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Politique

Climat : un référendum pour masquer l’inaction

Face au 150 citoyens, Emmanuel Macron a enchaîné lundi 14 décembre les contre-vérités pour justifier ses reniements. Rejetant la responsabilité de l’action sur « les comportements individuels », il a annoncé un référendum sur l’intégration de la préservation de l’environnement dans l’article 1 de la Constitution.

Le charme s’est rompu, le cœur n’y est plus. Lundi 14 décembre en fin d’après-midi, Emmanuel Macron a convoqué les membres de la Convention citoyenne pour le climat au palais d’Iéna à Paris. Le chef de l’État espérait reconquérir les esprits mais il a dû affronter la fronde des citoyens et des citoyennes, très remontés face au détricotage de leurs propositions. Six mois après leur dernière rencontre dans les jardins de l’Élysée, les relations entre l’exécutif et les conventionnels se sont largement refroidies. Les petits fours et les sourires ont cédé la place aux reproches. Pendant près de quatre heures, lundi, les citoyens ont confronté le chef de l’État à la faiblesse de ses actes.

Christine : « Comment, en minorant nos propositions, vous pensez atteindre un objectif qui est aujourd’hui 15 % supérieur à celui sur lequel nous avons travaillé ? »

« Comment, en minorant nos propositions, vous pensez atteindre un objectif qui est aujourd’hui 15 % supérieur à celui sur lequel nous avons travaillé ? », s’est demandé Christine. « Êtes-vous climatocynique ou climatosceptique ? », s’est interrogé Paul.

Le ton était virulent, l’émotion palpable, les débats toujours prêts à exploser. « Nos mesures sont comme un arbre à planter. Quand nous vous l’avons présenté, il était très beau avec un feuillage touffu. Mais vous êtes en train de couper toutes les branches. Vous le défigurez ! Il ne va rester plus que le tronc », s’est emporté Pierre.

Voir la vidéo intégrale de la rencontre du lundi 14 décembre :

Tous les sujets ont été abordés par les citoyens : l’interdiction de la construction d’entrepôts Amazon, le moratoire sur la 5G, la régulation de la publicité, la fin des voitures les plus polluantes d’ici 2025, etc. Mais, face à ces questions concrètes, M. Macron n’a pas toujours répondu précisément et n’a pratiquement fait aucune annonce. Si le président de la République s’est dit favorable à la création de chèques alimentaires de produits bio et locaux pour les plus démunis, il a enterré plusieurs mesures phares de la Convention citoyenne comme l’obligation d’une rénovation globale des logements ou la fin de la publicité sur les produits polluants. Il a confirmé cependant que le projet de transformation d’EDF ne sera pas intégré au texte de loi, contrairement, à la réforme du Code minier.

Le président de la République : « Le changement se fera d’abordpar le citoyen consommateur »

Le chef de l’État a réaffirmé vouloir à tout prix éviter les mesures coercitives. Il a répété que l’écologie devait « être acceptable par les Français », et qu’il fallait « embarquer les gens ». « Je pense parfois qu’un interdit n’est pas la meilleure des choses », a-t-il poursuivi. Pour expliquer ses atermoiements, le chef de l’État a invoqué la crise liée au Covid-19. « Des milliers de PME sont entre la vie et la mort, la réalité de l’économie doit être prise en compte », a-t-il déclaré.

Plutôt que d’interdire des voitures fortement émettrices de gaz à effet de serre, Emmanuel Macron a dit préférer accélérer la conversion électrique des véhicules individuels via des « incitations ». Au lieu de taxer les produits alimentaires surtransformés ou très polluants, il a déclaré vouloir créer une application qui puisse informer les clients de l’impact carbone de ces produits. « Je pense que le changement se fera d’abord par le citoyen consommateur », a-t-il assuré.

La modification des comportements individuels est, en effet, le socle de l’écologie gouvernementale. Au cours du débat, alors que les citoyens critiquaient le fait que l’exécutif se soit assis sur le moratoire de la 5G, la ministre de la Transition écologique, Barbara Pompili a invité les membres de la Convention à « vider leur boite mail ». Une action qui serait déjà « un bon début », a-t-elle déclaré. « Plus personne ne conteste le fait qu’il faille fermer le robinet d’eau quand on se lave les dents. Nous devons faire la même chose avec le numérique ».

« C’est normal que l’administration de l’État puisse retravailler les mesures »

Emmanuel Macron a eu le culot de dire que «  la France a en quelque sorte mis en place un moratoire sur la 5G » puisque « nous sommes parmi les derniers pays à avoir implanté cette technologie. Nous avons déjà pris un retard énorme », a-t-il dit. Pour lui, « pas de réindustrialisation par le numérique, par d’internet des objets s’il n’y a pas de 5G ». La concurrence avec les pays européens a servi d’alibi pour évacuer nombre de mesures. Tout au long de son discours, le président de la République s’est souvent référé à l’Europe pour dire qu’il fallait d’abord que les propositions de la Convention soient adoptées à cette échelle-là. Emmanuel Macron s’est engagé à les défendre, notamment lorsque la France présidera l’Union européenne, pendant six mois, en 2022.

Pour la énième fois, M. Macron a changé de discours

Face aux critiques, le chef de l’État a dû aussi revenir sur la notion du « sans filtre ». Il a changé une énième fois de discours. Alors qu’il s’était engagé à plusieurs reprises, en janvier et en juin 2020, à transmettre les mesures au Parlement sans les modifier si elles étaient bien formulées, il a livré hier soir une tout autre interprétation : « Le sans filtre ne peut pas être une substitution au rôle du législateur et à celui du gouvernement », a-t-il annoncé. avant de juger « normal » que « l’administration de l’État puisse retravailler les mesures », faisant écho au travail en coulisses de l’administration révélé par Reporterre : «  il ne s’agit pas d’écarter totalement une proposition (…) mais d’en discuter et d’en étudier la faisabilité ».

« le référendum est un coup de poker qui cache l’ensemble des jokers »

C’est au bout de 3h30 de débats que le président de la République a annoncé la tenue d’un référendum pour modifier l’article premier de la Constitution et y intégrer la lutte contre le changement climatique. À une question d’un citoyen, il a confirmé que la modification proposée le serait dans les termes votés par la Convention (p. 416 du recueil de ses propositions) : « La République garantit la préservation de la biodiversité, de l’environnement et lutte contre le dérèglement climatique ». La nouvelle a suscité de nombreux applaudissements dans la salle. Après avoir été annoncée en juin, la proposition semblait avoir été repoussée aux calendes grecques. Le projet sera présenté en Conseil des ministres en même temps que la loi. Mais il devra recevoir ensuite un accord du Sénat, qui est loin d’être gagné.

De nombreuses associations écologistes ont vu dans cette annonce une manière de « masquer l’orientation globale du projet de loi », Pour Attac, « le gouvernement entérine la procrastination en matière de lutte contre le réchauffement climatique ». Les Amis de la terre dénoncent, de leur côté, « une manœuvre politicienne ». Chez Greenpeace, Clément Sénéchal juge que « le référendum est un coup de poker qui cache l’ensemble des jokers ».

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