Contre l’effondrement, il nous faut « reconquérir une contemplation joyeuse et décidée du monde »

Durée de lecture : 2 minutes

14 octobre 2019 / Hervé Kempf (Reporterre)

Partant de la célèbre phrase de Dostoïevski, « La beauté sauvera le monde », l’ancien grand reporter Jean-Claude Guillebaud exprime, dans un ouvrage optimiste, les mille raisons de s’émerveiller du spectacle du vivant.

C’est un appel optimiste à retrouver un regard étonné que lance ici Jean-Claude Guillebaud. Partant de la célèbre phrase d’un personnage de Dostoïevski, « la beauté sauvera le monde », l’ancien grand reporter exprime à partir de son expérience les mille raisons de s’émerveiller du spectacle du monde. C’est d’abord la nature que, depuis son refuge villageois non loin d’Angoulême, il observe : les blaireaux, sangliers, putois, genettes, fouines, couleuvres le passionnent, ces « habitants d’un monde d’avant », mais heureusement bien vivants pour qui a la patience de les regarder.

Le reporter se remémore aussi ses innombrables voyages, où tant de fois il a goûté le « surgissement de la beauté ». Car, comme le dit le poète Xavier Grall, « tout est fabuleux pour qui sait regarder ». Mais point besoin d’aller au bout du monde pour s’étonner : c’est en regardant la télévision que Guillebaud devenu fasciné par cette lucarne qui montre ce qu’« aucune génération avant la nôtre n’avait pu contempler d’aussi près et avec une telle précision » : « La somptuosité de notre planète et des vivants qui l’habitent. » Car le monde n’est pas fini, les limites n’en sont pas atteintes, tant qu’il y a encore à découvrir.

Dans l’espèce de conversation libre et plaisante qui fait le style de Guillebaud, il rappelle aussi qu’on peut s’émerveiller d’autre chose que des images, que le passé des grottes paléolithiques ou des cathédrales médiévales peuvent, par exemple, susciter le même sentiment, ou que les « belles personnes » font naître l’émotion de la lumière, tel, par exemple, ce puissant intellectuel, Cornelius Castoriadis, que notre époque redécouvre peu à peu. En fait, comme le disait Chesterton — que cite Guillebaud dont les lectures sont aussi innombrables que les arbres d’une forêt libre —, « ce ne sont jamais les merveilles qui manquent, mais la faculté de s’émerveiller ».

Pourtant le monde s’enlaidit, le capitalisme le détruit, l’angoisse de l’effondrement guette. Pour enrayer cette spirale désespérante, nous dit Guillebaud, autant que la lutte, il nous faut pratiquer ou « reconquérir une contemplation joyeuse et décidée du monde ». Soyons joyeux et décidés, pour préserver cette beauté, empêcher qu’elle se délite, en relisant ces mots puissants d’Albert Camus en 1957 : « Chaque génération, sans doute, se croit vouée à refaire le monde. La mienne sait pourtant qu’elle ne le refera pas. Mais sa tâche est peut-être plus grande. Elle consiste à empêcher que le monde se défasse. »




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Source : Hervé Kempf pour Reporterre

Photo :
. chapô : Pixnio (CC0)

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