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EntretienPolitique

Cyrielle Chatelain : « Avec le groupe écologiste, on espère faire interdire les polluants éternels »

Cyrielle Chatelain à l'Assemblée nationale, le 31 octobre 2023.

Revenu digne pour les agriculteurs, polluants éternels, suppression du 49.3... Cyrielle Chatelain, présidente du groupe écologiste à l’Assemblée, détaille les propositions qui seront défendues lors de leur niche parlementaire.

Les écolos prennent les rênes de l’Assemblée. Le 4 avril, le groupe des députés écologistes aura la main sur l’ordre du jour des séances de discussion. Les élus pourront proposer au vote les textes de loi qu’ils souhaitent. C’est ce qu’on appelle une « niche parlementaire ». Cyrielle Chatelain, présidente du groupe écologiste à l’Assemblée nationale, expose les sujets qui seront abordés durant cette journée.



Reporterre — Une fois par an, chaque groupe d’opposition parlementaire peut proposer au vote les textes de loi qu’il souhaite. C’est l’occasion de défendre votre vision politique. Quelle est votre stratégie ?

Cyrielle Chatelain — Les journées d’initiative parlementaire représentent à peine plus de onze heures de débat. Comme c’est un temps très court, il nous faut des textes concis et ciblés.

Nous sommes à un moment où le gouvernement est dans une sorte de capitulation volontaire sur les questions écologiques : le milliard d’euros enlevé à MaPrimeRénov’, la réduction d’ambition du plan Ecophyto… En contraste, on veut montrer que même en onze heures, on peut faire voter des lois ambitieuses, qui répondent à de vraies nécessités, et qui permettent de vrais changements.



Puisque c’est un moment très court, l’ordre de passage des textes est primordial. Pourquoi avoir choisi de présenter en premier un texte visant à lutter contre les PFAS (per et polyfluoroalkylées), surnommés polluants éternels ?

Les PFAS sont partout, dans les vêtements, les poêles, les éponges… Or ce sont des substances très résistantes, et on sait aujourd’hui qu’elles ont un impact sur la santé : risques de cancers, risques d’infertilité, etc.

C’est un travail de très long cours, mené par le député Nicolas Thierry avec l’ensemble du groupe. En juillet dernier, nous étions quatorze membres du groupe écologiste à faire tester nos cheveux pour voir la présence de polluants éternels. 100 % des députés en avaient dans leur corps.

Nicolas Thierry a ensuite fait un tour de France : il est venu dans chacune de nos circonscriptions, dans lesquelles on a aussi fait tester des cheveux d’habitants. Dans ma circonscription [en Isère], onze personnes sur douze testées avaient des polluants éternels dans leur corps. On voit bien que c’est une problématique généralisée sur tout le territoire.

C’est donc une priorité pour nous, et on espère obtenir une victoire. Le président de la République a dit vouloir mettre en place un plan de lutte contre l’infertilité : ceci est une solution. Si on veut réduire les risques d’infertilité, il faut réduire l’exposition à ce type de polluants. Je pense que c’est un sujet sur lequel on peut avancer, parce qu’il y a aussi des membres de la majorité qui travaillent dessus, et qui ont pu constater l’importance et la nécessité d’agir.



Le deuxième texte vise à garantir un revenu digne pour les agriculteurs. Vous évoquez depuis longtemps la mise en place de prix planchers, et Emmanuel Macron a repris cette mesure lors du Salon de l’Agriculture. Votre proposition va-t-elle plus loin, est-elle plus précise ?

Elle est plus précise, déjà parce qu’elle existe ! On veut sortir du flou dans lequel le gouvernement s’est mis après cette annonce, en traduisant concrètement cette mesure dans la loi. Sur ce sujet, des rapports, des analyses, on en a. Les agriculteurs, les syndicats, les parlementaires : on a tous énormément travaillé sur ce sujet. Ce n’est plus le moment de remettre un énième rapport, c’est le moment de légiférer.

