Du Vanuatu à la COP28, le long parcours du Fonds pour « pertes et dommages »
Les Vanuatu, comme bien d'autres îles, sont en première ligne face à la montée des eaux due au réchauffement climatique (ici à Tanna, en 2019). - © Mario Tama Getty Images Asiapa / via AFP
Les Vanuatu, comme bien d'autres îles, sont en première ligne face à la montée des eaux due au réchauffement climatique (ici à Tanna, en 2019). - © Mario Tama Getty Images Asiapa / via AFP
Durée de lecture : 3 minutes
Un fonds sur les « pertes et dommages » pour aider les pays vulnérables à faire face à la crise climatique a été décidé à la COP28. L’idée en a été forgée il y a 32 ans par un avocat new-yorkais devenu ambassadeur des Vanuatu.
Dubaï, correspondance
C’était la grande idée d’un petit homme. En 1980, Robert Van Lierop, jeune avocat new-yorkais papotait avec Walter Lini, un prêtre des Nouvelles-Hébrides — archipel de l’océan Pacifique formant avec les îles Banks et les îles Torrès l’actuel Vanuatu —, quelques mois avant que celles-ci ne prennent leur indépendance. Le Père Lini fût le premier ministre des Vanuatu la même année. Et comme il ne connaissait aucun diplomate pour représenter son pays, c’est naturellement qu’il a désigné Robert Van Lierop comme ambassadeur auprès des Nations unies.
Métis, fils d’immigrés, auteur de films sur la décolonisation du Mozambique, défenseur des droits civiques, Van Lierop prit son rôle à cœur. À la tête de sa petite ambassade, il fut de tous les combats contre l’apartheid en Afrique du Sud, contre la marocanisation du Sahara espagnol ou contre le maintien dans la France de la Nouvelle-Calédonie.
Les pays riches peu volontaires
En 1991, il est devenu le premier président de l’Alliance des petits États îliens (Aosis). Riche d’une quarantaine de pays, cette petite organisation n’avait qu’un mot d’ordre : pour maîtriser la montée du niveau de l’océan, ne renforçons plus l’effet de serre. Message inaudible à une époque où le lien formel entre gaz à effet de serre et réchauffement n’était pas encore totalement prouvé. Robert Van Lierop tourna le message autrement.
Au cours d’une réunion avec des représentants de nations favorisées, il proposa que le fardeau des « pertes et dommages » subis par les petits États îliens et les pays en développement de faible altitude soient pris en charge par les nations les plus industrialisées. Pertes et dommages, l’expression était lancée. « Elle n’a pas été accueillie très favorablement par les grands pays. En fait, ils ne l’ont pas du tout aimée », raconte Robert Van Lierop dans un entretien de mars dernier avec Carbon Brief.
Trente-deux ans ont passé. Et les pertes et dommages sont (presque) une réalité. Le 30 novembre, lors de la première journée de la COP28, les délégués des 195 pays ont validé une décision forgée dans la douleur. Début novembre, les diplomates ont officiellement porté sur les fonts baptismaux un fonds dédié au soutien financier des pays en développement touchés par les conséquences du réchauffement. C’est peu dire que l’accord plaît à tout le monde. « Ce qui tend à prouver qu’il est bon », s’amuse Fanny Petitbon, responsable du plaidoyer chez Care France, auprès de Reporterre.
400 millions d’euros de dotations
Hébergé pendant quatre ans par la Banque mondiale, ce fonds sera abondé par qui voudra : pays, entreprises, voire financements innovants. « Cela pourrait correspondre aux recettes d’une taxe sur le carbone ou sur les transactions financières », dit Fanny Petitbon. Pour le moment, on ne se presse pas au guichet. Seuls les Émirats arabes unis, l’Union européenne, l’Allemagne, les États-Unis et le Japon ont sorti leur chéquier. Leur promesse collective s’élève à 400 millions d’euros. La Norvège devrait aussi mettre au pot dans les jours prochains. Ce ne sera évidemment pas suffisant pour protéger les États de l’Aosis des fureurs océanes. Mais c’est un début.
On peut lui faire d’autres reproches : pas d’objectif de montant, absence de critère de sélection des projets ou des bénéficiaires. Le texte prévoit que les subventions pourront être allouées à tout pays en développement. Or, selon la nomenclature de la Banque mondiale, la Chine est toujours classée dans cette catégorie. De quoi faire hurler les membres du Congrès américain. « Tous ces critères devront être définis par le conseil d’administration du fonds, dès qu’il sera constitué », rappelle Fanny Petitbon. Robert Van Lierop peut être fier de lui. Sa grande idée a pris corps. Il était temps.