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Une vache se gratte le dos avec... un balai : ces animaux ingénieux et bricoleurs

Des vaches peuvent se servir d'un balai pour se gratter le dos et le ventre.

Les animaux aussi savent se servir d’outils ! Veronika la vache est capable de se gratter avec un balai, des pieuvres se fabriquent des armures en noix de coco... Focus sur ces animaux habiles.

[Chronique « Animaux géniaux »] On nous le serine depuis l’Antiquité : la mémoire des poissons serait courte, la cervelle des moineaux minuscule, la cruauté des ours sans pareille… Pourtant, les études scientifiques démontrant que les non-humains rivalisent d’intelligence, de sensibilité et d’ingéniosité s’accumulent. Chaque mois, Reporterre vous propose un florilège consacré à ces vivants si fascinants.



  • Une vache se gratte le dos avec un balai

« Meuuuh... Délicieux... Un peu plus à droite ! » Veronika, une vache brune des Alpes autrichiennes, est devenue experte dans l’utilisation d’un balai pour se gratter le dos et le ventre, rapporte une étude publiée le 19 janvier dans la revue Current Biology. Avec sa langue et ses dents, elle manie l’outil avec une précision qui ferait rougir certains humains particulièrement crasseux — et pourrait inspirer ceux, ou plutôt celles, qui n’en peuvent plus de balayer deux fois par jour sous la table de la cuisine.

Au cours de 10 sessions différentes, Veronika a utilisé 76 fois le balai. Pour se grattouiller le dos, elle a utilisé 34 fois la brosse et 3 fois le bout du manche. Pour le ventre, la proportion s’inverse puisqu’elle s’est servi 14 fois du manche et 8 fois de la brosse. Une prouesse qui n’est pas à prendre à la légère : ce faisant, la vache montre qu’elle sait utiliser différentes parties du même objet à des fins différentes. « Ce travail suggère que les bovins sont capables d’une certaine flexibilité dans la manière dont ils interagissent avec des objets de leur environnement », souligne Lauriane Rat-Fischer, neuroscientifique à Paris-Nanterre.

Différentes utilisations du balai par Veronika. Current Biology

Cette découverte relance le débat sur le potentiel intellectuel des vaches, longtemps réduit à leur fonction de productrices de lait ou de viande. Selon Alice Auersperg, spécialiste de la cognition animale basée à l’université vétérinaire de Vienne, en Autriche, coautrice de l’étude, la plupart des idées reçues sur leur bêtise seraient surtout le fruit d’un manque d’observation plutôt que d’une véritable limite cognitive.

  • Des pieuvres fabriquent des armures en noix de coco

On peut utiliser des outils même lorsque nos bras sont mous. C’est le cas de la pieuvre veinée (Amphioctopus marginatus), seul invertébré réputé capable — à ce jour — de recourir à des outils. Au terme de plus de 500 heures de plongées, menées sur une décennie, une équipe de trois chercheurs a établi que cette espèce de poulpe, qui vit dans les eaux tropicales de l’Asie du Sud-Est, se fabriquait des armures à partir de noix de coco.

Mieux : il peut les débusquer avec ses huit bras — même lorsqu’elles sont enfoncées profondément dans le sable —, et les transporter sur de longues distances pour sa taille (20 mètres), malgré l’inconfort. Il s’assure ainsi de disposer, en cas de passage d’un prédateur, d’un repaire où s’encapsuler à l’abri des dents indiscrètes, décrivent les plongeurs dans un texte publié dans Current Biology.

Des pieuvres veinées utilisant des noix de coco pour se protéger des prédateurs. Current Biology

À l’origine, les pieuvres veinées se protégeaient « probablement » avec de grands coquillages vides, estiment-ils. Leur recours à des noix de coco s’est vraisemblablement imposé lorsqu’il est devenu à la mode d’en boire sur le bord de plage des pays adjacents (l’Indonésie et les Philippines), multipliant le nombre « d’armures » propres et légères à leur disposition dans l’eau. « Même les invertébrés marins adoptent des comportements que nous pensions autrefois réservés aux humains », soulignent les auteurs. Jeter le contenant de son cocktail dans l’eau reste cependant, pour le moment, l’apanage de notre espèce.

  • Les loups arrivent à exploiter nos pièges aquatiques

Pour être considéré comme apte à maîtriser un outil, il ne faut pas nécessairement l’avoir créé, ni en saisir tous les ressorts. La preuve : deux scientifiques ont filmé ce qui pourrait être la première utilisation connue d’outils par une louve sauvage. Celle-ci a été surprise dans l’ouest du Canada en remontant à la surface de l’eau un casier à crabes pour se nourrir, expliquent-ils dans une étude parue en novembre dans Ecology and Evolution.

Les chercheurs ont fait cette découverte en tentant d’élucider un mystère : pourquoi les pièges installés dans une rivière afin de lutter contre « l’invasion » de crabes verts européens étaient régulièrement retrouvés endommagés ? En installant des caméras sur les berges, ils ont compris que la responsabilité incombait à au moins une louve.

La louve filmée remontant un casier à crabes. Ecology and Evolution

Sur les images, on la voit tirer méthodiquement sur une corde afin de ramener à terre un casier immergé, avant de croquer le crustacé piégé à l’intérieur. « L’efficacité et la rapidité de la séquence, combinées aux observations d’autres pièges déplacés et endommagés de manière similaire dans la région, suggèrent une expérience préalable et une intention délibérée », notent les scientifiques. Peu importe qu’elle comprenne précisément le mécanisme du piège ou non, poursuivent-ils, « le fait même d’utiliser des outils humains pour atteindre un objectif est remarquable ».

  • Des orques utilisent une algue dans leur « morning routine »

Le secret d’une peau éclatante ? Le varech, bien sûr ! Telle est l’idée jusque-là bien gardée des orques du Sud, selon une étude publiée le 23 juin 2025 dans la revue Current Biology. Grâce à des images de drones, les chercheurs ont observé ces majestueux mammifères marins du Pacifique Nord s’offrir des massages entre eux, en coinçant de longues tiges de cette algue entre leurs corps. De la tête aux nageoires, c’est un véritable spa aquatique : certains soins durent jusqu’à douze minutes, et tous, du baleineau espiègle à la matriarche expérimentée, y participent.

Au départ, les scientifiques ont cru à un simple jeu ou à une mode. Mais non : cette pratique serait une forme de soin de la peau et de cohésion sociale, combo entre gommage et câlin géant. Janet Mann, experte en comportements marins, qualifie cette découverte de « preuve convaincante de l’usage d’outils » chez les orques, qui rejoignent ainsi les otaries et poulpes dans le club très fermé des animaux bricoleurs.

Des orques du Sud plaçant du varech entre leurs deux corps pour se masser. Current Biology

Varech, mais aussi cailloux : sur la Sunshine Coast, au Canada, un groupe de six orques a été observé se frottant le ventre sur des rochers — un autre exemple de l’immense créativité des orques pour prendre soin d’eux-mêmes. Ces différences de rituels de skincare montrent aussi l’importance de préserver chaque population, car chacune d’entre elles a ses habitudes, ses comportements et ses traditions uniques.

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