Blocage de BlackRock : deux activistes encourent de la prison ferme

Durée de lecture : 3 minutes

24 juin 2020



Amil et Michael, deux militants écologistes de 33 et 43 ans en sont certains : leur procès est politique. Les deux hommes sont poursuivis par la justice pour avoir participé le 10 février dernier à une action de Youth for Climate dans les locaux de BlackRock, à Paris. Une centaine de militants avaient occupé et tagué les bureaux de cette multinationale, connue pour être le plus important gestionnaire d’actifs au monde. Parmi les 17 interpellations survenues ce jour-là, seuls Michael et Amil auront un procès, les autres ayant écopé d’amendes ou de rappels à la loi.

Michael est accusé d’avoir filmé des dégradations, et Amil est poursuivi pour complicité de dégradation et refus de prélèvement d’empreintes génétiques. Ce dernier a également été arrêté le 30 mai dernier pour avoir participé au blocage non déclaré des Champs-Élysées par des militants d’Extinction Rebellion. Il est soupçonné d’en être l’organisateur. Michael encourt deux ans de prison ferme et 20.000 euros d’amende, tandis qu’Amil risque jusqu’à cinq ans de prison ferme et 75.000 euros d’amende. « Est-ce que pour de la peinture sur les murs à BlackRock on doit encourir cinq ans de prison ? Je pense que c’est disproportionné », réagit Maître Alexis Baudelin, un des avocats d’Amil.

Le procès de ces deux activistes, initialement prévu ce mercredi 24 juin, a été reporté au 4 novembre 2020, à la demande de la défense, qui estime que le dossier de l’affaire est incomplet. Les deux hommes justifient leur présence à cette action en expliquant que BlackRock est devenu pour eux et pour les mouvements sociaux et écologistes « l’ennemi numéro un ». Les militants accusent notamment la multinationale de bénéficier de la réforme des retraites prévue en France, et de diriger ses investissements vers des entreprises polluantes. « L’idée était de réveiller les gens par rapport à cette cible qui n’est quasiment pas connue, argumente Amil. Plein de gens, après cette action, ont commencé à se renseigner sur les activités de BlackRock. »

Amil et Michael ne comprennent pas pourquoi ils sont les deux seules personnes à passer devant un tribunal. Selon Amil, la justice voudrait « clouer au pilori » les militants s’attaquant spécifiquement à BlackRock. « Les forces de l’ordre n’imaginaient pas que cette action puisse être organisée par des jeunes, pense également Michael, qui a connu le militantisme récemment, grâce au mouvement des Gilets jaunes. Ils ont interpellé les plus vieux, c’est-à-dire Amil et moi. À cause de notre âge et parce qu’on est souvent sur le terrain, ça a joué contre nous. »

Depuis plusieurs mois, Maître Alexis Baudelin observe une augmentation des poursuites contre certains militants. « On ne se contente plus de rappels à la loi, on va vraiment au procès désormais », explique-t-il. Selon lui, celui d’Amil et de Michael est une manière de montrer l’exemple, de « tuer dans l’œuf tout mouvement de contestation, pour dire aux autres “si vous allez dans ce sens-là, regardez ce qui va vous arriver”. »

« Je vais assumer totalement ce que j’ai fait, prévoit Amil, en vue de son audience le 4 novembre. Le coupable n’est pas le peuple qui se révolte, c’est ces grosses multinationales et l’État qui est en collusion totale avec elles. Je vais leur expliquer pourquoi nous avons fait ça, on n’a pas eu l’envie de peindre un bâtiment pour peindre un bâtiment. Non, il y a de réels problèmes dans ce système et nous voulons que ça change. »

  • Source : Justine Guitton-Boussion pour Reporterre
  • Photo : Amil et Michael devant le tribunal de Paris, le 24 juin. © Justine Guitton-Boussion/Reporterre





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