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ReportageMunicipales 2026

« On ne doit pas baisser les bras » : face à Louis Sarkozy et à l’extrême droite, la gauche s’unit à Menton

Les Écologistes, le Parti socialiste, le Parti communiste et Place publique se sont unis au sein d'une même liste, le Printemps mentonnais, menée par Laurent Lanquar-Castiel.

Municipales — À Menton, la campagne bat son plein à droite et à l’extrême droite. Mais une liste d’union de la gauche, menée par un écologiste, tente de se faire une place au soleil.

Menton (Alpes-Maritimes), reportage

Que serait l’inauguration d’une permanence de campagne sans bulles ? Dans le local du Printemps mentonnais, ce dernier samedi de janvier, les spritz sont servis dans des écocups. C’est le candidat lui-même qui sort la pile de gobelets de son chariot de courses. « Ici, on fait tout maison, garantit Laurent Lanquar-Castiel, en garnissant le buffet de galettes. Je n’ai pas l’assistance, je n’ai pas la logistique. » Sous-entendu : contrairement à ses adversaires.

À Menton, Laurent Lanquar-Castiel est le seul candidat à gauche. Cet écologiste a pris la tête d’une liste d’union pour l’élection municipale de mars. Il affrontera cinq candidatures « de toutes les nuances de droite et d’extrême droite », dont certaines très médiatiques et impulsées par des partis politiques.

Lors de l’inauguration de la permanence de campagne de Laurent Lanquar-Castiel, le 31 janvier 2026. © Laurent Carré / Reporterre

Il y a Louis Sarkozy, Les Républicains (LR) et héritier de son père ancien président de la République. Il y a Alexandra Masson, députée du Rassemblement national (RN). Il y a aussi Émilie Ria, une candidate soutenue par Éric Zemmour ; Sandra Paire, une ex-première adjointe (Divers droite) et enfin Florent Champion, aussi ancien adjoint (Divers droite). Ouf, Laurent Lanquar-Castiel a fini d’énumérer la longue liste de ses adversaires à droite. Il fait un nœud à sa cravate bleue. Il est prêt pour son premier discours de campagne.

Une instabilité politique inédite

« Je n’ai qu’une ambition, c’est Menton », débite au micro Laurent Lanquar-Castiel, encore en allusion à ses adversaires, alors que Louis Sarkozy n’a pas caché ses ambitions pour les législatives et les sénatoriales. Le candidat de la gauche évoque son « territoire meurtri par plein d’alertes » comme les tempêtes, les pénuries d’eau, les canicules. Il pointe « la précarité cachée des personnes âgées isolées et des jeunes qui partent ». S’il est élu, la transition écologique et le logement seront ses priorités.

Menton paraît idyllique. Sur les panneaux routiers, elle est surnommée « la perle de la France » pour sa position aux confins du territoire, dernière commune avant la frontière italienne. Sur les brochures touristiques, elle est appelée la « cité des citrons » pour ses agrumes dorés qui font sa renommée. Depuis le début de la campagne des municipales, les « projecteurs » sont braqués sur Menton. C’est un mot qui revient plusieurs fois chez le candidat, ses soutiens et les responsables de la gauche azuréenne.

«  15 % des électeurs votent à gauche à Menton  », indique Julien Picot, chef du parti communiste dans les Alpes-Maritimes. © Laurent Carré / Reporterre

Car cette ville de 30 000 habitants se trouve à un tournant politique. En 2021, elle est devenue orpheline : Jean-Claude Guibal, maire LR, est décédé après trente-deux ans de règne, laissant en héritage une instabilité politique inédite. L’année qui suit, Yves Juhel est élu à sa succession lors d’un scrutin anticipé. Octogénaire, englué dans les affaires judiciaires, ce dernier ne se représente pas. Il sera jugé pour détournement de fonds publics en lien avec la gestion des ports au tribunal judiciaire de Marseille du 3 au 6 mars et pour harcèlement moral au travail, le 9 mars à Nice.

« La gauche ne vient pas car elle pense que c’est injouable »

Le champ libre, cinq candidats de droite et un candidat écolo tentent donc leur chance. Ce dernier résume : « La droite vient parce qu’elle est convaincue de gagner, la gauche ne vient pas car elle pense que c’est injouable. » C’est ici que Nicolas Sarkozy réalisait ses meilleurs scores (en tête dans les 28 bureaux en 2012). C’est ici que la députée RN Alexandra Masson a été élue au premier tour aux dernières législatives (56 % en 2024).

