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En Gironde, la colère monte contre une ferme-usine de 12 000 porcs

1er juin 2015 / Aline Chambras (Reporterre et Rue89 Bordeaux)



La porcherie industrielle géante de Saint-Symphorien, en Gironde, veut s’agrandir pour atteindre 12 000 cochons. Alors que la pollution y est déjà importante, de nombreux habitants et paysans s’y opposent. Un rassemblement se tenait ce samedi. Reportage en partenariat avec Rue89 Bordeaux.

- Saint Symphorien (Gironde), reportage

« J’aime pas les cochons mal élevés ». Bernard, la soixantaine, est venu de Sanguinet dans les Landes. La colère en bandoulière, il s’insurge contre « un projet insensé, aberrant ». Et dénonce « une société dans laquelle on élève des cochons qui ne verront jamais la lumière du jour dans des cages d’un mètre carré, et dans laquelle huit vaches sur dix n’ont jamais mangé d’herbe de leur vie ».

Avec lui, une centaine de personnes, originaires pour la plupart du Sud-Gironde, des Landes voisines, ou de Bordeaux, se sont réunies samedi 30 mai à la chênaie du Stade de Saint-Symphorien, à l’appel de la Confédération paysanne, et de plusieurs associations environnementalistes, comme les Amis de la terre Gironde, Landes environnement attitude, la Sepanso ou encore Coalition Climat 21. Leur message : « 12 000 porcs enfermés, ce n’est pas une ferme, c’est une usine ! »

Objectif : exprimer, une fois encore, leur farouche opposition au projet d’extension de l’établissement Le Lay, un élevage porcin engraisseur-naisseur, situé au lieu-dit La Trougne, à quelques kilomètres du centre bourg. Sur la route qui y mène, l’odeur précède l’apparition des bâtiments installés sur une grande portion de terres défrichées. A l’intérieur, 7 655 bêtes, dont 800 truies donnant naissance chaque année à 19 000 porcelets, sont parquées dans une douzaine de structures alignées les unes à côtés des autres.

Tout commence en 2013, quand la SAS (société par actions simplifiée) Le Lay dépose une demande d’autorisation afin de « moderniser ses installations et d’optimiser la performance de l’élevage ». En d’autres termes, l’exploitation escompte pouvoir atteindre les 12 000 têtes et fatalement augmenter ses surfaces d’épandages de lisier. La requête passe mal.

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La ferme-usine qui enferme déjà plus de sept mille cochons

D’ailleurs, Bernard Jaymes, le commissaire responsable de l’enquête publique (obligatoire pour tous projets de cette envergure) rend en mars 2014 un avis défavorable, dans un rapport qui se concluait par ces mots : « Pour terminer l’analyse de ce dossier d’enquête publique, le commissaire enquêteur estime que le projet d’extension de l’élevage et du plan d’épandage n’est pas compatible avec les enjeux prioritaires de ce territoire en matière de qualité de la ressource en eau et de protection des milieux aquatiques ». Malgré cela, le 6 novembre 2014, le Conseil départemental de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques (Coderst) de la Gironde émet, à une faible majorité, un avis favorable au projet. Le 20 juin, ce sera au Préfet de région de donner son avis.

Depuis, le ton monte et les prises de position demandant que ce projet d’extension soit stoppé se multiplient. Le maire de Saint-Symphorien, Guy Dupiol et avec lui son conseil municipal, ont manifesté publiquement leur crainte et leur refus de voir un tel projet autorisé. De même que de nombreuses instances locales, comme celles du Parc naturel régional des Landes de Gascogne – sur le territoire duquel se trouve l’entreprise Le Lay –, celles du syndicat du bassin-versant de la Leyre et plus récemment celles du Parc marin du Bassin d’Arcachon. Jean-Luc Gleyze, le président du conseil général de Gironde s’est lui aussi dit défavorable à un tel projet. Et une pétition en ligne a déjà recueilli 46 000 signatures.

