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Politique

Reporterre a trouvé la Première ministre idéale

Quelles qualités doit absolument posséder la ou le Premier ministre que va choisir le Nouveau Front populaire ? Reporterre en dresse un portrait-robot, pas si loufoque qu’il y paraît.

Ni issu de La France insoumise, ni communiste, ni socialiste, ni Macron compatible, ni de la société civile, enfin si, mais pas trop. Bref, cette ou ce futur Premier ministre se fait attendre. Peut-être que ce sera une femme, mais au vu du peu de candidats fédérateurs, l’heure n’est plus à la fine bouche. Ce sera une chimère politique assurément alignée avec le programme du Nouveau Front populaire et qui continuera de se taire sur les questions qui divisent le groupe. Ce pourrait bien être une ou un écolo puisque selon Libération, cette option remporte tous les suffrages, ou plutôt le moins d’opposition. La rédaction de Reporterre propose quant à elle plusieurs attributs pour faciliter la pratique de sa future fonction.

  • Un cerveau plastique, pas au sens du déchet, mais au sens de la plasticité surhumaine qu’il faudra déployer pour composer avec l’ensemble des forces politiques en présence. Il ou elle aura de préférence déjà suivi des stages de « communication non violente » pour pouvoir « écouter activement » ses adversaires mais plus encore ses partenaires de jeu. Cette personne doit pouvoir amener des bonifications à l’ensemble des suggestions qui lui seront faites, elle utilise les outils de coopération et d’intelligence collective pour travailler au-delà des clivages politiques. Elle proposera que quelques conseils des ministres aient lieu en forêt lors de cérémonies sous ayahuasca, comme le préconise Alessandro Pignocchi dans ses Petits traités d’écologie sauvage.
  • Une veste pastèque. Le vert est déjà passé de mode, chère Marine Tondelier, l’heure est à l’imprimé pastèque. Soit à une veste verte à l’extérieur mais dont la doublure interne est rouge, mâtinée de petits pois noirs pour garder un semblant d’envie révolutionnaire de renverser le capitalisme. [1]
© Camille Besse / Reporterre
  • Des lunettes spéciales Giec qui permettent de s’affranchir de la politique qui ne jure que par la réaction et le court-termisme. En réalité, grâce à ces lunettes, le ou la Première ministre peut travailler à très très long terme dans l’intérêt des deux prochaines générations f(o)utures — au moins. Les rapports du Giec deviennent le corpus de base des politiques publiques. Le plan d’adaptation du pays aux +4 °C qui arrivent est immédiatement déployé dans tous les interstices de la République. Il ou elle oppose également les rapports de l’IPBES, le « Giec de la biodiversité », à l’ensemble des projets d’infrastructures inutiles.
  • Une armure en titane bio pour faire ricocher les motions de censure. Gymnaste, ce prochain Premier ministre rêvé est capable d’adoucir la hargne des députés du Rassemblement national, de pacifier les relations au sein de l’hémicycle, de rendre la décroissance désirable auprès du groupe Les Républicains et de porter des projets de loi réformateurs mais emprunts de justice sociale.
  • Un chausse-pied pour faire entrer la France fissa dans les limites planétaires. Le Plan de transformation de l’économie française du Shift project est le livre de chevet de cette personnalité prête à prendre un pari fou : décarboner la France sans recourir à de nouvelles centrales nucléaires. On ne réindustrialise que si nécessaire.
  • Un « dumbphone ». L’hôte de Matignon est un fervent défenseur des low-tech. Il modifie les programmes scolaires pour instiller cours de citoyenneté, de bricolage et de réparation à tous les niveaux. L’obsolescence programmée est interdite. Par ailleurs, il s’engage à ne rien acheter de neuf durant son mandat.
  • Un ministère du Renoncement pour embarquer la France sur le chemin de la sobriété. Le prochain locataire de Matignon devra prendre en urgence quelques décrets pour interdire les fonderies énergivores, les raffineries, les tondeuses à gazon, les magasins d’arts de la table ou les stations de ski. Il lance aussi un grand plan de la bifurcation pour faire évoluer les métiers vers la transition. Par exemple, dans le domaine du logement, il met tous les efforts possibles dans la rénovation d’un million d’unités par an.
  • Un plan national de la bifurcation. La formation des artisans dans les territoires et le développement d’une filière de matériaux biosourcés ou de récupération deviennent une priorité nationale. L’exemple est donné dès son arrivée en transformant l’hôtel de Matignon en tiers-lieu de l’économie sociale et solidaire. Un mandala permacole et des panneaux photovoltaïques se déploient dans le jardin et sur les toits. Les architectes des Bâtiments de France sont priés de trouver des solutions plutôt que de s’opposer à la rénovation écologique du lieu.
  • Un vélo musculaire. Notre PM rêvé a des mollets — poilus malgré la légère perte d’aérodynamie — qu’il ou elle met volontiers à contribution pour se déplacer. Il interdit les vols intérieurs et relance le fret ferroviaire via des wagons mixtes voyageurs/colis. Les congés payés sont assortis de journées supplémentaires pour permettre les voyages lents qui prennent plusieurs jours pour arriver à destination.
  • Un goût pour la cueillette des champignons. Au vu de l’ambiance politique du moment, connaître de jolis coins de forêt est indispensable pour se ressourcer et garder son calme. Par ailleurs, un ministre sensibilisé à la cueillette ne peut pas prendre la nature pour un gisement inépuisable de ressources. D’autant que cette personne a déjà vécu en zone rurale, hors des grands centres urbains. Il devrait aussi être passionné de potager, de botanique et/ou de cueillette de plantes sauvages, bref d’une activité qui mêle subsistance et contact étroit avec le vivant. Il doit avoir ressenti l’extrême fragilité de l’équilibre entre besoins humains et écosystèmes.
  • Une passion pour la cuisine végé. Ainsi, la « journée avec viande » vient remplacer la « journée sans viande » dans les cantines de nos chers petits. 4 jours sur 5, les élèves se régaleront de plats ovo-lacto-végétariens, voire végétaliens. Le renversement de valeurs est total dans l’assiette. Les éleveurs sont invités à diversifier leur production : que faire avec des animaux d’élevage qu’on ne tue plus ? On lance un grand plan national de culture de légumineuses, déclarées « d’intérêt mangeable majeur » afin d’aller vers la souveraineté alimentaire.
  • Un chien de la SPA. Notre PM a lu la philosophe étasunienne Donna Haraway et son Manifeste des espèces compagnes. Du riz au chat, en passant par le chien et le microbiote, le ou la locataire de Matignon veut repenser notre relation au vivant. Et dans chaque école, les enfants devront choisir un animal totem qu’ils protégeront toute leur vie.

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