« 15 % des électeurs votent à gauche à Menton, pronostique tout de même Julien Picot, chef du parti communiste dans les Alpes-Maritimes. Il faudra chercher les abstentionnistes si on ne veut pas que Menton devienne la matérialisation du projet de l’extrême droite en France. Il ne faut pas que ça serve d’expérimentation pour la haine et les propos indignes. » Avec sa candidate déjà députée, le Rassemblement national part en effet avec une longueur d’avance.

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Alors pour éviter d’en arriver là — fait rare dans les Alpes-Maritimes et en France —, Les Écologistes, le Parti socialiste, le Parti communiste et Place publique se sont unis. « [La gauche] est un point de repère dans ce spectacle politique et chaotique offert par la droite, estime Raphaël Manier, du Parti socialiste des Alpes-Maritimes. Tous les jours, on a un nouvel épisode. » Soit c’est Nicolas Sarkozy qui dédicace un livre, soit c’est Éric Zemmour qui tient un meeting, soit ce sont les investitures qui font débat. Il y a toujours une polémique.

Une gauche sans mandat, sans siège

Laurent Lanquar-Castiel, 49 ans, ne s’est jamais arrêté de militer. Il a fait la campagne de Bertrand Delanoë à Paris en 2001, la campagne des socialistes à Nice en 2007. Il a participé à la marche pour le climat, à la vélorution. Quand cet ingénieur architecte-urbaniste se présente après le décès du maire en 2022, il récolte 9,9 % des voix, il fallait 10 % pour le deuxième tour. À Menton, la gauche est aujourd’hui sans mandat, sans conseillers municipaux, sans siège. « Avec Les Écologistes, on a continué : on a fait des ateliers sur les transports, la gratuité, l’éducation », énumère encore le candidat.

Comment la gauche impulse-t-elle son propre rythme de campagne ? Comment fait-elle pour ne pas céder aux sirènes des thèmes de droite, la frontière et l’insécurité ? « Le discours de la droite sur l’insécurité a pour objectif de faire peur. La campagne sur la frontière joue la division, disserte Laurent Lanquar-Castiel. On tient un discours différent de coopération. On ne voit pas une barrière, on voit un bassin de vie. » Le candidat entend engager une coopération renforcée avec Monaco et l’Italie en termes de transport et d’emplois.

Dans la permanence du Printemps mentonnais, des colistiers écoutent le discours de Laurent Lanquar-Castiel. © Laurent Carré / Reporterre

Sur le tract de l’alliance de gauche, il est écrit « Pour une commune plus solidaire ». Quand on le déplie, c’est une grande page blanche : « Dessine-moi un Menton ». Laurent Lanquar-Castiel affirme avoir reçu des aquarelles, des croquis, des scripts. C’est sur cette base participative que le programme est établi : référendum d’initiative citoyenne, végétalisation, service public de tranquillité pour la sécurité, avec le retour d’une police municipale de proximité.

Sa première mesure s’il devient maire en mars ? « Un audit financier, patrimonial, culturel, des institutions et des ports. » Et ce, afin d’assainir les comptes de la ville et d’éviter de nouvelles affaires judiciaires.

Une écologie de droite

Contactés, les deux favoris, Alexandra Masson (RN) et Louis Sarkozy (LR), n’ont pas répondu à nos sollicitations. La première écrit sur Facebook : « Ma candidature à Menton repose sur trois priorités claires : la sécurité, le logement et la propreté. » L’écologie passe après. Le second a un « plan vert » : plantation de 5 000 arbres, îlots de fraîcheur, cours d’école végétalisées, gestion intelligente de l’arrosage, plan « citron de Menton 2050 ». Il a inauguré une « toutou permanence » pour annoncer la création de parcs à chiens modernes. Il s’agit de proposer une ville « plus fraîche et plus belle ». Ce qui fait dire à un connaisseur du microcosme mentonnais : « C’est de l’écologie de droite, présente par phénomène de mode. »

Lire aussi : Municipales 2026 : les villes d’extrême droite plus vulnérables au risque climatique

Qu’il est difficile de s’opposer à la droite mentonnaise. « Certains ont la gauche honteuse », dit carrément Éric, un militant. Dans la permanence, Stéphanie essaie de ne « pas baisser les bras » : « Ici, on voit l’essence du combat d’idées. Heureusement qu’il y a ces temps électoraux pour visibiliser la gauche, dire qu’on est là. »

C’est quoi, être écolo à Menton, cette terre de droite ? « On est invisibilisé, estime Laurent Lanquar-Castiel. Il y a une focalisation sur les autres listes. » Un seul symbole rassemble tous les candidats, c’est leur attachement au citron. Même Laurent Lanquar-Castiel l’a choisi en logo.



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