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Politique

Opposée au retour de l’acétamipride, la ministre de la Transition écologique Monique Barbut démissionne

Monique Barbut, le 24 juin, lors des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale.

Monique Barbut doit remettre sa démission mercredi 22 juillet. Après avoir enchaîné les désaccords, les couacs et avoir brillé par son absence, c’est finalement le vote de la loi d’urgence agricole qui aura scellé son départ.

Et de huit ! Emmanuel Macron voit partir sa 8e ministre de la Transition écologique en neuf ans de pouvoir. Monique Barbut a confirmé dans un post LinkedIn, mercredi 22 juillet au matin, son intention de présenter sa démission au président de la République avant le Conseil des ministres prévu le jour même. « Si ma décision est acceptée, je pars. Si ma démission est refusée, cela dépendra de ce qui est dit, et comment c’est dit », a-t-elle précisé auprès de plusieurs médias.

Elle n’avait pas caché, ces dernières semaines, son intention de jeter l’éponge si le Parlement devait voter, comme il l’a fait de manière définitive hier soir au Sénat et lundi à l’Assemblée nationale, la réintroduction de deux pesticides interdits en France dans le cadre de la loi d’urgence agricole. Cela a été « le recul environnemental de trop », écrit-elle sur LinkedIn.

Lire aussi : « Des alliés du cancer » : les députés adoptent la loi d’urgence agricole, les opposants révoltés

Les neuf mois dans le costume de ministre ne semblent avoir été qu’un long cauchemar pour cette économiste de formation issue de la société civile, ce qui n’était plus arrivé à ce ministère depuis la nomination de Nicolas Hulot en 2017. Sa démission, mercredi, alors que 58 départements sont en situation de « crise » de sécheresse, est un symbole de plus au palmarès anti-écologique de la présidence Macron.

« La politique n’est pas mon monde »

Monique Barbut a été nommée au ministère de la Transition écologique en octobre 2025, alors que le gouvernement Lecornu 2, en pleine tragicomédie autour du vote du budget, ne semblait pas destiné à gouverner plus que quelques semaines. « La politique n’est pas mon monde », disait-elle alors au Monde, espérant néanmoins faire de l’écologie « un projet collectif ».

L’ancienne présidente de WWF de 2021 à 2023, également envoyée spéciale de la présidence de la République sur le climat depuis 2019, apparaît alors en 4e rang dans l’ordre protocolaire du gouvernement.

Mais en réalité, l’écologie ne fait plus le poids. Le ministère est délesté des portefeuilles de l’énergie, des transports et du bâtiment. Monique Barbut, censée piloter une Stratégie nationale bas carbone, enfin publiée après des mois d’atermoiement, ne dispose ni des fonds nécessaires pour le faire, ni des attributions pour arbitrer les principaux secteurs émetteurs de gaz à effet de serre.

Depuis, cette « techno » assumée, spécialiste des négociations climatiques, qui fêtera ses 70 ans fin août, brille surtout par son absence et ses couacs à répétition. Elle déserte les questions au Parlement et il a fallu attendre le 24 juin — alors qu’un premier épisode caniculaire avait démarré près d’un mois plus tôt — pour assister à son apparition dans une matinale radio.

« Elle se désiste totalement de la situation nationale et des rapports de force ministériels », disait en avril à Mediapart la députée écologiste de la Drôme, Marie Pochon, étonnée de ne pas avoir vu la ministre lors des travaux préparatoires à la loi d’urgence agricole.

Dans la presse, des conseillers lui reprochent son « autocensure » face aux autres ministères. D’autres voix suggèrent que l’échec de Barbut serait surtout le reflet d’un désintérêt de son Premier ministre pour les questions écologiques.

« Ce qui m’use, c’est d’être seule »

En janvier, Monique Barbut menace une première fois de démissionner si le gouvernement soutient la relance de l’exploitation d’hydrocarbures dans les territoires d’outre-mer, mesure finalement rejetée.

Elle digère mal, par la suite, la loi de simplification de la vie économique qui supprime les zones à faibles émissions et le zéro artificialisation nette (finalement réintroduits par le Conseil constitutionnel). Et elle le dit, le 15 avril, lors d’une audition devant les députés, fustigeant les « reculs environnementaux » compris dans cette loi qui fracture le bloc central à l’Assemblée nationale.

En mai, elle menace à nouveau de démissionner, selon AEF info, si le gouvernement décide de céder à une demande de la FNSEA de rouvrir la directive nitrates. Une position qu’elle ne pourra « jamais [...] porter au niveau européen ».

« Ce qui m’use et ne me plaît pas, c’est d’être seule. Pour la droite dure, je suis l’horrible écolo, et pour la gauche LFI, je ne sers à rien », disait-elle à l’Opinion en mai.

Monique Barbut menace une troisième fois de démissionner lorsque de nouvelles coupes budgétaires visent son ministère, en juin. Hypothèse écartée à la suite d’arbitrages plutôt favorables : une hausse du Fonds vert de 163 millions d’euros par rapport à l’an dernier (en baisse néanmoins de 60 % par rapport à 2024) et une hausse, du moins de façade, du budget de son ministère, grâce surtout à l’affectation des crédits forêt et à une hausse mécanique des aides aux énergies renouvelables.

