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Alimentation

Casino accusé de raser l’Amazonie pour vendre des steaks

Des incendies criminels contribuent régulièrement à la déforestation de l'Amazonie, au bénéfice des éleveurs de bœufs.

Le groupe Casino aurait, selon un rapport, causé la déforestation de plusieurs dizaines voire centaines de milliers d’hectares au Brésil entre 2018 et 2023 pour produire de la viande de bœuf. Et ce malgré son devoir de vigilance.

Plus de 500 000 hectares. C’est l’ampleur de la déforestation menée par Casino au Brésil selon un rapport publié le 23 avril par l’Instituto Centro de Vida (ICV), une ONG spécialisée dans l’analyse des dégâts éco-environnementaux des chaînes d’approvisionnement en viande et en soja. Un chiffre a minima : les coupes pourraient s’étendre jusqu’à 50 fois la taille de la capitale française.

L’ICV estime que, de 2018 à 2023, « entre 106 313 et 526 459 hectares de différents types de végétation indigène ont été perdus en raison de la conversion en pâturages nécessaires à la production de la quantité de viande bovine vendue par le groupe Casino ». Soit la perte annuelle moyenne de 87 743 hectares de végétation naturelle, de forêt et de savane en Amazonie provoquée par le propriétaire des enseignes Franprix, Naturalia et Monoprix.

Une alerte donnée dès 2019

Cette déforestation aurait eu lieu alors que Casino était tenu d’appliquer son devoir de vigilance dans la région, qui oblige les grandes entreprises à prévenir les risques environnementaux et sociaux liés à leurs activités. Jusqu’en respectivement 2022 et 2023, le groupe assurait le contrôle effectif de deux sociétés locales, Assaí, une enseigne de vente de gros, et Grupo Pão de Açúcar (GPA), filiale de Casino.

Or dès 2019, un rapport de l’ONG l’Envol Vert estimait que 56 000 hectares avaient été déforestés par des fermes approvisionnant Casino. L’entreprise française est depuis visée par une plainte déposée par onze ONG et associations autochtones devant le tribunal judiciaire de Paris pour non-respect de la loi sur le devoir de vigilance.

« 573 256 tonnes de viande bovine entre 2018 et 2023 »

Le rapport publié aujourd’hui par ICV dévoile que la déforestation provoquée par les activités de Casino serait encore plus importante que celle évaluée en 2019. Pour estimer les coupes liées à la chaîne d’approvisionnement du groupe, son autrice, la docteure en sciences de la terre Raquel Carvalho, a croisé les données de l’Agence brésilienne d’approvisionnement alimentaire (Conab) et celles de l’Association brésilienne des distributeurs (Abras) pour évaluer les volumes de viande commercialisés en Amérique du Sud par l’enseigne française. Soit « 573 259,95 tonnes de viande bovine entre 2018 et 2023 », conclue-t-elle.

À partir de cette estimation, Raquel Carvalho s’est appuyée sur la productivité moyenne des pâturages brésiliens pour évaluer la surface nécessaire à la production annuelle du groupe français. Puis, en se basant sur les données de conversion de l’occupation des sols de la base de données MapBiomas, la chercheuse a calculé que, de 2018 à 2023, entre 106 313 et 526 459 hectares « ont été détruits en lien avec la chaîne d’approvisionnement en viande bovine du groupe Casino ».

Manque de transparence

Raquel Carvalho attribue cette large fourchette au manque de transparence du mastodonte de la grande distribution. Elle relève l’absence d’informations transmises par GPA et Assaí sur la localisation des fermes, la superficie des pâturages, les modes de productions de la viande et le flou des chiffres présentés par Casino.

L’ICV a sollicité Casino à l’automne 2024 pour lui partager ses résultats et demander des éclaircissements. L’enseigne a refusé de répondre sur le fond et affirmé avoir « toujours fait preuve de la plus grande diligence dans la conduite de ses activités au Brésil en matière de respect des droits humains et de l’environnement, et en particulier dans la lutte contre la déforestation ». Sollicité par Reporterre, Casino n’a pas commenté cette étude qui tisse le lien entre ses activités et la déforestation du Brésil.

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