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Reportage — Animaux

En Australie, des habitants à la rescousse des koalas

Espèce emblématique du pays, le koala a récemment été placé sur la liste des animaux « en danger » en Australie. Autour de Sydney, militants et habitants se battent pour le protéger.

Sydney (Nouvelle-Galles du Sud, Australie), reportage

Marcher, lever les yeux vers le ciel, scruter la cime des arbres, et surtout, être attentif à la moindre silhouette qui bouge parmi les feuilles d’eucalyptus. Apercevoir des koalas en milieu naturel n’est pas une chose facile en Australie. Haut perchés, les yeux souvent fermés et le poil gris qui se confond parmi les branches, les très discrets koalas passeraient pour des maîtres dans l’art du camouflage.

Barry et Patricia Durman en repèrent pourtant chaque semaine, du côté de Campbelltown, à une heure de route seulement au sud-ouest de Sydney. Ce couple d’Anglais, débarqué en Australie il y a maintenant plus de trente ans, a pris pour habitude de partir à la recherche des marsupiaux. Et ils savent où ils se cachent.

Patricia et Barry Durman militent pour la sauvegarde des habitats naturels des koalas à Campbelltown. © Léo Roussel/Reporterre

Équipé de ses jumelles et de son appareil photo, Barry, 78 ans, tente d’observer le moindre koala dans les feuillages. Dès qu’il en aperçoit un, Patricia le recense sur une application gouvernementale dédiée, et sur un tableur créé par les militants locaux. Car compter et déclarer les koalas vus dans la nature fait partie de leur combat quotidien de retraités.

« C’est une application utilisée par les promoteurs immobiliers et les autorités pour savoir s’ils peuvent faire construire sur un territoire, dit Barry. Si on ne recense pas les koalas, on leur laisse la possibilité de faire n’importe quoi. »

Avec son appareil photo, Barry tente d’observer les koalas dans les feuillages. © Léo Roussel/Reporterre

Des projets menaçants

Cette lutte contre les promoteurs, Barry et Patricia la connaissent malheureusement trop bien. Depuis son arrivée dans les années 1980, le couple a milité pour la sauvegarde de l’environnement à Campbelltown. « En Angleterre, on vivait dans une petite ville où l’on ne s’est jamais battus pour quelque chose, raconte Patricia. Mais lorsqu’on est arrivés ici, un promoteur avait prévu de défricher toute une zone proche de chez nous pour construire des logements. On s’est mêlés à la lutte et, grâce à plusieurs groupes locaux de militants, nous avons gagné. »

Cette victoire remonte à la fin des années 1980. C’est à cette même période que les koalas, un temps pensés disparus à tout jamais de la banlieue sud-ouest de Sydney, sont réapparus. Alors forcément, depuis, pas question de laisser déborder le moindre projet portant atteinte aux animaux.

Le koala a été placé sur la liste des animaux « en danger » en Australie. © Léo Roussel/Reporterre

Depuis plusieurs années, des collectifs d’habitants et de militants de Sydney, comme Barry et Patricia, se mobilisent contre un nouveau projet d’ampleur à Campbelltown, qui priverait les koalas de leur habitat naturel. « Ici, au Mont Gilead, des centaines de maisons sont construites, et de nombreux arbres de plusieurs centaines d’années sont rasés. En plein milieu d’une zone où l’on trouve de nombreux koalas », dit Patricia Durman.

Les chantiers de logements piétinent progressivement les habitats des koalas. © Léo Roussel/Reporterre

Avec la National Parks Association et d’autres militants de l’association Save Sydney’s Koalas, les septuagénaires sont parvenus, à coups de recours judiciaires, à faire stopper une partie des travaux. Pour les militants, le projet est dangereux. Il sépare des zones de vie de koalas, et surtout, les prive de corridors naturels pour rejoindre d’autres arbres.

« Avoir des koalas dans cette zone, c’est comme une deuxième chance, reconnaît Saul Deane, membre actif de l’association Save Sydney’s Koalas. On doit s’assurer que leurs zones d’habitats sont correctement reliées, pas détruites. Au lieu de ça, les autorités permettent aux promoteurs Walker et Lendlease de s’implanter. »

De nombreux arbres où l’ont trouve des koalas sont rasés. © Léo Roussel/Reporterre

Protéger les habitats naturels à tout prix

Pourtant, il y a quelques semaines, le gouvernement australien a placé le koala sur sa liste des espèces en danger dans les États du Queensland, du Territoire de la capitale australienne et de la Nouvelle-Galles du Sud. Fini le statut d’animal depuis dix ans considéré seulement comme « vulnérable ».

Les spécialistes alertent. La population de koalas en Australie aurait diminué de 30 % entre 2018 et 2021, annonçait en septembre dernier l’Australian Koala Foundation. 41 % dans le seul État de Nouvelle-Galles du Sud.

Saul Deane et l’association Save Sydney’s Koalas luttent contre une destruction encore plus importante des corridors naturels. ©Léo Roussel / Reporterre

Protéger les habitats naturels des koalas est, selon les experts scientifiques, l’une des conditions essentielles à la survie de l’espèce. Leurs recommandations ont d’ailleurs été confirmées par le gouvernement de la Nouvelle-Galles du Sud, dans un rapport paru en juin 2020. Le même qui alerte de la potentielle disparition des koalas dans l’État d’ici 2050 si rien ne change.