Déplacement en avion, actions dans l’aéronautique...

Ses apparitions sont rares, mais cela ne l’empêche pas d’accumuler les fausses notes. Mi-novembre, pour la COP30 de Belém au Brésil, Monique Barbut accrédite cinq représentants de TotalEnergies au sein de la délégation française, dont son patron, Patrick Pouyanné.

En avril, sa déclaration de patrimoine, repérée par le média Vert, fait apparaître des placements financiers pour le moins gênants pour une écolo : 11 979 euros d’actions dans le secteur de l’aéronautique et de l’armement, dont 6 177 euros chez Airbus, et 3 986 euros de parts chez Inditex, un groupe de marques de fast-fashion (Zara, Stradivarius, Bershka, Pull&Bear…). Pour sa défense, son ministère évoque un simple « plan d’épargne » sur lequel la ministre n’exerce aucun « droit de regard ».

En juin, alors que la canicule explose, les articles pleuvent sur le mutisme de la ministre dans Le Monde, Le Parisien… Ses absences deviennent criantes, ce qui la force à se montrer davantage. Le 17 juin, elle convoque la presse sous les dorures de l’hôtel de Roquelaure pour un exercice d’autocongratulation sur le plan d’adaptation au changement climatique. En complet décalage avec la chaleur extrême qui accable alors la France.

Le 20 juin, re-couac. Alors que se tient à Paris la première réunion interministérielle de crise dans un contexte de canicule, Monique Barbut maintient un déplacement dans les Pyrénées-Orientales, pour l’inauguration d’un projet local de réutilisation des eaux usées. Lors de son trajet retour, selon Mediapart, elle annule le TGV pour prendre un avion. Son équipe invoque, dans ses réponses au média, les « difficultés » rencontrées par la SNCF à cause des vagues de chaleur et le risque de voir « la ministre bloquée dans un train ».

La goutte de pesticide qui a fait déborder le vase

L’adoption, le 16 juillet, en commission mixte paritaire de la loi d’urgence agricole aura scellé son sort. En particulier son article 2 quater, qui prévoit la réintroduction par dérogation de deux pesticides interdits en France, voulue par les sénateurs de droite et qui divise le bloc central.

Dans une interview à La Tribune dimanche parue le 18 juillet, Monique Barbut en faisait une ligne rouge : « Je suis pour ma part opposée à la réintroduction de l’acétamipride en France. » Mais sa collègue au ministère de l’Agriculture, Annie Genevard, se montrait bien moins réfractaire à cette mesure, voire favorable, dans une interview au JDD publiée la veille.

Lire aussi : Loi d’urgence agricole : Laurent Duplomb impose son texte

Lors des débats tumultueux à l’Assemblée nationale dans la soirée du 10 juillet, la ministre de la Transition écologique a brillé par son absence, comme s’en est « ému » le député socialiste Dominique Potier, qui a également dénoncé une « trahison du président de la République et du Premier ministre » sur les pesticides. La ministre de l’Agriculture a quant à elle défendu « un texte de compromis » qui « apporte des réponses concrètes et attendues à nos agriculteurs ».

Le gouvernement a finalement refusé de soutenir un amendement de suppression de l’article 2 quater, pourtant réclamé par plusieurs élus de son propre camp, emmenés par le député et candidat à la présidentielle Gabriel Attal qui a finalement voté en faveur du texte. Au cours des débats, l’ancienne ministre de la Transition écologique et députée Ensemble, Agnès Pannier-Runacher, a elle aussi exprimé son « incompréhension totale » de ce refus gouvernemental.

Le ministère de l’Agriculture argue de son côté que c’est « la règle classique » qui a été suivie pour « ne pas fragiliser le travail de compromis de la commission mixte paritaire ». Cette « décision pas forcément la plus simple mais respectueuse de l’équilibre des institutions » aurait aussi été prise au nom de la « responsabilité du gouvernement » de tenir la « promesse » faite aux agriculteurs « le plus rapidement possible ».

« Incompréhension totale »

Pour tenter de regagner la faveur des élus macronistes, le gouvernement a bien tenté de faire passer un amendement allongeant le délai d’instruction de l’Agence nationale de santé sanitaire (Anses) lorsqu’elle est saisie d’une demande de dérogation par le ministère de l’Agriculture, en le portant de deux à six mois. Mais celui-ci a été rejeté.

Lors du vote, le malaise était bien présent dans les rangs du camp présidentiel, puisqu’un peu plus de la moitié des parlementaires du groupe Ensemble (31 sur 52) ont voté contre la loi ou se sont abstenus. C’est quelques heures après l’adoption de la loi, le matin du mardi 21 juillet, que la démission de Monique Barbut a commencé à être évoquée dans son entourage.

Sa démission fera probablement moins de dégâts que celle de Nicolas Hulot en 2018, qui avait alors provoqué une onde de choc. Signe qu’en 2026, quel que soit son casting, le ministère de la Transition écologique est condamné à jouer les seconds rôles.

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