A priori, on a un consensus politique sur la nécessité de garantir un revenu digne aux agriculteurs et d’instaurer un revenu plancher. Ce texte de loi vient donner la possibilité à ce consensus politique de se traduire dans la loi.

« Un agriculteur ne doit pas perdre de l’argent quand il vend ses produits »

Ça vient bien sûr répondre à la mobilisation paysanne qui mettait au cœur de ses revendications la question du revenu. Un agriculteur ne doit pas perdre de l’argent quand il vend ses produits. On voit aujourd’hui que 18 % des ménages agricoles vivent sous le seuil de pauvreté, nous sommes dans une logique d’accaparement de la plus-value, des richesses, par le secteur agro-industriel.

C’est un sujet sur lequel le gouvernement et le président de la République disent vouloir avancer. Là, on leur donne une possibilité de le faire. Je ne vois pas comment ce texte pourrait ne pas être adopté. Politiquement, ça me semble intenable de passer son temps à dire que la question agricole est importante, et de ne pas voter pour ce texte-là.



En revanche, on a du mal à imaginer que votre troisième proposition de loi, qui vise à supprimer l’article 49 alinéa 3 de la Constitution, puisse être actée…

On ne s’attend pas à ce que les soutiens du gouvernement votent une telle modification constitutionnelle, mais c’est important de poser la question du respect de la démocratie, et du respect du Parlement.

Ça fait un an et demi qu’on subit les 49.3. On arrive même à un stade où non seulement le dernier budget a été imposé par 49.3, mais dans ce cadre, le gouvernement a toute latitude pour rejeter des amendements adoptés par le Parlement, ou en intégrer d’autres pas adoptés. Il faut que ça s’arrête. Ce sont des pratiques antiparlementaires, qui affaiblissent la démocratie. Oui, Emmanuel Macron est le président de la République, mais il n’a pas de majorité. Il doit aller négocier avec les autres forces politiques, et aujourd’hui ce n’est pas fait.

Cette proposition de loi, c’est une manière de dire que ce n’est plus acceptable dans une démocratie. Pour arriver à une culture parlementaire, il faut enlever les outils comme le 49.3, qui sont des outils qui continuent à favoriser une verticalité du pouvoir.



Vous portez aussi un texte sur l’indépendance des médias. Pourquoi est-ce important pour le groupe écologiste de s’intéresser à ce sujet, et pas seulement à ceux de climat ou de biodiversité ?

Défendre le pluralisme et la liberté éditoriale, c’est permettre que la parole écologiste, que la parole de gauche, puisse exister. On voit bien que [le groupe de Vincent] Bolloré, par exemple, est un outil politique de désinformation, sur le climat comme sur l’avortement.

Si on veut pouvoir continuer à porter une parole fondée sur la science, sur les faits, on ne peut pas laisser des actionnaires comme Bolloré prendre la main sur les médias sans rien dire et sans rien faire. Notre proposition de loi vise à conditionner les aides publiques des médias à un droit d’agrément sur la nomination du directeur de la rédaction. C’est un texte sur lequel on espère pouvoir construire une position commune, parce que ce sont des protections indispensables à la liberté d’information et à la liberté d’expression.



Quels autres textes allez-vous également présenter — si vous en avez le temps ?

En cinquième position, nous avons une proposition de loi sur la question des objectifs climatiques. On va simplement proposer au gouvernement de reprendre ses objectifs et ses promesses qui ont été faites à l’oral — par exemple la sortie du charbon en 2027 — et de les inscrire dans la loi, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

Nous avons aussi une proposition de loi sur la protection de la santé menstruelle dans le monde du travail, sur les investissements des banques dans les énergies fossiles, et sur la dépénalisation de l’accès à la nature. Même si nous n’avions pas le temps d’en discuter, ce sont des sujets qu’on va continuer à porter. C’est déjà important d’ouvrir le débat sur ces questions-là.

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