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Forêts

Budget 2025 : une alliance de députés gauche-droite pour préserver les forêts

Une coalition de députés de partis de droite comme de gauche va proposer des amendements pour une forêt plus durable.

Favoriser la sylviculture écologique, renforcer l’Office national des forêts… Des amendements à la loi de finances vont être déposés par des députés de droite et de gauche. Ils ne prévoient pas de dépenses supplémentaires.

L’urgence de préserver les forêts et de faire bifurquer la politique française en la matière rassemble au-delà des clivages partisans. Mardi 22 octobre à l’Assemblée nationale, alors que les députés s’écharpaient sur le projet de loi de finances (PLF) pour 2025, cinq députés Les Écologistes, Renaissance, Horizons, Parti socialiste et La France insoumise étaient réunis autour de l’association Canopée pour proposer un virage à 180 degrés du plan forêt cher à Emmanuel Macron. Ils ont annoncé leur intention de déposer des amendements visant à réorienter, dans le budget 2025, les 195 millions d’euros prévus pour ce plan forêt, vers des mesures d’urgence. Et ce, sans engager un euro de dépense supplémentaire.

Cet argent est aujourd’hui dédié à un plan de restauration qui favorise les coupes rases, une pratique détruisant totalement le tissu forestier, et particulièrement néfaste à la biodiversité. 87 % des projets de plantation sont précédés par une coupe rase, estime Canopée, dans un rapport sur le volet forestier du plan de relance, paru en 2022. « C’est le fameux milliard d’arbres que le président de la République veut planter. C’est un beau slogan, mais c’est inefficace, dangereux et coûteux », résume Sylvain Angerand, coordinateur des campagnes à l’association.

Ce constat, déjà ancien, est partagé de plus en plus largement. « Le département de la Corrèze, dirigé par les Républicains, vient de décider une limitation des coupes rases dans le cadre de son plan départemental de la gestion de l’eau », fait par exemple valoir Étienne Roger, expert forestier et membre de l’association Pro Silva France, invité comme témoin par l’association Canopée.

Face à la stratégie gouvernementale, cette coalition associative et politique propose trois mesures pour mettre la politique française des forêts au diapason de l’urgence climatique :

1 — Sauver la prévention incendie

Le gouvernement prévoit actuellement une suppression des crédits dédiés aux actions de prévention des feux de forêts en 2025. Deux ans après un été marqué par la destruction de 60 000 hectares de forêts françaises dans des incendies, cette mesure est accueillie avec consternation.

« On programme l’abandon, c’est la chronique d’un désastre annoncé », soupire le syndicaliste Patrice Martin, secrétaire général du Snupfen-Solidaires à l’Office national des forêts.

2 — Soutenir une sylviculture durable

Les crédits du plan forêt réaffectés pourraient servir également à baisser les impôts sur certaines activités de sylviculture écologique. Il faut prendre le virage de la « sylviculture mélangée à couvert continu », insiste Canopée. Les « prélèvement dosés », consistant à couper un arbre sur cinq pour laisser les autres grandir, au lieu des coupes rases, permettraient de « trouver le bon compromis entre régénération naturelle et maximisation de la production de bois », détaille Étienne Roger.

La sylviculture douce est dix fois moins coûteuse que le schéma reposant sur les coupes rases et les plantations dites « en plein », qui confinent à la monoculture d’arbres, dit Sylvain Angerand. « Le problème, c’est qu’en sylviculture, on se projette à un horizon de 150 ans », regrette Patrice Martin.

La coalition de députés et d’associations souhaite notamment flécher les aides vers les scieries capables de transformer les feuillus, afin que la filière française de bois soit alignée sur la diversité des essences, vitale à la biodiversité et à la lutte contre les effets du changement climatique. Le nombre de scieries a chuté de 15 000 à 1 500 entre 1960 et aujourd’hui, a souligné Hubert Ott, député Modem du Haut-Rhin.

Les crédits réaffectés pourraient également financer des machines moins destructrices pour le sol, voire des interventions à cheval. Ou aider à tracer des cloisonnements entre les parcelles forestières pour permettre la circulation des engins et limiter leurs dégâts sur les sols.

3 — Remplumer l’ONF, service public vital

L’Office national des forêts, déjà amputé de 40 % de ses effectifs en vingt-cinq ans, doit encore perdre 95 agents l’an prochain. Le plan proposé par Canopée prévoit d’inverser la tendance en recrutant 478 agents.

« On a perdu notre capacité opérationnelle, regrette Patrice Martin. Or, avec le changement climatique, nous avons besoin d’une gestion et d’une observation beaucoup plus fine des peuplements. Les schémas sont totalement remis en cause ». C’est ce qu’a souligné la Cour des comptes dans un rapport publié le 24 septembre. Il attire également l’attention sur la nécessité de recrutement au statut de fonctionnaire, le seul qui offre aux agents le permis de port d’arme et des pouvoirs de police.

Une alliance transpartisane au long cours

Les cinq députés présents ce mardi ont pris l’habitude de travailler ensemble dans le cadre de la commission Développement durable de l’Assemblée et de la mission d’information sur l’adaptation au changement climatique de la politique forestière, qui contenait une partie des propositions présentées ce mardi. En un an, deux projets de lois transpartisans ont également été déposés.

« La situation est très inquiétante, le changement climatique accélère le dépérissement des arbres et impacte leur croissance », dit Chantal Jourdan, députée socialiste de l’Orne. La dernière proposition de loi a été abandonnée avec la dissolution, mais des discussions sont en cours pour la ressusciter.

« Les forêts sont notre assurance-vie et elles vont mal »

Les amendements doivent désormais être déposés pour être examinés avec le volet dépenses du PLF, à partir du 8 novembre. Mais le consensus apparent n’écarte par le risque qu’ils soient rejetés. « Nous avons notre liberté de parole, mais nous n’engageons pas la totalité de nos groupes respectifs », dit Anne-Cécile Violland, députée Horizons de Haute-Savoie.

La menace d’un 49.3, qui enverrait tout le travail parlementaire à la corbeille, pèse aussi sur les discussions. Mais le temps du débat budgétaire doit permettre à Canopée de convaincre l’exécutif du fondement de ses arguments. «  L’an dernier, plusieurs des amendements que nous avions proposés ont été conservés par le gouvernement après le 49.3 », note Bruno Doucet de Canopée.

« Les forêts sont notre assurance-vie et elles vont mal », insiste Marie Pochon, député écologiste de la Drôme, regrettant la disparition, au sein du gouvernement de Michel Barnier, du secrétariat d’État à la biodiversité. « C’est un sujet dont nous ne mesurons pas forcément l’importance. L’effondrement de la biodiversité, qu’on peut assimiler à une extinction de masse, se passe en ce moment, abonde Hubert Ott. Et les forêts jouent un rôle essentiel. »

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