Dans le Sud-Ouest, Greta Thunberg électrise la lutte contre l’A69 et les forages pétroliers
La Suédoise Greta Thunberg à la zad de Saïx (Tarn), le 10 février 2024. - © Alban Dejong / Reporterre
La Suédoise Greta Thunberg à la zad de Saïx (Tarn), le 10 février 2024. - © Alban Dejong / Reporterre
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La militante suédoise Greta Thunberg, accompagnée par une coordination internationale de jeunes activistes du climat, s’est rendue les 10 et 11 février dans le Tarn et à Bordeaux en solidarité avec des luttes locales.
Tarn et Gironde, reportage
« Greta, Greta ! Un mot en français ! » Des cameramans se bousculent, des micros s’emmêlent et des perches flottent dans les airs. C’est une scène inhabituelle qui s’est déroulée samedi 10 février à Saïx, en pleine campagne tarnaise, à quelques kilomètres de Castres. Sous une pluie battante, la militante suédoise Greta Thunberg et plusieurs activistes internationaux se sont rendus à la Cabanade, événement festif organisé par les opposants à la très contestée autoroute A69, qui doit relier Toulouse à Castres. Depuis novembre, une zad s’est installée sur place pour tenter de sauver la dernière forêt encore debout sur le tracé de la future autoroute, alors que 95 % des déboisements ont déjà été réalisés sur le parcours, selon le concessionnaire Atosca.
C’est en solidarité avec ce mouvement de lutte que cette coordination internationale, composée de jeunes activistes du climat, s’est rendue dans le Tarn, à l’initiative notamment du militant toulousain Amine Messal. « J’ai rencontré Greta lors d’une manifestation à Strasbourg [en juillet 2023] avec d’autres militants internationaux. On est restés en contact puisqu’on lutte toutes et tous pour la justice climatique à notre échelle et sur nos territoires. On se bat contre les mêmes projets et le carbone n’a pas de frontières. Ce week-end [du 10 et 11 février], c’était vraiment l’occasion de tous se retrouver », raconte Amine, harnaché d’un K-way blanc pour affronter cette météo dantesque.
En fin de matinée, le cortège d’activistes toujours escorté par une dizaine de caméras, micros et appareils photo, trouve refuge sous un grand hangar, prêté par un agriculteur pour l’occasion. D’ici, une odeur poivrée sature l’air. À une centaine de mètres du bâtiment, les forces de police assiègent la zad en tirant massivement des grenades lacrymogènes. Greta Thunberg et les personnes présentes sur place décident de se rapprocher du site. Le sol est marécageux, les douilles en plastique tirées par les gendarmes s’enfoncent dans la boue. Les gaz atteignent la jeune Suédoise et d’autres militants qui ajustent leur écharpe au-dessus du nez pour éviter de respirer ces effluves toxiques.
« Pure folie »
Aux abords de la zad, qui ressemble toujours à un vaste champ de bataille depuis la destruction du site et les trous creusés par les gendarmes il y a quelques semaines, certains journalistes se font réprimander. « On ne filme pas les visages ! Tournez votre caméra ! » lance une militante avec le visage masqué. Greta Thunberg ne donne toujours aucune réponse aux nombreux médias qui la suivent comme son ombre et tentent de l’interviewer. La militante suédoise ne souhaite pas personnifier la lutte, malgré son aura médiatique. « C’est super qu’elle soit là, glisse une zadiste derrière les barricades lors d’une courte accalmie, tout soutien est bon à prendre et on ne fait pas de différence. »
La coordination de jeunes militants climat décide de se replier au hangar, pour une conférence de presse organisée par les différentes associations et collectifs en lutte contre l’A69. « On est surpris d’une telle répression, raconte à Reporterre Laurie Pazienza, une activiste belge. Il n’y a aucune raison de gazer les gens gratuitement comme cela, c’est une occupation pacifique et légitime. On n’a pas l’habitude de voir de telles scènes en Belgique. »
Toute la journée, les forces de gendarmerie continuent de harceler la zad, étouffant les occupants sous les gaz lacrymogènes. « C’est très inspirant pour nous de voir l’organisation et la détermination du mouvement écologiste en France, dit Bilbo Bassaterra, fondateur du mouvement espagnol Futuro Vegetal, derrière ses lunettes légèrement embuées par l’humidité ambiante. Il y a une multiplicité des modes d’action qu’il faudrait exporter en Espagne ! »
Dans le hangar, la suite de la journée s’organise. Des militants du collectif La Voie est libre prennent le micro pour rappeler le non-sens social et écologique de ce projet d’autoroute, et des ateliers de constructions de cabanes occupent l’après-midi.
La coordination internationale propose une séance de questions-réponses à la presse. Greta Thunberg glisse ses premiers mots aux journalistes qui l’encerclent. « C’est de la pure folie que ce projet se poursuive. On va droit dans le mur, on gaspille des ressources pour quelque chose qui va à la fois détruire la nature et nous enfermer davantage dans ce système destructeur », lance la Suédoise, le visage fermé et un keffieh autour du cou.
« Ni ici ni ailleurs »
Après une nuit passée chez des militants du collectif La Voie est libre, les jeunes activistes rejoignent Bordeaux en train pour une autre mobilisation. La météo pluvieuse de la veille a laissé place à un grand soleil et des températures clémentes pour un mois de février. Un temps parfait pour la grande manifestation organisée par le collectif Stop Pétrole Bassin Arcachon contre le projet d’exploitation de huit nouveaux puits de pétrole par l’entreprise Vermilion.
À 14 heures dimanche, des milliers de personnes se rassemblent sur la place de la Victoire. Le maire écologiste de Bordeaux, Pierre Hurmic, est présent, tout comme la députée européenne Marie Toussaint ou le climatologue Christophe Cassou. Peu avant le départ de la manifestation, ce dernier souligne « la lâcheté et la bêtise de ceux qui insultent ou méprisent la mobilisation de la jeunesse et de Greta Thunberg, alors qu’il serait bon de rappeler aux adultes leurs responsabilités », lors d’une prise de parole sur la place de la Victoire.
La militante écologiste Camille Étienne fait également partie des rangs de la mobilisation et rejoint la coordination internationale d’activistes pour l’occasion. « Le slogan du jour c’est “Ni ici ni ailleurs”, explique-t-elle à Reporterre en marchant. On ne veut pas des projets de Total en Ouganda, ni des projets de Vermilion en Gironde. »
À l’avant du cortège, Greta Thunberg et des militants venus de toute l’Europe dansent et scandent les slogans du jour. Certains ont encore de la boue sur leurs chaussures, souvenir de la mobilisation de la veille. La Suédoise de 21 ans subit le même emballement médiatique que dans le Tarn, avec des dizaines d’objectifs braqués en permanence sur elle.
« C’est presque du harcèlement parfois », confie Marie Chureau, une activiste française qui cumule des milliers d’abonnés sur les réseaux. Et d’ajouter, en brandissant une pancarte « À quand la zad » : « On n’est pas dupes, on sait que tous les médias vont s’intéresser à la venue de Greta, mais cela permet aussi de parler de ces luttes locales et d’introduire ces enjeux dans le débat public. »