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Énergie

En Italie, le gouvernement d’extrême droite mise sur le gaz et le nucléaire

Des centaines de manifestants opposés au projet de présenter Trino Vercellese, en Italie, comme site national de stockage de déchets nucléaires, le 3 février 2024.

Le gouvernement de la Première ministre d’extrême droite Giorgia Meloni continue de miser sur le gaz et le retour au nucléaire, abandonné par l’Italie depuis quarante ans. Au détriment de la transition écologique.

Vous lisez le premier épisode de notre série « L’écologie selon l’extrême droite ». Le deuxième est ici.


Milan (Italie), correspondance

À Sulmona, dans les Abruzzes, les pelleteuses attendent le lancement des travaux. D’ici 2027, un gazoduc reliera cette ville du sud de l’Italie à Minerbio, près de Bologne (au nord), pour ensuite envoyer le méthane vers le reste de l’Europe. Long de 425 kilomètres et lourd de 2,5 milliards d’euros, c’est « le plus grand projet italien de transport de gaz de ces derniers dix ans », s’est réjoui au Sole 24 Ore Massimo Derchi, chef des opérations au sein de Snam, le gérant des gazoducs en Italie.

De l’autre côté du pays, une unité de stockage et de regazéification de gaz naturel liquéfié (GNL) flotte depuis mars 2023 en Méditerranée, au large de Piombino. Un navire similaire est attendu à Ravenne, sur la côte adriatique, et le gouvernement de la Première ministre d’extrême droite Giorgia Meloni compte en installer d’autres dans le sud de l’Italie. Au détriment de la transition écologique.

Dès son arrivée au pouvoir en 2022, cette dernière s’est empressée de concrétiser tous ces projets initiés par son prédécesseur Mario Draghi. Comme lui, Giorgia Meloni « a mis la sécurité énergétique au centre de son agenda politique », explique Francesco Sassi, chercheur en géopolitique de l’énergie et des marchés. Et pour se libérer de sa dépendance au gaz russe, elle a multiplié les accords avec l’Algérie ou encore la Lybie.

Mais ces projets nourrissent surtout l’ambition de la Première ministre nationaliste de faire du pays un « hub énergétique », reliant les pays d’Europe à l’Afrique. Et que ce soit du gaz ou des énergies renouvelables, « l’important étant que tout passe par l’Italie », continue le chercheur.

Le nucléaire dans le viseur

« Il y a une tendance du gouvernement à protéger le secteur du gaz qui est incohérente avec l’objectif de décarbonation », observe quant à lui Michele Governatori, expert au sein du groupe de réflexion sur le climat Ecco, dont une récente étude pointe l’inutilité de nouvelles infrastructures alors que la consommation de gaz est en baisse.

Résultat : en 2023, le pays a perdu quinze places dans le classement Climate Change Performance Index par rapport à l’an passé. « La fin des subventions aux combustibles fossiles n’est pas envisagée », pointe l’index, qui compare chaque année les politiques climatiques menées à travers le monde.

Ainsi, « il y a une marée d’opportunités économiques liées à la transition qu’on risque de ralentir car on protège le vieux monde », poursuit l’expert. De son côté, Giorgia Meloni ne nie pas les objectifs de transition énergétique, mais elle estime que cela doit se faire « en utilisant toutes les technologies disponibles. Je ne pense pas seulement aux énergies renouvelables, mais aussi au gaz, aux biocarburants, à l’hydrogène, aux systèmes de captage du dioxyde de carbone », a-t-elle insisté lors du sommet du B7, en mai.

« Un alibi pour perdre le focus sur l’éolien et le solaire »

Sur les énergies renouvelables, le plan national intégré pour l’énergie et le climat — dont la version finale sera présentée fin juin à la Commission européenne — est cohérent avec les objectifs du Pacte vert européen, analyse Michele Governatori. Ce qui n’empêche pas le gouvernement de tirer quelques freins à main. En mai dernier, il a interdit l’installation de panneaux solaires au sol dans les espaces agricoles. Et plus récemment, un décret laisse aux régions la mission de délimiter les zones où pourront être installés les éoliennes et les panneaux solaires. Un texte qui « introduit davantage d’automatismes de blocage que d’autorisation », observe Michele Governatori.

Ce qui inquiète surtout l’expert, c’est l’intérêt du gouvernement pour le nucléaire, quarante ans après l’avoir abandonné. Ce ne sera pas « une alternative aux renouvelables, mais un complément qui permet de stabiliser les coûts de l’énergie », a garanti au Monde le ministre de la Transition écologique, Gilberto Pichetto Fratin. Pas de quoi rassurer Michele Governatori : « C’est un plan tellement générique et peu faisable que ça me donne l’impression d’une confusion voulue. D’un alibi pour perdre le focus sur l’éolien et le solaire. »

Gianni Silvestrini, directeur scientifique de l’ONG environnementale Kyoto Club, est convaincu que cela n’aboutira jamais : « Aucune commune ne veut héberger un site de stockage de déchets nucléaires. Alors imaginez une centrale ! »



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