Claire Nouvian : « Il faut en finir avec la méthode de pêche la plus destructrice de l’histoire »

Durée de lecture : 3 minutes

10 décembre 2013 / Hélène Harder et Hervé Kempf (Reporterre)

Le Parlement européen a rejeté aujourd’hui un réglement visant à interdire le chalutage profond. Une méthode de pêche qui ravage pourtant les fonds océaniques. Claire Nouvian dirige Bloom, une des principales associations écologistes à lutter contre ce gaspillage. Elle répond en vidéo aux questions de Reporterre.


Ce mardi 10 décembre, le Parlement européen devait prendre une décision importante sur une proposition de réglement interdisant une méthode destructrice de pêche, le chalutage en eau profonde. La mauvaise nouvelle est tombée en fin de matinée : rejet à 342 voix contre 326.

Depuis plusieurs années, une bataille est engagée par quelques groupes écologistes pour mettre un terme à cette forme de pêche. En pointe, l’association Bloom, dont Claire Nouvian est la directrice. Nous sommes allé l’interroger. Avec trois grandes questions : quel est l’effet sur les écosystèmes du chalutage profond, où en est la bataille réglementaire, et que peut faire le consommateur.

Les effets sur l’écosystème du chalutage profond

Claire Nouvian explique ici cette méthode de pêche : des chaluts énormes, qui raclent le fond océanique. « C’est comme un énorme bulldozer tiré par un gros bateau. Une bouche béante avale tout sur son passage ». Le tri se fait à bord du navire : pour trois espèces conservées, jusqu’à cent sont rejetées à la mer. Tout ceci a des conséquences graves sur les espèces du fond, qui sont fragiles : certaines ont perdu jusqu’à 80 % de leurs effectifs. « C’est la méthode de pêche la plus destructrice de l’histoire, qui détruit ce qui, avec la forêt tropicale, le plus grand écosystème de la Terre, le plus grand réservoir d’espèces sur Terre ».

La bataille réglementaire

Le chalutage profond est déjà interdit dans l’océan austral, ainsi qu’aux Açores, aux Canaries et en Méditerranée. En Europe, seules l’Espagne et la France défendent cette forme de pêche. Cela ne concerne en France qu’une dizaine de navires, qui sont dont l’exploitation est d’ailleurs déficitaire. « Des officiels nous disent, ’On en a marre de travailler pour Intermarché’ ». Car cette chaine de distribution est le principal agent - et profiteur - de la pêche par chalutage profond.

Au demeurant, la pêche en eau profonde ne serait pas interdite par le réglement discuté le 10 décembre : la pêche à la palangre (longue ligne avec hameçons) resterait possible. Elle est beaucoup moins destructrice… et crée plus d’emplois que le chalutage profond.

Ce que peut faire le consommateur

Ne pas acheter les poissons issus du chalutage profond : grenadier de roche, lingue bleue, sabre noir. Ils se trouvent surtout chez Intermarché et chez Leclerc, à éviter, donc, et en restauration collective.

Et puis « réduisons la consommation de protéines animales : on n’a jamais autant mangé de protéines animales de toute l’histoire de l’homme. »

« On peut gaiement se détourner de ces poissons, en se disant qu’on contribue à quelque chose de valeureux ».

- Propos recueillis par Hélene Harder (réalisation et montage vidéo) et Hervé Kempf.


Compléments d’info :

- Le texte discuté au Parlement européen le 10 décembre 2013, à télécharger :

- Une explication du problème par la bande dessinée de Pénélope Bagieu


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Source : Hélène Harder et Hervé Kempf pour Reporterre.

Voir aussi : Des pingouins à l’assaut d’Intermarché contre la pêche en eau profonde.


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