Dans le Morbihan, le projet de centre d’aide aux animaux vire à la bataille judiciaire

Durée de lecture : 6 minutes

9 novembre 2020 / Quentin Zinzius (Reporterre)



En décembre 2019, le zoo de Pont-Scorff, dans le Morbihan, a été acquis par l’association Rewild, qui veut en faire un refuge et centre de soins pour animaux. Sauf que, depuis, l’administration enchaîne les constations d’infraction et les mises en demeure à l’encontre du centre. Lequel se défend en demandant du temps pour remettre en état une situation héritée de son prédécesseur.

Le projet est ambitieux : acheter un zoo, en faire un refuge et centre de soins pour animaux, les relâcher une fois rétablis. Lancé par Rewild [« retour au sauvage »], une coalition fondée entre autres par Sea Shepherd et le centre Athenas, le projet s’est concrétisé le 16 décembre 2019 par le rachat du zoo de Pont-Scorff, dans le Morbihan. « C’était une occasion unique, se souvient Jérôme Pensu, gérant du Rewild Rescue Center (RRC) — le nom donné à l’ancien zoo de Pont-Scorff. Construire nous-mêmes une structure aurait eu un coût bien plus élevé, de l’ordre de 20 millions d’euros, que ce rachat. » Pour ce zoo, la coalition a réuni la somme de 600.000 €, principalement grâce aux dons du public.

Mais depuis que son centre existe, Rewild croule sous les injonctions de la préfecture et de la direction départementale pour la protection des populations (DDPP). « Leur but est louable, mais il existe de sérieux doutes sur leur capacité à le réaliser », explique Patrice Faure, préfet du Morbihan, contacté par Reporterre. En cause : des installations incompatibles avec la détention de certaines espèces, un état sanitaire jugé déplorable, et un « danger omniprésent sur le site », selon le préfet. Un bilan partagé par la coalition Rewild, qui a relevé l’ensemble des infractions constatées sur site dans un audit interne, réalisé entre janvier et juin 2020. Outres des infractions concernant les bâtiments, de nombreux animaux étaient détenus dans des conditions douteuses : des oiseaux marins en eau douce chlorée, ainsi que des phoques, mais aussi et surtout de nombreux animaux protégés mal ou non identifiés — ce qui constitue un délit dans un zoo. « Au total, l’ancien zoo de Pont-Scorff cumule 320 infractions relevant d’une amende de 1.500 €, à savoir 480.000 € d’amendes cumulées », peut-on lire dans ce rapport.

Le problème est que cette situation était bien antérieure à l’arrivée de la coalition. Entre 2018 et 2020, avant le rachat du zoo par Rewild, la DDPP, chargée du contrôle des installations dans les parcs zoologiques, s’est rendue six fois sur le site, un nombre bien supérieur à la moyenne — une fois tous les trois ans en temps normal. À chaque fois, de nombreuses infractions ont été relevées, principalement sur l’état sanitaire des installations. « L’ancien propriétaire ne parvenait pas à remettre le zoo en état », confirme le préfet. Et ce sont les nouveaux propriétaires qui en font aujourd’hui les frais.

« On nous demande de corriger en quelques mois ce qui n’a pas été fait pendant vingt ans » 

Au lendemain de son acquisition par Rewild, l’ancien zoo a reçu une visite de la DDPP. « Le zoo venait de recevoir des panthères, et aucun enclos n’était prêt pour les accueillir », dit Jérôme Pensu, le gérant du Rewild Rescue Center (RRC). Un délai de huit jours leur a été accordé pour mettre la situation en règle. Pourtant, le lendemain, une amende de 3.500 € était adressée au RRC pour le même motif. « C’était assez louche, on nous accordait un délai, mais d’un autre côté on recevait une sanction. La DDPP a prétexté une lenteur administrative, faisant se croiser les deux courriers », dit le gérant.

Dans les six mois qui suivirent, trois autres visites des services de la DDPP ont eu lieu, aboutissant à chaque fois à une mise en demeure du zoo par le préfet, pour des motifs différents. « On nous demande de corriger en quelques mois ce qui n’a pas été fait pendant vingt ans. C’est un acharnement pur et simple », dit Jérôme Pensu. De son côté, la préfecture se défend de tout acharnement : « L’idée n’est pas de les enfoncer, mais de les mettre à jour vis-à-vis de la législation. »

L’enclos des phoques du zoo de Pont-Scorff était rempli d’eau douce, a constaté Rewild.

Depuis septembre, la situation s’est envenimée. Le 2 septembre, une nouvelle mise en demeure a été publiée par la préfecture, faisant notamment état de « 2.428 kg de cadavres », assertion relayée par la presse. Une hécatombe est-elle en cours au zoo ? Non, répondit Rewild, document vétérinaire à l’appui. S’est ensuivi un arrêté d’urgence, pris le 11 septembre par le préfet, interdisant au zoo l’accueil du public, sur dénonciation « d’une présence suspecte d’enfants devant les grilles de l’établissement ». Une nouvelle fois, la coalition s’est défendue : « Il s’agissait d’une prestation dont nous avons héritée », a expliqué Jérôme Pensu, au cours d’une conférence de presse, le 25 septembre 2020. « Ils sont prêts à tout pour nous discréditer au lieu de nous accompagner dans nos démarches », explique le gérant. L’avocat de la coalition, Me Jean Tamalet, a quant à lui affirmé vouloir mettre fin à ces joutes avec l’administration : « On [le cabinet d’avocat] va faire bouclier autour de Rewild, et lancer des missiles judiciaires contre tous ceux qui entraveront le projet de manière illicite. »

 « Cette histoire est devenue une affaire personnelle pour lui »

À la suite de la publication de ces accusations de négligence dans de nombreux médias, une plainte pour dénonciation calomnieuse a été déposée par Rewild à l’encontre de Jean-Michel Chappron, directeur de la DDPP du Morbihan. Il a depuis été cité le 12 octobre par le tribunal correctionnel de Paris pour diffamation publique. « Ce monsieur [le directeur de la DDPP du Morbihan] est allé à l’encontre de son devoir de réserve, cette histoire est devenue une affaire personnelle pour lui », regrette le gérant du centre de soins. De son côté, le préfet du Morbihan « regrette vivement les propos du directeur de la DDPP à l’encontre de Rewild » et affirme que le directeur « répondra de ses actes devant la justice ». Mais le préfet affirme également disposer de preuve à charge à l’encontre du gérant du zoo. « Personnellement, je fais la part des choses entre Rewild et son gérant, explique-t-il. Plusieurs agents ont subi des pressions et menaces par courriels de la part de monsieur Pensu. » Après discussion, le préfet a promis à Reporterre l’accès à des captures d’écran prouvant la culpabilité du gérant, qui n’ont pour l’heure pas été transmises. « Je voudrais qu’il soit plus modéré dans ses propos, mais je n’ai pas encore porté plainte », a reconnu le préfet.

Une rencontre entre la préfecture et Rewild, le 20 octobre, dernier devrait permettre une meilleure cohabitation entre l’administration et la structure.





Source : Quentin Zinzius pour Reporterre

Photos : Audit réalisé après l’achat du zoo de Pont-Scorff. © Rewild

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