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En brefAgriculture

« Fermes à sang » : des juments exploitées pour leurs hormones

Des fermes à sang : c’est ainsi que l’on appelle les élevages de juments gestantes en Uruguay et en Argentine. Le 2 décembre, l’ONG de protection animale Welfarm a relaié une enquête de deux ONG, l’Allemande Animal Welfare Foundation (AWF) et Suisse Tierschutzbund Zürich (TSB), dévoilant que des juments y sont exploitées cruellement pour produire l’hormone l’eCG (la gonadotrophine chorionique équine) : une hormone de fertilité que les juments produisent naturellement lors de leur gestation. Le principal producteur d’eCG est la société Synthex en Argentine et en Uruguay.

Toujours commercialisée en Europe, cette hormone est extraite du sang des juments et sert à booster la fertilité dans les élevages intensifs porcins, ovins, bovins et caprins. Elle permet notamment de synchroniser les naissances (faire en sorte que toutes les femelles mettent bas en même temps), ou bien d’obtenir des naissances à contre-saison, pour les espèces dont la reproduction est saisonnière (chèvres et moutons, par exemple). Pour les éleveurs, cela permet d’avoir une production tout au long de l’année.

Dans une enquête vidéo, l’ONG Welfarm révèle à quel point les conditions de production de l’eCG sont problématiques du point de vue du bien-être animal : les juments sont inséminées deux fois par an et entre 5 à 10 litres de sang leur sont prélevés chaque semaine, pendant onze à douze semaines. « À grand renfort de coups de bâton, les juments sont placées dans des boxes de contention pour être saignées. Les boxes sont constitués de planches de bois vétustes ou de métal, où les juments peuvent se coincer les pattes et se blesser », dénonce Welfarm dans un communiqué de presse.

« Totalement incompatible avec le bien-être animal »

Dans la vidéo, on peut effectivement voir des juments faméliques, qui boitent ou qui présentent des plaies sanguinolentes. Elles sont aussi systématiquement avortées tardivement, vers le 110e jour de grossesse « pour que les fermes à sang puissent recueillir autant d’hormone eCG que possible. Nombreuses sont celles qui n’y survivent pas », révèle Welfarm.

Il faut dire que cet « or rouge » rapporte gros. Selon les informations de Welfarm, en 2022, les acheteurs français auraient payé un montant de 3,99 millions de dollars pour 300 grammes de poudre pure d’eCG, ce qui équivaut à plus de 13 000 dollars le gramme.

Face à ce commerce que Welfarm juge « totalement incompatible avec le bien-être animal », l’ONG demande à la Commission européenne d’interdire la production et l’importation d’hormone eCG au sein de l’Union européenne. Bien que des produits de synthèse sont en cours de développement sur le marché européen, l’ONG recommande l’arrêt de l’utilisation des hormones de fertilité en élevage.

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