Seulement voilà, début février, l’Australian Conservation Foundation a aussi révélé que depuis dix ans, après avoir reconnu le koala comme espèce « vulnérable », le gouvernement fédéral a aussi autorisé pas moins de soixante-trois projets qui entraîneraient le défrichement de plus de 25 000 hectares de zones habitées par ces marsupiaux arboricoles.

Avec l’intégration de cet animal aux allures de peluche à la liste des animaux « en danger », les scientifiques, militants et habitants espèrent désormais voir les choses changer favorablement, et vite.

À Campbelltown, la population de koalas est l’une des seules du pays à ne pas décliner. © Léo Roussel/Reporterre

« Depuis des années, on sait que les koalas sont en danger. Leur population est en déclin et pour ma part je n’ai pas vu de bébé koala depuis trois ans, alerte Valentina Mella, chercheuse en zoologie à l’université de Sydney et spécialiste des koalas. C’est une bonne chose que le gouvernement reconnaisse le koala comme une espèce en danger. Mais il faut que ça se traduise par une meilleure protection des habitats. Nous avons besoin de lois et de règles pour protéger les arbres des koalas. Leur survie en dépend. »

Habitats en baisse, maladie en hausse

Si la destruction des habitats naturels des koalas est l’une des principales causes du déclin de l’espèce, elle est aggravée par la maladie. Une épidémie de chlamydia décime le marsupial. « C’est une maladie sexuellement transmissible et, malheureusement, les koalas ne sont pas monogames, donc elle se propage rapidement, reprend Valentina Mella. Elle rend les koalas infertiles et finit souvent par les tuer. C’est un problème majeur à régler si l’on veut s’assurer de leur sauvegarde. »

La majeure partie des koalas vivant dans la nature sont infectés par la bactérie. Et il est pour l’heure difficile de les soigner efficacement. À Port Macquarie, station balnéaire située à quatre heures de route au nord de Sydney, un hôpital est spécialement dédié aux koalas. Ouvert en 1973, il est le premier du pays à avoir vu le jour. Sa présidente, Sue Ashton, est formelle : « La plupart des koalas de l’hôpital sont touchés par la chlamydia. » Les autres viennent pour des blessures, mordus par des chiens, percutés par des voitures ou victimes des aléas climatiques.

À Port Macquarie, les vétérinaires tentent tant bien que mal de soigner les nombreux koalas touchés par la chlamydia. © Léo Roussel/Reporterre

« Nos vétérinaires les examinent. Et une fois le bilan dressé, ils décident quels seront les traitements à appiquer à ces koalas, avant de les réhabiliter et de les relâcher dans la nature », explique Sue Ashton.

À l’hôpital, deux vétérinaires prodiguent les soins. Shali Fischer est l’une d’elles. « Contre la chlamydia, on a des antibiotiques, mais ils ne sont pas très efficaces, on espère trouver vite un meilleur traitement. »

Un emblème à sauver

À tout cela, s’ajoute le risque d’incendies plus fréquents, plus importants et plus dévastateurs que jamais comme ceux de 2019 et 2020. Les images de koalas souffrants, loin de leurs arbres habituels, brûlés, ont marqué à tout jamais les Australiens.

« Le koala est une figure de notre histoire. Chaque enfant grandit avec son image en tête. Il est dans les livres, dans des chansons... L’Australien a une relation forte avec cet animal », explique Saul Deane, de l’association Save Sydney’s Koalas, qui pense avoir remarqué une prise de conscience dans la population australienne. « Les dons ont été très importants que ce soit pour le Fonds mondial pour la nature (WWF) ou Wires (association de secours de la faune) », assure-t-il.

© Léo Roussel/Reporterre

Les différents gouvernements australiens ont, eux, récemment annoncé leur engagement en faveur de la sauvegarde des koalas. En décembre, le gouvernement des Nouvelle-Galles du Sud a annoncé le lancement d’un nouveau plan pour sauver l’espèce, tandis que le Premier ministre, Scott Morrison, a confirmé l’investissement de plus de 50 millions de dollars pour sa protection, soit environ 33 millions d’euros.

Face aux menaces qui planent aujourd’hui sur les koalas de Nouvelle-Galles du Sud, plusieurs espoirs restent permis. Le premier est celui d’un vaccin contre la chlamydia. « C’est prometteur, mais on est encore dans l’attente de résultats », précise Valentina Mella, qui travaille avec d’autres chercheurs du Koala Health Hub, cellule de l’université de Sydney entièrement dédiée à la santé des koalas.

« Si personne ne s’en occupe, qui donc le fera ? »

Le second espoir réside, lui, bel et bien à Campbelltown. La population de koalas, aujourd’hui estimée aux alentours de 600, serait l’une des dernières de l’État à ne pas être infectée. Et elle est l’une des seules du pays à augmenter, quand toutes les autres déclinent dangereusement. Sa sauvegarde est donc vitale.

Alors à Campbelltown, les habitants le savent, leur combat est plus important que jamais. Avec les autres militants, Patricia et Barry l’affirment : ils lutteront, tant qu’ils le pourront, pour continuer à pouvoir observer les koalas de leurs propres yeux, et permettre aux générations futures d’Australie de conserver un animal emblématique : « Si personne ne s’en occupe, qui donc le fera ? »


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