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La pétition a recueilli 46 000 signatures

Comme le rappelle la Confédération paysanne de Gironde (dans La feuille paysanne, du 1er trimestre 2015), « la majorité des parcelles des plans d’épandage du lisier et du compost se situent en zones vulnérables (bassin versant de la Hure, affluent du Ciron et bassin versant de la Leyre) or des mesures de nitrates mettent déjà en évidence des concentrations élevées, dans la Hure (voisine de 30 mg/L, voire même pour certaines, proches de 40 mg/L et en augmentation régulière), ainsi que dans la nappe phréatique. Ces concentrations supérieures à celles relevées dans d’autres cours d’eau du même bassin versant et leur évolution à la hausse sont clairement dues à l’impact des activités humaines et devraient donc être réduites. De plus, les épandages réalisés dans le bassin de la Leyre sur des sols très perméables ne vont pas, quant à eux, améliorer la qualité des eaux du Bassin d’Arcachon déjà préoccupante. »

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Le stand de la Confédération paysanne, qui est en pointe dans le combat contre les fermes-usines

Des craintes pour l’environnement que le comportement de l’entreprise Le Lay durant le passé ne fait que renforcer. « L’examen de l’historique de l’exploitation fait apparaître un certain nombre de faits montrant que la réglementation environnementale et les engagements n’ont pas été respectés par le passé », explique Philippe Barbedienne le directeur de la fédération Sepanso Aquitaine. « Notamment en ce qui concerne les engagements de 2004 pris par l’exploitant pour améliorer les conditions d’élevage et de gestion des effluents avec compostage de l’ensemble du lisier avant fin 2009 ».

Cité par Sud-Ouest, le 29 mai, Patrick Le Foll, le gérant de la SAS Lelay, depuis 2007, réfute le terme de ferme-usine : « Le chiffre de 12 000 porcs sort du chapeau ». Et invoque la nécessité de mise aux normes et d’extension des bâtiments pour un meilleur confort des animaux : « Nous voulons faire un site pilote en matière de respect de l’environnement, de renforcement des protocoles d’analyses et de suivi de la qualité de l’eau ». Contacté par Reporterre, il n’a pas donné suite à notre demande d’entretien.

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Les rejets polluants de la ferme-usine Le Lay sont déjà conséquents

En ce samedi ensoleillé, la centaine de militants et de riverains, venus dire leur opposition au projet espèrent que leur « tapage » sera entendu. Pour tous, l’opposition à la ferme-usine de Saint-Symphorien est aussi l’expression d’un ras-le-bol croissant contre une dérive lourde de l’agriculture d’aujourd’hui : « L’élevage intensif ça suffit », s’agace Stéphanie. Habitante de Préchac à une quinzaine de kilomètres de Saint-Symphorien, elle déplore « la tendance à la concentration et à l’hyper-spécialisation qui touche tous les types d’élevages, mais aussi les cultures maraîchères ». Avec, comme conséquence, « la souffrance animale et la malbouffe ».

Un avis que partage entièrement Laure Tite, co-secrétaire de la confédération paysanne de Gironde et éleveuse à Coutras. « En tant qu’éleveuse, ce qui me gêne en premier dans ces porcheries, c’est la question de la santé et du bien être animal. Mais l’aspect économique est également pour moi très important : ce genre de super-structures ne crée pas d’emploi. Aujourd’hui la ferme Le Lay fonctionne avec moins de 10 salariés et aucune création de postes n’est prévue en parallèle de la demande d’extension. Dans l’agriculture paysanne, nous comptons 3 salariés pour 150 porcs. Faites le ratio, ces fermes-usines tuent le monde paysan ».

« Tout le monde est contre », résume Guy Dupiol,venu témoigner de son soutien. « On a rarement vu un dossier faisant une telle unanimité », poursuit l’édile, qui espère que le préfet tiendra compte de tous ces éléments. Dans le cas contraire, il envisage de donner des suites juridiques à l’affaire.




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Lire aussi : Après la ferme-usine des mille vaches, les trois mille cochons de Picardie

Source et photos : Aline Chambras pour Reporterre, en partenariat avec Rue89 Bordeaux.

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