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Alternatives

En bio ou conventionnel, des paysans imaginent l’agriculture de demain

L'idée d'une Sécurité sociale de l’alimentation a notamment été mise en avant durant les États généraux des agricultures alternatives, les 2 et 3 février 2024.

Néoruraux, agriculteurs conventionnels, pionniers de la bio... Dans l’Yonne, les 2 et 3 février, tous ont donné leurs idées pour dessiner l’avenir d’une agriculture alternative et pérenne.

Joigny (Yonne), correspondance

Il y a des grands soirs pour bloquer les autoroutes et les petits matins pour renouer le dialogue. Alors que les agriculteurs remballaient leurs tracteurs et leurs revendications en fin de semaine, après l’obtention du pansement temporaire de leurs maux, un groupe de citoyens organisait la tenue des troisièmes États généraux des agricultures alternatives (Egaa) à Joigny (Yonne).

Le principe est simple : rassembler, dans la salle et sur la scène, un public curieux des arcanes du monde agricole, des agriculteurs — en conventionnel ou non —, des élus, des associations, etc. « Nous en avions marre d’entendre des points de vue différents, qui ne s’écoutent ni se rencontrent jamais et qui, forcément, ne parviennent pas à se comprendre », confie Éric Lenoir, paysagiste de renom, à l’initiative de cet événement qui a rassemblé plus de 150 personnes les 2 et 3 février. Et l’auteur du Petit traité du jardin punk d’ajouter : « À force de s’arc-bouter sur sa propre lecture du monde, il est facile de voir l’autre comme un abruti ou un salaud. »

Dans une France où les campagnes se désertifient, où le fossé grandit entre agriculteurs et consommateurs et où 40 % des paysans vont raccrocher la cote dans les dix ans, les Egaa se veulent un espace de dialogue avec celles et ceux qui travaillent quotidiennement la terre, quelle que soit leur obédience.

Entre un public très au fait des questions climatiques et un autre piégé dans ses pratiques, le dialogue peine parfois à s’installer. « Les écolos-bobos ne sont pas là pour enquiquiner les agriculteurs, mais pour comprendre ce qui peut et doit être changé, insiste Éric Lenoir. Le sujet, c’est de faire collectivement face à des événements colossaux, qu’il s’agisse des changements climatiques, de la ressource en eau, des conjonctures géostratégiques, d’une alimentation mondialisée. »

« Ces alternatives nous intéressent tous »

Cette troisième édition, parrainée par l’agronome Marc Dufumier, a surfé sur l’actualité pour aborder la colère des agriculteurs sous l’angle des marchés ou de la production locale : « Le problème est loin d’être réglé : les agriculteurs ne sont pas rémunérés pour leur travail, ni pour les services qu’ils rendent aux écosystèmes. Mais surtout, prenons acte qu’une certaine agriculture ne peut être compétitive sur les marchés mondiaux. »

Dans la salle, tout le monde acquiesce. Agronomie, écologie, économie, approvisionnement, prix, santé... la hiérarchie des enjeux n’est pas la même pour tous. Quelques agriculteurs renfrognés qu’on ne parle que de bio ou de glyphosate rappellent qu’ils sont parfaitement au courant des enjeux écologiques et qu’ils font ce qu’ils peuvent dans le cadre qui leur est donné.

Étienne Henriot, élu à la chambre d’agriculture de l’Yonne, défend la cohabitation de plusieurs modèles : « Aux Egaa, je trouve des expériences, des points de vue différents. Je ne suis pas forcément d’accord, mais je crois que ces alternatives nous intéressent tous. Notre département a une agriculture très conventionnelle, mais ça bouge. »

Qu’ils soient en conventionnel ou non, les agriculteurs plaident pour la reconstruction d’une autonomie collective. Pexels/CC/Mark Stebnicki

Aux Egaa, néoruraux, curieux, agriculteurs conventionnels, pionniers de la bio, amateurs de grandes céréales ou de maraîchage urbain ont abordé des sujets vitaux comme la relocalisation de la production, les marchés mondiaux ou encore l’idée-phare du moment : la Sécurité sociale de l’alimentation. La conférence gesticulée de Mathieu Dalmais — intitulée De la fourche à la fourchette ? Non ! L’inverse ! — a mis en avant l’idée de ce système universel où chacune et chacun cotiserait pour pouvoir mettre sur sa table des denrées de qualité.

Pour tous, la reconstruction d’une autonomie collective face à un système en bout de course est essentielle. Myriam, maraîchère depuis quatre générations à Joigny, a conclu ces journées par un cri du cœur : « Il reste sacrément du boulot. » Aux Egaa, citoyens et agriculteurs veulent retrousser leurs manches ensemble. « Sans collectif, sans entraide, sans dialogue, rien ne sera possible. »

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