin de vie prématurée sur nos véhicules, qu’ils soient thermiques ou électriques.
En cause, la complexification des voitures, désormais bardées de caméras et capteurs. En cas de collision, davantage de pièces sont abîmées, et il peut s’agir d’éléments électroniques coûteux. Or, les pièces de rechange pèsent pour la moitié du coût total des réparations. Deuxième poste de coût qui s’envole, la main-d’œuvre (un tiers du coût total) : « Avec un plus grand nombre de pièces sur les voitures, la réparation nécessite davantage de temps de démontage et remontage. Et le travail requiert un personnel plus qualifié », explique à Reporterre Alexandre-Stéphane Haas, directeur de SRA.
« Autrefois, le remplacement n’aurait souvent coûté que quelques centaines d’euros »
Ainsi, le changement d’un pare-brise ne se résume plus à remplacer le vitrage. Il nécessite aussi de recalibrer la caméra, présente derrière le pare-brise sur tous les modèles récents pour l’assistance à la conduite (détection d’obstacles, lecture des panneaux de signalisation…). Dans une étude publiée au mois de février, l’Adac, automobile-club allemand, a chiffré le coût de plusieurs réparations standard pour vingt modèles. Le remplacement du pare-brise dépasse 1 500 euros pour quatorze d’entre eux, dont cinq sont même au-delà des 2 000 euros.
« Autrefois, le remplacement n’aurait souvent coûté que quelques centaines d’euros », commente l’Adac. Outre-Rhin, la seule opération de recalibrage des caméras coûte plus de 800 euros sur une Golf (Volkswagen), précise l’organisme. Autre dérive coûteuse pointée par l’Adac : certains constructeurs interdisent de repeindre un pare-choc abîmé au motif que la couche de peinture supplémentaire pourrait perturber les capteurs installés juste derrière. Le remplacement complet est alors préconisé.
Le « tout-réparable » remis en question
Cette spirale technologique est en partie la conséquence d’obligations réglementaires : de nombreux systèmes d’aide avancée à la conduite (ou Adas pour Advanced driver assistance system, en anglais) sont obligatoires, notamment au titre de la norme européenne de sécurité dite « GSR 2 », en vigueur depuis juillet 2024. La montée en gamme est aussi le fait des constructeurs. Ils rivalisent par exemple d’innovations sur les phares, dont le remplacement coûte de plus en plus cher.
« Historiquement, l’automobile est un secteur du tout-réparable, où les interventions sont prises en charge par un réseau après-vente très développé, et où il est même possible de réparer soi-même. Mais c’est en train d’être remis en question », déplore Julie Caillard, chargée de plaidoyer à l’association Halte à l’obsolescence programmée (HOP).
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L’association s’inquiète depuis deux ans de « l’obsolescence accélérée » des voitures. « Les pièces sont de plus en plus souvent d’un seul bloc pour réduire les coûts de fabrication. Si un phare est juste abîmé, il faut changer tout le bloc qui inclut des capteurs », ajoute-t-elle.
La montée en puissance des voitures électriques pourrait aggraver le problème. Selon l’observatoire SRA, leur réparation coûte 15,4 % de plus que la moyenne. L’association HOP s’inquiète notamment de la difficulté, voire de l’impossibilité, de changer un module de batterie : cela peut obliger à remplacer l’ensemble de la batterie en cas de problème, pour un coût potentiellement rédhibitoire.
Au final, un véhicule à réparer peut plus rapidement se retrouver à la casse. L’observatoire SRA, qui s’appuie sur deux millions de rapports d’expertises post-collision, chiffre à 11,6 % la proportion des véhicules économiquement irréparables [1] en 2025. Après des années de baisse, ce taux est en hausse notable depuis deux ans (+2,3 points en deux ans). « C’est une tendance que nous surveillons », souligne Alexandre-Stéphane Haas, même s’il y voit aussi une conséquence du vieillissement du parc automobile.