« Faut qu’on les tue » : les vidéos des gendarmes à Sainte-Soline révélées par Mediapart et Libération
Les deux médias ont eu accès à 84 heures de vidéo des caméras piétons des gendarmes. - Capture d’écran / Mediapart
Les deux médias ont eu accès à 84 heures de vidéo des caméras piétons des gendarmes. - Capture d’écran / Mediapart
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Les vidéos sont accablantes et donnent la mesure de la violence de l’institution policière à l’encontre des militants écologistes. Dans une très forte enquête, Mediapart et Libération révèlent les méthodes illégales des gendarmes mobiles pour réprimer la manifestation de Sainte-Soline de mars 2023 qui avait occasionné dans les rangs des manifestants plus de 200 blessés.
Les deux médias ont pu avoir accès aux caméras piétons que les gendarmes portaient sur la poitrine lors de l’opération de maintien de l’ordre. Le visionnage de ces 84 heures de vidéo donne le vertige. On entend les gendarmes mobiles traiter les militants de « pue-la-pisse », « d’enculés », de « chiens », de « résidus de capote » dans une vidéo de Libération.
On les voit se réjouir de blesser des manifestants. « Je ne compte plus les mecs qu’on a éborgnés », dit ainsi un membre des forces de l’ordre. Un « vrai kiff », ajoute un autre. Un de leur collègue dit que c’est le nirvana, enfin la guerre, et qu’il avait attendu ça depuis dix ans. Les manifestants sont animalisés. Plusieurs gendarmes s’emballent. « Faut qu’on les tue », lâchent-ils.
Militants et journalistes pris pour cible
La hiérarchie n’est pas en reste. Des gradés demandent à leur troupe d’effectuer des tirs tendus, une pratique illégale. « Tirez leur dans la gueule », intime-t-il. « Sur le groupe, devant, tendu ! Devant, tendu ! Vous balancez en tendu ! »
Au-delà des militants, des journalistes sont aussi pris pour cible. Au plus grand plaisir des forces de l’ordre. « C’est un journaliste qui s’en est pris plein la gueule, ça lui fera la bite », se félicite ainsi un gendarme. « Fils de pute de journaliste », dit un autre.
Les échanges filmés des gendarmes donnent froid dans le dos :
— « J’ai signé pour ça mec, j’ai attendu dix ans de gendarmerie pour vivre ça. »
— « J’ai tiré sept LBD, j’en ai couché au moins quatre des mecs. »
— « Mec, j’ai mis une pleine tête avec une grenade 100 mètres, je l’ai bien vu. »
— « On est sur l’Everest de la gendarmerie mobile. »
Pour l’heure, aucun des gendarmes n’a été inquiété. Dans un procès-verbal de synthèse, l’Inspection générale de la gendarmerie nationale (IGGN) estime que ces pratiques relèvent seulement de dérives individuelles de quelques gradés, évoquant des ordres de tirs tendus « à la marge ». Même si d’autres gendarmes aussi « ont à plusieurs reprises effectué des tirs qui ne semblent pas conformes ».